dimanche, octobre 10, 2010

Hétérogénéité – pour soigner vague à l'âme

Je suis irrémédiablement d'humeur doucement maussade – prospérer ne semble pas me convenir – suis oiseuse.

Me suis soignée vendredi soir, avec malheurs des temps passés, avec plutôt la façon dont ils étaient dits par Faubert, un peu par George Sand (trop connu) et dans la nuit par Edmond de Goncourt dans son journal des années 1870 et 1871.

Parce que, comme, sur twitter, François Bon parlait de la correspondance de Flaubert, j'ai, tout en suivant ce qui se passait au Sénat, eu envie d'y faire incursion, en ne me limitant pas au recueil publié chez 10/18 que j'ai lu et relu, et faute de trouver le lien vers la mise en ligne indiquée (suis stupide, parfois seulement bien entendu) je suis arrivée à piocher sur Gallica dans l'année 1870 (je savais son désarroi et ça m'allait bien) et ses lettres/débat/déploration adressées à George Sand, avec toujours ce mélange de véhémence et de grâce désenchantée. Et j'avais noté quelques passages, pas les plus virulents, sans doute pas les plus pertinents, mais qui s'étaient sur le moment imposés, comme, le 3 août, après ses craintes sur la guerre et sa fureur devant la sottise des gens

«Ah ! lettrés que nous sommes, l'humanité est loin de notre idéal ! et notre erreur funeste c'est de la croire pareille à nous et de vouloir la traiter en conséquence.

.....

La misère s'annonce bien. Tout le monde est dans la gêne à commencer par moi ! Mais nous étions peut-être trop habitués au confortable et à la tranquillité. Nous nous enfoncions dans la matière. Il faut revenir à la grande tradition, ne plus tenir à la vie, au bonheur, à l'argent, ni à rien ; être ce qu'étaient nos grands-pères, des personnes légère, gazeuses.»

Et, je vais détruire toute la force que ces passages pourraient avoir éventuellement, par ce que j'y insère : comme en début d'après-midi, samedi, j'avais un début de colère, idiote, j'a attrapé un veston de toile, l'ai passé sur mon premier vrai chandail de laine et suis partie, croisant des hommes en te-shirt et des femmes en blouses décolletées (qui étaient en accord avec la température) pour un petit trajet en suivant le «parcours de l'art», en commençant par l'espace Vaucluse, près de chez moi, au coin de la place de l'horloge, avec

les constructions, installations, déglinguées, gentiment drôles des «arroseurs arts osés» comme cet insecte (qui en réalité est très petit)

Flaubert, un autre jour, un peu plus tard : «Je m'attends à ce que Paris va avoir le sort de Varsovie, et vous m'affligez, vous, avec votre enthousiasme pour la République. Au moment où nous sommes vaincus par le positivisme le plus net, comment pouvez-vous croire encore à des fantômes ? Quoiqu'il advienne, les gens qui sont maintenant au pouvoir seront sacrifiés, et la République suivra leur sort. Notez que je la défends, cette pauvre République ; mais je n'y crois pas.

Ce sont des cataractes, des fleuves, des océans de tristesse qui déferlent sur moi. Il n'est pas possible de souffrir d'avantage.»

les créatures étranges (des animaux et de drôles de poupées, et tant pis pour le bonhomme qui n'en finissait pas de photographier, planté devant ce panneau que je désirais fixer) que construit Cécile Perra «armée de vieux papiers, précieux tissus porteurs d'histoires, portraits intimes que je transforme, mêlant familles et inconnus, j'assemble... je couds.

Le fil comme liant, trouver une bouche et puis ces yeux qui en disent long, un visage pour suggérer le personnage, le côtoyer, une identité, un caractère. Jouer avec son histoire, comme une enfant qui joue à la poupée jusqu'à lui donner vie...»

Revenant à l'ami Flaubert, plus tard, quand pour un moment il ne s'occupait plus de la défense de Rouen mais de son Saint Antoine :

«Les Grecs du temps de Périclès faisaient de l'art sans savoir s'ils auraient de quoi manger le lendemain. Soyons Grecs. Je vous avouerai cependant, chère maître, que je me sens plutôt sauvage. Le sang de mes aïeux les Natchez ou les Hurons bouillonne dans mes veines de lettré, et j'ai sérieusement, bêtement, animalement envie de me battre.

La France est une rosse qui a du fond et qui se révèlera.»

«La guerre (je l'espère) aura porté un grand coup aux «autorités». L'individu, nié, écrasé par le monde moderne, va-t-il reprendre de l'importance ? Souhaitons-le.»

Les photos retravaillées, les montages assez beaux (vraiment beaux) d'Armand Wirgin

«A l’origine, je choisis des fragments d’images (le plus souvent des photographies de corps ou d’autres structures complexes) qu’au final je transforme en d’autres images par un procédé que je qualifie de ‘sculpture’, le traitement s’opérant sur le support matériel de l’image (en ce sens assimilé à un morceau de papier, bois ou pierre).»

Et je finis d'intercaler (tant pis pour les hiatus) ce que j'avais copié de Flaubert pour le billet de ce jour et qui se trouve gommé, dévitalisé par cette façon de le traiter.

En mars 1871 : «Ces officiers qui cassent des glaces, en gants blancs, qui savent le sanscrit et qui se ruent sur le champagne, qui vous volent votre montre et vous envoient ensuite leur carte de visite, cette guerre pour de l'argent, ces civilisés sauvages me font plus horreur que les cannibales. Et tout le monde va les imiter, va être soldat !»

Il y avait surtout une série de terres, plus ou moins grandes (cette noix était une des plus petites) de Violaine Kruch, belles et tendres

«Si la terre est un manuscrit

le modelage l'épreuve,

les mains impriment et traduisent

l'é-mouvement de ta vie.»

Et j'ai continué, avec petite allégresse, par la maison de Jean Vilar, le Centre européen de poésie et la médiathèque Ceccano, y trouvant du beau ou intéressant à mes yeux ou du moins beau et intéressant, mais ce sera pour le prochain billet.

Pour finir, Falstaff et début de lecture de «Cambouis» d'Antoine Emaz http://www.publie.net/fr/ebook/9782814503649/cambouis

Plus j'engraisse, moins paumée a de visiteurs. De façon assez fascinante dans les deux cas. Nous sommes complémentaires et fort doués.

10 commentaires:

Chri a dit…

Croiriez vous aux communicants vases?

Pierre R. Chantelois a dit…

Puissante évocation de Flaubert associé à un certain art contemporain. Remodelage, photos retravaillées, constructions déglinguées, et les mots. Un souffle inattendu pour une Brigetoun d'humeur doucement maussade et oiseuse. ;-)

Lautreje a dit…

j'aime beaucoup l'araignée... loin d'être en manque de fil, la belle !
Et ce nez est inspirant !!

Avignon a dit…

L'art doit se trouver entre les terres et l'éther.

joye a dit…

On fera comme cette ravissante femme sur la dernière photo, haut la tête.
Elle est magnifique, vraiment.

Puis-je t'emprunter la photo ?

fardoise a dit…

J'aime bien cette promenade dans le parcours.

brigetoun a dit…

bien entendu Joye

jeandler a dit…

Emouvantes ces "terres"!

Avoue que le bonhomme sur ta photo ne t'a pas déplu: un beau profil! on dit cela et puis on fait autre chose.

brigetoun a dit…

Du coup je l'ai regardé - ben non, un peu mou

D. Hasselmann a dit…

Le pot, l'arbre, le mascaron... des photos qui en disent long ou court, qui parlent, en fait.