mercredi, octobre 06, 2010

Recyclages – biscuits désassortis

Il était grand et noueux, mince mais fort, beau, âgé, buriné et raffiné. Il était merveilleusement terrien. Il aimait ses arbres et ils le lui rendaient. Ils croissaient, s'étalaient, se chargeaient de fruits. Il faisait de merveilleuses omelettes. Il marchait longtemps. Je le suivais et je voyais le paysage, en le regardant. Il me racontait des histoires touffues, merveilleuses, avec des mots qui sentaient bons, qui m'enchantaient. J'aurais dû rester. Il était un peu fatigant, souvent ennuyeux, mais j'aurais dû rester.
Élément d'un convoi des glossolales http://leconvoidesglossolales.blogspot.com/ comme le suivant

Dans la cour de récréation, les jeux, le petit groupe contre le mur près des toilettes et ses éternels conciliabules, rien ne demandait attention. Même chez les petits aucun litige, pas de désespoir, de petites mains s'agrippant à son chandail et de nez et d'yeux humides levés vers elle pour implorer secours, justice. Magali adossée à l'arbre s'absentait. Les yeux flottant, aux aguets par habitude, elle avait surtout conscience de la présence de cette lettre dans sa poche. Entre surprise heureuse, presque – bien entendu, elle savait, elle attendait mais ne voulait y croire – et rêverie inquiète. Ne voulant pas encore calculer les conséquences de ce oui qui s'imposait à elle. Le dernier des Romero est tombé, une fois de plus, et restait en désordre sur la terre de la cour, image, ruisselante de larmes, du désarroi. Elle l'a relevé, mouché, écouté, consolé avec la dose d'ironie gentille nécessaire, l'a renvoyé d'une petite tape. Malgré elle, elle commençait à imaginer : qu'il vienne s'établir ici, dans son logement – c'était petit, ils se heurteraient, mais .. elle a souri – seulement il y avait les chantiers et ses horaires, ou partir, s'établir pas dans la chambre actuelle, mais dans un studio qu'ils pourraient certainement louer. Les trajets de la ville jusqu'ici. La coupure chaque soir. Devenir étrangère. Ne plus être l'amie, le recours. L'était-elle ? Certainement, honnêtement certainement. Et elle hochait un peu la tête. Elle a regardé sa montre, tapé dans ses mains. En rentrant dans la classe derrière les enfants, elle a pensé au coup de téléphone, le soir. Elle se sentait très jeune, absurdement.

Cailloux de miel, tus
En silence, mots.
Vérité
en vrille, fouille,
ce qui est
cailloux de miel ou
fange, roc, clarté,
le poser,
inscrit et figé,
poursuivre l'élan
les mots comme une perte
pour un atelier chez Liminaire à partir de Jacques Dupin (le corps clairvoyant) http://www.liminaire.fr/spip.php?article771 (lire présentation du texte et le bel extrait) -
indications : «Travailler le chaotique et l’informulé de la langue, dans un suspens des mots qui disent à la fois l’être au monde et son acte d’écrire sans que la lecture puisse décider d’un partage bien tranché. Ecrire, sans objet sinon celui qui s’écrit, ainsi de ces marches pour le seul mouvement régulier où le pas se perd sans dessiner de chemin : "Ne rien dire. Ne rien taire. Ecrire cela."
les paragraphes, comme toujours, sont partis des photos (et s'en sont écartés) – pour la dernière c'est une pioche presqu'au hasard (juste, je l'aimais bien)

13 commentaires:

joye a dit…

Je me méfie des consignes vaporeuses.
Lorsqu'on me tend une perche, je veux qu'elle soit solide.
Sinon, tout le monde s'y noie.

;-)

Pierre R. Chantelois a dit…

Est-ce rêverie d'une personne bien solitaire que nourrit la présence de cette lettre dans sa poche ? Ainsi je vois ce petit conte sur une présence à la fois désirée mais inquiète. Beau comme la solitude.

brigetoun a dit…

donc me suis noyée

Lautreje a dit…

comme il est bon de se sentir jeune, absurdement.
le chaotique est une vague sans fin.

kouki a dit…

J'aime beaucoup le premier texte ... sur le manque, le manquement ... un truc comme ça.

micheline a dit…

je n'ai qu'un refrain de ce vieux Bassens
qui me saute aux yeux

"Auprès de mon arbre
Je vivais heureux
J'aurais jamais dû
M'éloigner de mon arbre
Auprès de mon arbre
Je vivais heureux
J'aurais jamais dû
Le quitter des yeux

andree wizem a dit…

le premier texte pourrait être suivi des histoires contées par l'arbre aux omelettes...le deuxième pourrait être suivi du roman dont l'institutrice serait le personnage éternellement secret...le troisième pourrait être suivi d'un grignotage de mots de la même veine...

Avignon a dit…

Je bois le bois.

Mon mot de vérification est : "monterr". À l'arbre ?

joye a dit…

Mais quand tu te noies, brige, tout le monde s'en sort rafraîchis. ;-)

brigetoun a dit…

je souriais Joye

myriam a dit…

Des mots comme des perles...

jeandler a dit…

Je ne peux rester de bois à cette lecture.
Une jolie note, Brigitte, que je savoure à l'ombre des miens.

Gérard Méry a dit…

çà me permet d'y repenser...à ma cour de récréation, loin et pourtant proche en mémoire.