mardi, novembre 02, 2010

«On comprend que cette perspective parle peu aux tenants du livre. L’histoire, d’ailleurs, va dans leur sens, et l’apparition d’une technique nouvelle a toujours pour première conséquence de valoriser les productions existantes plutôt que de porter les novations qu’on lui attribue. Ainsi, ce n’est guère avant le XVIIe siècle que les livres imprimés ont porté les idées nouvelles, c’est-à-dire que l’imprimerie a commencé de produire son plein effet, soit un peu plus de cent cinquante ans après la publication vers 1455 de la Bible à quarante-deux lignes. Combien de temps durera pour le numérique le délai de viduité ?» Je ne me suis pas tout à fait endormie sur ce passage de « Impressions numériques » de Jean Sarzana et Alain Pierrot,http://www.publie.net/fr/ebook/9782814503748/impressions-numériques , aux petites heures de lundi, mais j'ai lu, presque sans lire, quelques pages d'un policier d'Amanda Cross, connues presque par coeur, pour plonger dans l'inconscience.

Retrouvé dimanche - à un moment où une fois de plus, je ne sais pas à quel propos, j'étais en colère contre les « propriétaires » de mai 68 et notamment Cohn Bendit, et contre l'image qui circule complaisamment d'une poussée de fièvre de futurs cadres, députés, assis sur leurs positions, en renvoyant au néant tout l'espoir que ce fut, et l'importance, qui n'est pas que la libération des moeurs d'une jeunesse plus ou moins nantie, ou en passe de l'être (plus fauchée tout de même que vous ne le pensez) - ce moment choc qu'est la vidéo « reprise de travail aux usines Wonder » de Jacques Willemont, et, la regardant, le souvenir de l'avoir découverte dans le film « Reprise » d'Hervé Le Roux en 1996, que j'aimerais tant revoir, qui transformait le malaise éprouvé devant les deux envoyés de la CGT en une sourde rage, à travers toutes les interviews des participants, près de 30 ans plus tard, et ce que l'on savait de ces années affreuses que furent les années 70, avant qu'on s'habitue, s'installe (la façon aussi dont l'esprit 68 et l'autonomie se sont retournés, par les modifications d'organisation du travail, contre les ouvriers ou employés, en détruisant presque la solidarité). Suis plus indulgente maintenant, vieille ? Et considère que sans cette canalisation par les syndicats rien ne serait obtenu, même si cela est triste.

Mais prime cette fille, éperdue, batailleuse sans espoir, révoltée, et qui sait sans doute que le refus est pire, matériellement - mouette affolée, se cognant à tout, et qu'ils calment ou tentent de faire taire, avant de se retourner, avec plus de pugnacité, vers l'étudiant « gauchiste », comme plus redoutable, et illégitime.

Et on l'aime cette fille, on lui parle, on se sent elle, même si on n'a jamais connu ça, pas vraiment, mais notre mode moins exténuant de servitude. On la voit se fracasser et clamer qu'elle se relève (et je ne me souviens plus de ce qu'il est advenu d'elle, comment la vie l'a gommée).

Et pour cela, pour comprendre, un peu, pour ressentir ce qu'est la fin d'une grève (et il y a aussi le soulagement), et pourquoi je ne peux voir le défilé sur les Champs Elysées qui a, avec le premier week-end sur les routes, marqué la fin, je vous en prie, regardez.

En début de soirée j'ai mis une vieille robe que j'aime bien, ne sais pourquoi, un manteau, un collant pas de la bonne teinte parce que c'est ce que j'avais et mes richelieux (et j'ai pensé qu'acheter des chaussures trop grandes n'était pas une si bonne idée que ça) plus un sourire sincère,

et suis partie vers un petit restaurant sympathique (ouvert juste pour nous) où Michel Benoit nous offrait gentiment du champagne pour fêter les trois ans de son blog (un de ceux qu'il faut regarder si on veut goûter les beautés d'Avignon, et la façon dont la ville est vécue par ses vrais enfants) http://avignon.midiblogs.com/archive/2010/10/28/3-an-revoulu.html

Il y avait quatre blogueurs, des amis de Michel, des amis de son fils pianiste - un mélange qui s'est bien fait – et un loupiot de trois ans avec lequel j'ai eu des conversations muettes et malicieuses

et, après avoir fait le plein de sourires, de mots, de champagne, de grosses tartines de pain de seigle et de tapenade ou tomates séchées

et de musique, je «me suis rentrée»,

en m'arrêtant quelques minutes dans le hall de la mairie où de jeunes japonaises se photographiaient, pour écouter des instruments qui s'accordaient au premier étage – j'ai hésité à écouter, n'ai pas été assez tentée pour grimper l'escalier et me chercher une place, ai peut-être eu tort.

11 commentaires:

Nathalie a dit…

Joli récit de cette soirée, belles images aussi - j'aime bien la devanture rouge et son lampion.

kouki a dit…

la première photo, les ombres étirées comme le souvenir et Avignon, si vivante avec vous.

Lautreje a dit…

Besoin de se retrouver entre gréviste ou amoureux d'Avignon, je sens la nostalgie, ne pas quitter le groupe, être ensemble. Tu as raison !

Avignon a dit…

Merci Brigitte, ce reportage restera un joli souvenir de cette soirée !

Gérard Méry a dit…

j'aurais voulu voir..ou écouter tes conversations muettes

fardoise a dit…

Je suis de l'avis de Michel, ce reportage restera un joli souvenir de cette agréable soirée. Et longue vie à nos blogs respectifs.

joye a dit…

Très chouette idée la soirée ! Félicitations à ton blog ami.

jeandler a dit…

C'est chouette d'être blogueur(se) à Avignon! A votre santé cher(e)s ami(e)s et longue vie au blog de Michel.

Pierre R. Chantelois a dit…

Ce que j'aime bien de cette soirée de dimanche c'est le sens de la fête. Un troisième anniversaire entre amis. Peu de monde. Mais un tri éclectique. Du bonheur avant le retour qui mène droit au sommeil.

D. Hasselmann a dit…

"La reprise du travail aux usines Wonder" : comment la grève échoue sur le sable des renoncements.

Du Grenelle historique au dernier en date proposé par Jean-Louis Borloo ("Grenelle de la fiscalité" : Christine Lagarde va apprécier, mais il se croit déjà Premier ministre...) : et "chacun est rentré dans son automobile", comme chantait Nougaro.

Il faut ouvrir un restaurant spécifique pour les blogueurs d'Avignon. Son nom : "Au blog de foie gras".

brigetoun a dit…

suis déj pas bien ne me parlez pas de foie gras - je déteste ça