jeudi, avril 05, 2012

Brigetoun, toute honte bue


Il pleut éternellement sur ma cour, sur la tentative miraculeuse de survie des branches du saule en leur rareté, sur les fleurs épanouies de l'obiela qui s'en vont en petites taches blanches.

Je voulais arrêter Paumée, car grotesque devenait ma prétention à tenir un blog ou écrire quoi que ce soit, pensais-je.
L'ai dit pour me couper le retour. L'ai regretté (et inconsciemment circulais avec appareil dans ma poche).
L'indifférence relative, ou l'approbation, me confirmait que j'avais bien fait – mais j'ai perdu en prenant âge et rondeurs relatives, ma volonté, ma fierté, tout souci de dignité apparente et ma persévérance, ne gardant que mon esprit de contradiction, et ma pente vers mon bon plaisir.
Or donc, d'un grotesque l'autre, bonjour Paumée. (enfin sans doute, je prépare ces mots et ne sais encore ce que vais en faire).

J'étais de mauvaise humeur mardi matin, à neuf heures, parce qu'à jeun depuis onze heures. 

J'étais encore de plus mauvaise humeur, en rentrant en fin de matinée, puisque cela n'a servi à rien (contrairement à l'avis de la fille au téléphone, les trois gorgées de café étaient interdites et le délai devait être de douze heures)

mauvaise humeur revenant lentement après la pause d'un assez réjouissant marché improvisé dans des halles encore presque vides.

Mauvaise humeur qui s'est évanouie, alors que venait la pluie, avant que je parte dans la promesse de nuit vers l'opéra pour un concert donné par Emmanuelle Bertrand violoncelle (belle musicalement, dans une robe catastrophique qui exaltait la rondeur fort excessive des épaules), Pascal Amoyel piano et Pierre-Henri Xuereb alto (mon instrument favori)

Trista – la vallée d'Oberman de Liszt, transcrit pour piano, violon et violoncelle
souvenir du qui suis-je ? de Sénancourt
spleen – déchirement – sérénité brève – dialogue dramatique – effondrement – exaltation croissante – sérénité, optimisme
harmonies dissonantes, modulations étranges – les cordes et le jeu ferme, souple, discours discret de Pascal Amoyel
Lachrymae de Britten pour alto et piano – une pièce que j'aime, sur if my complaints could passions move de Dowland
douze très brèves (un peu plus d'un quart d'heure en tout) variations sur le thème - lyrisme, véhémence, coda apaisante, et la beauté du son de l'alto de Pierre-Henri Xuereb (construit pour lui par Friedrich Alber d'après un instrument d'Amati)
sonate n°1 pour violoncelle et piano de Saint-Saens
écrite aux temps riants de l'après 1870 - force et rigueur
allegro assez peu allègre, si beau, brutale introduction, violoncelle descendant en son plus grave
andante tranquille sostenuto, chatoiement et mouvement dans l'aigu du piano, et violoncelliste en staccato penchée avec un air mutin, joueur, assez charmant
allegro moderato, piano en triolets, en musique étourdissante, tempétueuse – calme plainte – reprise.

Après l'entracte, deux pièces toujours belles, et plus souriantes
Les bucolics pour alto et violoncelle de Lutoslawski
véhémence – beauté de la partie d'alto et du violoncelle dans un registre inhabituellement haut, presque aigu – musique à partir de thèmes «populaires» merveilleusement dynamique et fouillée, et savante.
Trio pour alto, violoncelle et piano de Brahms
ample, complexe, souvenir imprécis de m'y être baignée
et, pour une fois, un bis qui ne déméritait pas (euphémisme) avec le mouvement lent du trio opus 11 de Beethoven.


Retour, dîner, sommeil d'ange.
Journée suivante entre carcasse en colère, Brigetoun aux prises à sa sottise, connexion intermitente  et ciel se précipitant incessamment sur nous.
Journée prochaine avec Paumée, mais venez voir... bien beau et sans Brigetoun.

13 commentaires:

Pierre R. Chantelois a dit…

Très sage décision que ce beau retour. Et ces petites sautes d'humeur sont... permettez-moi le qualificatif, adorables! Nulle monotonie de vous lire en ces pages. Et ces concerts ne sont-ils pas de beaux préludes à la nuit?

Wictoria a dit…

sentiments raisonnables
présence renouvellée (de ma part ici ou ailleurs)

Dominique Hasselmann a dit…

Musique et décision : un, deux, trois, quatre !

Danielle Carlès a dit…

On a beau admirer les grands sages, on aime mieux la vie et ses contradictions.

F Bon a dit…

manquerait plus que ça, tiens, qu'on ait plus nos ballades avignonnaises avec photographies intérieures

cjeanney a dit…

Finalement, la rotation de la terre a repris une courbe acceptable (hier, prise de hoquets, c'était inquiétant) et de la musique avant toute chose en plus, merci Brigitte :-)

│ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ AVIGNON │ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ a dit…

Bonne journée !

brigetoun a dit…

un grand mercii à tous de votre bénévolence - même pas de railleries !

Chri a dit…

Je me demande du reste si vous auriez le droit...

jeandler a dit…

Que serait la vie sans quelques sautes d'humeur: un éternel mouvement lent et sans saveur. La musique, rien que la musique: une excellente thérapie. Paumée et Brigetoun réconciliées. Pas de bon ménage sans un nuage qui crève de temps à autre au-dessus de la cour et l'arrose.

arlettart a dit…

Cela est si vivant! si humainement ressenti
toute honte bue
Merci

Gérard Méry a dit…

en partance pour Toulouse..jusqu'à mardi..venu te saluer.

Lautreje a dit…

non , point de raillerie, bien au contraire !
C'est souvent assez contrariant et contraignant de devoir faire des examens médicaux, si en plus il faut être à jeun !! je compatis !!