lundi, novembre 01, 2010

Biscuits assorties avec un grain de recyclage (trop long, grossi au fil de la journée, et n'ai pas eu envie d'en supprimer un élément)

ça, cet arbre plaqué sur du bleu, c'est pour l'antithèse, parce qu'à la vérité, dimanche, la ville et la cour n'étaient que défaite.

« Finalement, il me montre sa cabine : sous les combles, une couche monoplace avec ampoule, et étagères pour livres des deux côtés et au-dessus. Il ne dort que trois heures par nuit, lit le reste du temps. C’est le premier à m’introduire à l’insomnie professionnelle. J’y pense souvent, plus tard, en m’aménageant mes bulles d’écriture, ordi, livres et tabouret serrés comme pour la voile solitaire. »

nuit de François Bon chez Géronimo, libraire, en écho à mes nuits depuis si longtemps de simple lectrice, bride de « une histoire de la librairie », retrouvée avec plaisir, mise en forme, en PDF sur tiers-livre http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article1152

Endormie aux petites heures de dimanche (plus tôt que je ne le pensais puisque j'avais oublié le changement d'heure, mais dimanche tout de même) sur

« Enfin je le dicte tout en gardant le sentiment terrifiant que tout est prêt en moi pour un grand travail poétique et qu'un pareil travail serait pour moi une divine dissolution et un réel avènement à la vie, tandis qu'ici au bureau, pour une misérable paperasserie, il me faut arracher un morceau de chair à ce corps, doué d'un tel bonheur ». (journal de Kafka - pardon j'avais oublié de le préciser)

Sous prétexte que j'avais vaguement une idée de paragraphe pour le convoi des glossolales http://leconvoidesglossolales.blogspot.com/2010/10/352-vendredi-29-octobre-2010.html j'en recycle un ancien

Sur notre chemin, partout, c'étaient des présentoirs avec journaux bien rangés, bien tassés, d'autant plus nombreux qu'il se disait que nous n'en lisions plus, ou pas assez, ou de moins en moins, que nous préférions les innombrables publications légères ou spécialisés qui constituaient des mosaïques denses fournies et sans ordre ni sens sur les murs des boutiques. Et nous achetions, pas toujours, mais assez régulièrement, un ou plusieurs de ces journaux, généralement les mêmes, et les lisions avec, de plus en plus, le sentiment de tout ce qui y manquait, le constat navré d'une uniformité plus ou moins bien dissimulée.

suis partie vers 16 heures 30, avec tailleur sévère, imperméable et parapluie, sous un ciel qui soudain tentait de croire que le bleu existait (mais ça n'a pas duré)

vers Saint Symphorien (après avoir frémi parce que le billet disait « cloître des Carmes ») pour un concert religieux avec l'orchestre de l'opéra, le choeur régional vocal Provence, sous la direction de Jérôme Pillement.

Cela débutait avec « que ma joie demeure » de Landowski – la douceur lente du violon soliste (Cordelia Palm qui avait recouvert sa robe de dentelle froufroutante et décolletée d'une redingote très romantique) sur les nappes de cordes, entre acidité et velours d'un abricot, la construction solide, ferme, le néo-classicisme de belle facture.

Ma petite chapelle (j'étais assise en biais pour regarder l'orchestre plutôt que Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus qui ne m'emballe pas) a été frôlée par les membres du choeur qui allaient se ranger derrière l'orchestre, sur les marches de l'autel pour la suite du concert. (elle est pas superbement loupée ma photo?)

Et j'ai pu goûter une très belle exécution de deux pièces de Poulenc, enchaînées.

Le Gloria et ses 6 éléments autonomes.

Gloria in excelsis Deo : entrée tonitruante, quelques notes légères et puis le déchaînement du chant de gloire, avec de jolies superpositions glissantes des timbres.

Laudamus Te : chaloupé – un petit calme évanescent puis la houle d'où jaillissent des vagues claires.

Pour le Domine Deus, intervention d'une soliste (je crois que c'était Clémentine Margaine), belle voix claire et charnue avec des douceurs et suffisamment de puissance pour s'imposer sur le tressage de son chant, de l'orchestre et du choeur

Domine Filii unigenite – stridence et danse enjouée – des fusées triomphales s'élevant de la masse du choeur

Domine Deus, agnus Dei – introduction puissamment lente de l'orchestre, le chant vraiment très beau de clarté de la soliste

Qui sedes ad dexteram Patris – plain-chant rêveur et enthousiasme, une fin qui s'évanouit.

Et, enchaîné, les très belles « Litanies à la Vierge noire » - quelques éclats dans une grande douceur, une trame complexe et fervente.

Mais depuis le Domine Deus carcasse hurlait, se crispait, et j'ai dû, pendant la petite pause pour réduction de l'orchestre, m'éclipser, rejoignant les musiciens qui fumaient une cigarette humide sur le trottoir, faire mon deuil du Gloria de Vivaldi et des deux autres chanteuses, et rentrer, entre calme et crispations, à travers les petites rues sous un début de pluie.

Et, pour en revenir à Géromino, lecture plaisir de « 19 Francs » de Daniel Bourrion, texte provoqué par cette allusion à la librairie, plaisir pour la langue et pour ce que cela dit de nos désirs contrariés et découvertes ferventes quand nous entrons, avec nos petits moyens, dans le monde de ceux qui auront accès et vivront avec les livres, et de la vie des travailleurs dans laquelle sommes plongés, où nous circulons http://www.publie.net/fr/ebook/9782814503762/19-francs

«Sans doute que j’ai relu une deuxième fois les vingt-quatre pages du petit livre debout dans ma cuisine – il y avait une autre pièce sorte de salon bureau chambre à coucher télé table basse et des fauteuils vraiment pourris mais pas assez pour que les potes refusent de s’y asseoir (tant mieux remarque, une bière sans potes, c’est pas vraiment goûteux) mais je préférais lire dans la cuisine parce que tout simplement, de temps en temps, un gros chat venait roupiller sur ma fenêtre et qu’on mangeait ensemble, moi lisant, lui regardant-ronronnant.»

10 commentaires:

joye a dit…

Et t'as eu raison de ne rien supprimer !

Nicolas Bleusher a dit…

Moi, je supprime trop...

Pierre R. Chantelois a dit…

Savoir choisir son siège pour ne rien manquer du concert et de l'orchestre est un geste réfléchi. Et une journée est meublée par des évènements qu'il est impossible de retrancher le soir venu. Que ma joie demeure...

Lautreje a dit…

j'aime tes photos qui tanguent, équilibre ciel et pierre au sol. tout comme Pierre "que ma joie demeure"

gilda a dit…

J'aime beaucoup le concept de photo magnifiquement ratée - je crois que beaucoup des miennes, surtout depuis la fin de mon petit olympus bien aimé, pourraient honorer cette catégorie -.

Dommage encore pour le concert écourté.
Et toujours grand merci pour les envies de lecture, même si me manque le temps pour suivre.

brigetoun a dit…

très grand merci à vous Gilda - suis confuse

Florence_Trocmé a dit…

Ces deux pièces de Poulenc sont magnifiques, comme tant de pièces de Poulenc ! J'ai personnellement une passion de toujours pour le concerto pour orgue et orchestre. Merci Brigetoun pour cette belle balade musicale et dommage pour le Gloria de Vivaldi autre merveille à réveiller les morts-vivants que nous sommes parfois. Je crois me souvenir que ce fut mon tout premier CD !

arletteart a dit…

Biscuits ou papillottes assortis ne doivent se départager et cet assortiments est délicieux

jeandler a dit…

Tu ne vas pas aimer: je passe en coup de vent. Aïe, mes pots, encore une fois renversés! Et cette eau qui ne s'éponge pas! Et un concert écourté? Et un, sans faux-col, la pluie...

brigetoun a dit…

en coup de vent peut-être mais joli résumé