lundi, octobre 04, 2010

Trop, trop long, pour retarder le repassage

Dans ma ville, dans le Parc des sports transformé pour être digne d'elle et de sa montée en L1, l'équipe de foot a subi sa huitième défaite d'affilée, avec une constance admirable – et je ne pense pas que cela passionne grand monde, même ici – mais elle a un nouvel entraineur et la direction semble douée pour le théâtre

Dans ma ville, autour des remparts nous étions selon la police et selon les syndicats (avec très joli écart entre les chiffres, mais accord sur la tendance) plus nombreux samedi que la dernière fois.

Dans ma ville depuis samedi il y a le parcours des arts et je sais que je devrais, que j'ai d'ailleurs désir, d'aller voir la plupart des expositions http://www.parcoursdelart.com/parcoursdelart.php?categorie=5&ss_categorie=15 (et deux billets me confortent dans mon envie : Serge Martal chez Françoise http://encrer-le-monde.over-blog.com/article-droles-de-totems-58117545.html et Jean-Pierre Moscovino – qui expose en nombreuse compagnie – chez Nathalie http://avignon-in-photos.blogspot.com/2010/10/matisse-nu-bleu-in-3d.html )

Dans ma ville il y a du cinéma, du théâtre,

De l'autre côté du pont, en France, il y a un festival du polar à Villeneuve.

Et moi, suis restée tranquille, me suis lavé les cheveux, ai fait un peu du ménage qui ne se voit pas, réfléchi à la possibilité de repasser, l'ai fait, un gros peu.

Et moi, j'ai fini de lire, samedi soir, dans la nuit, «l'arbre de vies» de Bernard Chambaz (son premier livre, suis pas rapide et c'est très bien ainsi), en goûtant la paix finale dans la maison qui est restée axe, d'un âge à l'autre, toujours un peu présente, elle et le grand-père, à travers les évènements de cette vie et de l'histoire, entremêlés - et cette écriture qui se modèle sur la pensée, d'un calme lyrisme en parlant de l'enfance

«L'été, je jouais dans le jardin jusqu'à la nuit noire, l'obscurité absorbant tout à tour la tonnelle, le buisson de rosiers du Bengale, les trois allées de gravier qui convergent vers le perron, le mur d'enceinte, la partie droite en dernier à cause de son exposition et de la pierre plus claire (ocre tirant...»,

ou, plus tard, bien plus tard, après Thermidor, après l'Empire, le mariage dans le jardin, sous des draps tendus pour protéger de la pluie - d'un calme gardé, d'historien et de mémorialiste intime, pour l'évocation du père, de Maximilien Robespierre, de leurs fins, du passage des époques

«D'une traite, Armand Aimable porte mon père jusqu'à sa chambre. Il repart aussitôt chercher le fauteuil dans l'autre fiacre, le cocher a reçu mission de se rendre rue Git-le-Coeur devant l'hôtel de Luynes où l'attend un délégué de la section Charlier. La maison Duplay transpire la panique, une sourde terreur...»

- heurtée, grotesque parfois, quand le je, Antoine, est pris et acteur dans la campagne de Russie

«D'autres finissent à l'hôpital (un grand mot), une tente, une auberge, un carré de fourgons où tu entends hurler les pauvres bougres et où la nuit ampute, hurler l'infirmier, les bras à droite les jambes à gauche, hurler l'aide-chirurgien (un gamin de vingt ans) brandissant sa quincaillerie, hémorragie, avant d'aviser qu'il ne voit plus la croix de craie où il faut couper, bon dieu, pas de linge, hurler encore, un soldat s'évanouissant sur Vive l'Empereur quand les dents de la scie touchent l'os.»

Paix inquiète, constat de la fin qui approche (et qui sera aussi la fin des Couthon, puisqu'il n'y a pas de petit-fils)

«Dans l'ordre : mes cuisses, amaigries, je le sens bien sous mon pantalon de serge qui fabrique toute un géométrie de mauvais plis ; ma main droite, ravinée, que j'ai placée devant mes yeux pour les protéger d'un rayon de soleil entré dans ma ligne de mire et devenu plus ardent avec l'heure, la paume lui fait face, et mes veines, rendues saillantes par la position renversée du bras et de la main, m'apparaissent mauves comme à l'automne la Loire en aval de chez nous , le soleil donc égal à lui-même ; le cône oblique de lumière dorée où se suspendent les molécules de poussière qui flottent comme des navires sur la mer quand je les dissipe de la main ; le rectangle de dentelle à la fenêtre et le ruban d'étoffe verte qui lui permet de décrire une hypoténuse (géométrie deuxième année chapitre IV, vous avez le bonjour d'oncle Pierre) ; le ciel avec un seul nuage ; le dôme du chêne centenaire ; les arbres alignés sous le ciel le plus lointain à l'aplomb du nuage, un peu de guingois ; la cime qui frémit grâce à la brise (mouvement harmonieux qui compense l'amertume du premier plan) ; le mur du jardin ; le muret ; le jardin.»

Mais, au lieu de repasser, dans l'après-midi, me suis installée, ou l'ai presque cru, dans la cabine d'une des péniches du quai de la Ligne, et suis partie en voyage imaginaire, pas trop longtemps, grâce au Tour du Monde d'Edouard Charton et au projet Gutenberg http://www.gutenberg.org/browse/authors/c#a25419 (incursion provoquée par un billet de François Bon http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article2279 en me passant de l'IPad puisque point n'en ai et puisque, même si je conçois tout le bien qu'en disent ceux qui vivent avec un, je n'en ai réellement pas envie) – en voyage au Bou Hedma, mais très court parce que la petite pile de chandail m'appelait et après :

«sous la lumière encore vive de cette fin de journée de printemps saharien, à travers cette embrasure béante de l'avant-chaîne, teintée d'un jaune doré, la masse du Bou Hedma apparaît à l'arrière-plan, nuancée des tons les plus tendres, roses et bleus, gris de perle et lilas. Et toute cette féerie de lumière s'apaise et devient très douce, pendant que l'ombre s'épaissit sur la bande de verdure de l'oued Hadedj, sur la forêt de gommiers. Et avec la nuit, la paix profonde du bled tombe sur cette nature déserte, et l'on se sent vivre très agréablement.»

alors, pendant que l'après midi palissait dans ma cour, m'y suis mise, vite, à ce repassage, ou du moins à une partie.

Et dans la nuit, après avoir mis ceci qui est trop long sur Paumée je vais reprendre, en dînant, la ronde des personnages qui vivent, se croisent, à partir des silhouettes rencontrées par Christine Jeanney en «une heure au supermarché»

11 commentaires:

Alain Paire a dit…

Grâces vous soient de nouveau rendues, j'ai vu la manif d'Avignon et puis je me suis promis de lire Bernard Cambaz, vous avez un immense talent pour dénicher les citations qui donnent envie de lire un livre

Lautreje a dit…

Le temps me manque, je suis dans un tourbillon, mais je reviendrai pour savourer...

Florence Trocmé a dit…

J'aime tant votre manière d'emmêler les lectures, celles des livres, celles des sites et la vie qui va son train, dehors et dedans. Un très grand merci. Quant à Chambaz, je termine son dernier livre, "Eté II" et suis toujours éprise de cette écriture, toujours aussi bouleversée par les évocations du "petit m.pêcheur", autrement dit son fils Martin, mort à 16 ans, un été, précisément... et chez lui aussi l'intrication permanente de la vie et de la littérature. Virgile ou certains poètes américains sur le même pied que les personnes de son entourage. Pour moi ce tissage là est très important (peut-être aussi un peu ce que cherche dans les "journaux de lecture" de certains livres ?

andree wizem a dit…

le mois d'octobre pour ce parcours...ça laisse le temps de découvrir la présentation avec les liens proposés ici et pour celles et ceux qui le peuvent de ne pas manquer ces découvertes...
je vois que l'expo se renouvelle chaque année à la même période...à garder donc dans un coin de mémoire...

brigetoun a dit…

tiens, merci à vous - blogger m'avait caché vos commentaires, le butor
Pour les expos, le vent est trop fort pour moi, ça attendra mercredi

Lavande a dit…

Un petit accent manque et naît une jolie ambiguïté:
"L'après-midi palissait dans ma cour" ... je l'ai imaginé en espalier, ses branches accrochées au mur comme une somptueuse vigne.

micheline a dit…

très bonne idée ce changement de couleurs contrastées...permet d'harmoniser les cheveux avec la ronde des personnages,le repassage avec la chaleur des images

Gérard Méry a dit…

gagné !!! le foot bof !

tanette2 a dit…

Un voyage imaginaire dans la cabine d'une péniche, Hum, je préfère ça au repassage (que j'ai quand même fait ce matin) Bonne semaine à toi.

jeandler a dit…

N'oublie pas,chère brigitte, dans tes temps de pose, de débrancher ton fer à repasser...

Dans cette ville il y avait une femme qui lisait qui lisait...
Dans cette ville - mais était-ce en France? - non, nous explique-t-elle, c'est en face, le Rhône franchit. Ici , nous sommes en lecturie, cité bénie, a(e)ncrée sur la rive gauche.

Pierre R. Chantelois a dit…

Brigetoun. J'aime bien ces navigations entre lectures et sports. Et cette évocation à un beau livre de Christine Jeanney. La mer est calme et naviguer ici entre les mots est un art qui vous appartient si exclusivement.