samedi, juin 02, 2012

Rite – juste le rite


le premier vendredi du mois c'est se vouer au plaisir – plaisir des mots – plaisir de les saisir, tenter de se les assimiler – plaisir des efforts avec ou sans succès pour vraiment les comprendre – et plaisir des images aussi, souvent – et plaisir de ce qui est ainsi donné du réel, doux, drôle, dur, poétique, philosophique (en tentant de ne pas faire détour respectueux),
ce premier vendredi du mois je me suis bagarrée avec ma machine, ma sottise, les photos qui ne voulaient pas, et leur stockage qui était bloqué..
le premier vendredi c'est frémir en se disant que c'est tricoter une image piètre ou personnelle ou fausse de ces billets échangés pour les vases communicants (qui peuvent être suivis sur le regroupement qu'en fait Pierre Ménard sur http://www.scoop.it/t/les-vases-communicants qui sera peut être légèrement en retard ce mois-ci), dans une assez grande indifférence me semble-t-il ce mois-ci
le premier vendredi de juin, qui était le premier juin, j'ai lu (quand ne dormais pas, une mouche té-tsé semblait s'être égarée dans mon limas, ce qui est une excuse pour mes incompréhensions et m'incite à vous conseiller de vous fier à cotre propre lecture)

dépaysement
«Karamouska rien, Karamouska pas»
un nom qui fait rêver, dans le rêve duquel on est, mais comment parler du voyage à Karamouska puisqu'on n'y a rien vu, ou peut-être parce que venant de notre vieux continent vieux pays on ne sait pas voir et comprendre Karamouska (mais il faut lire le voyage...)
«J’aime cette Amérique-là. J’étais perdu à Moncton tant Moncton est au milieu de rien, et le dit jusque dans sa main street : oubliez votre idée de la ville, bonnes gens, ici la ville est pays et réciproquement, et le rien se franchit d’une demi-journée de voiture, d’une journée pleine c’est égal, ou dormez au motel et continuez»
et
«une chambre à Poitiers»
le séjour dans une chambre à Poitiers et sa façon, toujours, de dérouler à partir de la description en phrases qui rebondissent, ce qu'il pensait, ce qui l'avait amené là etc.. et un petit jugement sur le monde, ou plutôt la France, ou peut être l'Europe
«Sur le plancher de ma chambre il y avait du tapis, du tapis vert, laid, et qui devait retenir l’humidité, parce que ça sentait le moisi dans ma chambre de Poitiers. Et sur les murs il y avait de la tapisseries, une tapisserie bleue, pas belle, et qui devait elle aussi être toute mangée de moisissures. L’impression que j’ai quand je pense à la France, à la Belgique aussi un peu, c’est que c’est humide, sur les façades, à l’intérieur, dans les cours, dans les rues, sur les toits, c’est humide, la France.»
et les colocs qui sont gentils et veulent faire la fête, et les projets, et les efforts, et les difficultés, et la fac, et les gens et... lisez

couple, toucher

«la peau est longue à moins que tu l'épelles longtemps»
les yeux d'abord qui ne savent où s'arrêter sur toi, la peau, la question.. un beau texte
«Il faudrait arracher ce qui se passe, te le flanquer sur la peau. Tu sauras que la voix baisse, que les larmes poussent au bord. Tu auras honte d’avoir parlé si haut, le murmure douloureux.»
et
«I demand reality, I'm going mad»
un texte dense comme une douleur, une séparation, un besoin de se reconstruire
«Donc toi aveuglément tu chercheras les surfaces tangibles, ce qui se touche avec les doigts, ne se dérobe sous les pas. Je vais lâcher ta main, ne m'enfoncerai pas plus loin avec toi, ne te regarderai plus tomber ni surtout te jeter dans la gueule du loup. Animal mort sort de ce corps, la cage est restée ouverte. Parce-que tu es pire qu'une fumerie d'opium à toi toute seule»

Home is where one starts from : chez soi, c'est d'où l'on part (T.S. Eliot)
Sabine Huynh http://www.xn—chatperch-p1a2i.nt/spip/spip.php?article259 (n'arrive pas à faire le lien – passer par le texte de Michel)
prendre le mot home, le décomposer, se demander ce que veut dire «chez soi»... selon Eliot c'est d'où l'on part et de jolis paragraphes disent ce que c'est
«Home is where the heart is (proverbe) : chez soi, c’est où le cœur demeure... avec quelqu’un d’autre s’entend, quelqu’un avec qui filer son thé, suçoter ses bas, siroter ses derniers quarts d’heure. Un animal de compagnie peut faire l’affaire»
et
«notes sur le départ» - bref, net, ce que l'on quitte, se mettre en marche... et renvoie en lien au texte de Sabine
«Faire l’inventaire, décrire toutes ces cloisons où ont glissé tes mains. Idem pour les fenêtres. Ta surprise parfois, détourner le regard de l’écran, ce paysage que tu crois découvrir. Difficile d’habiter quand habité d’ailleurs.»

sur le même triptyque, lisière
«le chaos des choses» et la marche difficile en un passage vers la forêt
la poésie d'Ana, des phrases comme des strophes, en reprises avec variations, progression, rythmées par le retour de «what happened ? What is going to happen ? what happened ? What is going to happen ?», arriver à la maison, ouvrir
«il faut rendre vivante la maison – elle ouvre les fenêtres du haut – elle écarte les bras et la lumière étire ses traits dans le ciel – sur la pointe des pieds elle claque les volets – elle entre dans la grande pièce»
et
«nous guettions des lueurs de lisière» - un beau texte encore sur une marche dans la forêt en quête de la lisière, entre Rhin et Forêt noire (et voilà que, là, on rencontre le grand Meaulnes)
«Augustin étions, recherchant notre Yvonne / la nuit était notre plus fidèle compagne / nous lisions, capteurs de la plus fine lumière, si proche de cette frontière – cette lisière...»



échange entre poètes
«donnez-nous des pierres» pour le repos – demander peu – j'aime
«qu’on puisse mourir de la longueur d'un arbre
ou de son vêt d’ombre
jetés bas par le midi trop plein
par la touffeur trop dense
et quoi ?»
et
«le brame de la minotaure»
le brame, le meuglement, la plainte de la minotaure .. et la nature et les sens et la mer et la perte d'elle
« je suis la Minotaure affamée de sexe de chaleur de ventre mon corps appelle crie famine geint meugle
sa douleur il rue sabots de feu dans les viscères de la terre le labyrinthe du maquis m'accueille mille
voix fouies dans la roche je roule déroule ma croupe sombre au creux de l'énigme je suis mâle et
femelle livrée en pâture à l'incompréhension des hommes mon destin est obscur et mes maux sans appel.»

sur photos échangées
«fugitif»
un fugitif qui se retrouve, ne sait comment, dans une cuisine devant une femme qui le regarde sans surprise, et leur dialogue – et c'est doucement vertigineux
«Maintenant, il voulait partir. Elle ne le retint pas. Mais quand il ouvrit la porte il n’y avait plus de route, plus d’horizon, plus de paysage. Rien qu’une brume vide. Tremblant, il revint vers la femme qui devant son désarroi lui dit : « Ne sentez-vous pas que vous êtes encerclé, lieux et temps confondus ? Et qu’en même temps, vous échappez à l’infini ? »»
la chute rassure-t-elle ?
et
«Beckett derrière la porte rouge» devant la photo prise par Catherine Desormière de la porte rouge d'une école maternelle sous l'égide de Beckett, pense à la dalle lisse de la tombe de ce dernier, et puis revient à la porte
«On devine même comme l’esprit théâtral de Beckett caché dans les deux petits projecteurs (de scène) qui surplombent la porte qui mène à tous les savoirs, et à la liberté qui leur est dévolue. Car le genre «absurde» décrit par Wikipédia n’est pas ce qui caractérise, de manière aussi sommaire, l’écrivain-résistant.» et bien sûr à Beckett

métamorphose, trac
«la bascule» : il a le trac, comme avant chaque concert, et la longue et minutieuse description de la chose est une réussite qui, lue au réveil, se mariait à ma difficulté à émerger, d'autant que le il devient je au troisième long paragraphe, à la faveur d'un changement :
«Moi, c’est devant, et pendant j’écrase les cordes de ma Fender, je me penche encore pour chopper la lumière. C’est parti ! Trembler de la tête aux pieds, une transe électrique qui contamine le public le plus proche, et tous ces yeux lumineux qui s’accrochent à moi, moi, celui qui d’un accord lourd les entraîne en plein dans une danse, un magma, au cœur d’un volcan, immense, invisible.»
et
une chenille qui s'interroge sur son avenir, qui n'est pas certaine de vouloir passer des feuilles et herbes aux fleurs, de voler – sais que doit accepter, que c'est fatalité
«Que deviendrai-je ? Se poser la question, c’est accepter déjà d’avoir passé et présent… Accepter l’hypothèse d’un futur différent. Mais la fatalité de la métamorphose m’enferme. Là, en mastiquant sur cette tige les dernières bouchées d’une feuille, je me plais à penser à tout ce que je ne deviendrai pas, façon bien plus agréable de passer le temps qui me sépare de ce destin écrit d’avance.»

rue, Montreuil, Paris
la rue de Montreuil à Paris
qui se prolonge par la rue d'Avron à Paris (et non de Montreuil), et une description de ces deux rues qui se ressemblent, une réflexion sur ce qui les sépare et les réunit, des souvenirs etc...
«Tu marches rue de Paris à Montreuil sans savoir où ni ce que ralentir stop signifie pour celui qui se souvient du jour où les chevaux se sont mis à parler aux morts. Tu penses que toi aussi tu pourrais tomber, disparaître, te replier comme on retourne les gants en laine des gosses l’hiver, tu le sais bien, feu rouge / feu vert, peu importe, pause c’est fini c’est fini, et tes allées et venues n’y changeront rien : tu n’es pas plus vivant qu’un autre et tes obsessions ridicules ne t’épargneront pas, cheval mouvement dans les oreilles ou pas.»
et
la rue de Montreuil à Paris (et à moi aussi elle est familière, surtout dans la partie qui traverse le boulevard Voltaire)
se souvenir, et comme toujours avec lui les photos, les mots tranquillement posés, disent beaucoup, et à partir de la rue remonte la famille en simplicité tendre
«espérer encore peut-être un peu, la chance qui ne frappe qu’une fois à la porte de la jeunesse, quelle fadaise, se souvenir de «Manhattan Transfert» de ce héros qui regarde dans le métro où s’asseoir années vingt années trente, cette tante et cet oncle, ces images de Tunis, de Paris, le monde et le faubourg Saint-Antoine, la Commune et la Révolution, les meubles et non loin de là, la Nation, quand on en part, quand on y aboutit, le monde tel qu’il est et tel qu’on le voit, se battre et regarder des images, changer de focale, distinguer ici ou là, là-bas plus loin, de l’autre côté de la ville, au loin derrière nous à présent, les Pyrénées et les Maréchaux, plus encore les murs à pèches et les romanichels, non loin de là, se retourner et descendre encore, repasser par Faidherbe» et j'aurais bien tout pris

à partie d'une photo
«dégonfle» - superbe déclaration de soumission masochiste, un peu provocatrice
«Me haïr te berce et t’aide à mieux dormir. Me haïr te picote et fait luire ton orgueil, j’aime à voir ta fierté que je lèche et suçote. Frotte-moi contre tes plis.» mais il en repoussera toujours des champignons
et
quoique# litanie, harangue, adressée au masque de carton ou ce qu'il représente
alternant : une apostrophe directe, un repli réflexif quoique, une mise au point, et cela avance en dure jubilation
«- Ne nous pousse pas plus loin, ne réprime plus nos rêves, solitaire dictateur.
Ce n’est pas toi qui nous révoltes, nous démontes ou nous sors de nos gonds.
Quoique. On t’engoncerait bien dans ton palais, serré dans tes dorures en poignards acérés.
C’est de l’oppression sous nos masques qui nous ronge dans le dedans du dedans.»

l'échange qui a été entravé, mais qui est finalement et heureusement paru dimanche,

autour du mot de l'année selon le Festival du mot de La Charité sur Loire : changement
un poème, un joli texte, un refus
«Avant il y avait la vie rangée comme la lumière dans des cubes de couleurs et de sentiments. Le meuble de ma mémoire, de mon ressenti, a basculé en chiffonnades de souvenirs et pêle-mêle je vois mon passé tendre les bras vers les possibles rompus.
Les membres aussi, foulés, tordus, et leurs sourires brisés de la joyeuse ballade de l'avant s'arrachent des êtres et tout l'amont retombe dans un magma de non-devenance.»
et
«une vie, des changements»
fait tenir dans des strophes les changements d'une vie, l'âge, les lieux de vie, les métiers...
« Le gris d’une basilique altière
Le bleu d’une mer sans y tremper les pieds
Le fond d’un gouffre malgré les oliviers et les lavandes
Le bris d’une vie rêvée sur une pierre
Des étoiles dans des yeux verts sur un banc»

échange entre thésards, utilitaire
de la présence, de la notoriété sur internet, des méthodes (les vases communicants comme un de leurs outils)
«Le but visé est qu’une machine comme un moteur de recherche puisse (en théorie) déterminer aisément quels sites sont définis comme faisant partie de la nébuleuse et quels autres en sont exclus. Les liens mutuels entre les différents sites peuvent également suffire, ils ont en tout cas pour effet de faire monter la nébuleuse comme un ballon dans la hiérarchie des résultats donnés par les moteurs de recherche (qui sont en bonne partie fonction de la quantité et de la qualité des liens dits «entrants»)
et
«la vie réelle d'une doctorante» - un témoignage
«Face à la nécessité d’organiser et de gérer les flux d’informations (bibliographie, nouvelles publications, annonces de colloques, appels à communication, etc.), ces formations m’ont permis d’identifier un certain nombre d’outils, ou, lorsque je les connaissais, d’en comprendre les contextes de mise en place, de fonctionnement et d’articulation (Zotero, Refworks, EndNote, Mendeley ; Revues.Org, MLA, Persée, Cairn, Factiva, Isidore, Lectures ; Calenda ; Hypotheses.org, etc.).»

marche, recherche
«elle rêvait qu'elle rêvait et la voilà qui rêve encore»
elle le cherche avec angoisse, trouve des pistes, rien de sûr- et vient le calme
«Elle cherchait l’en-soi, en lui, or leurs champs étaient distants, quoi que leurs désirs d’amour étaient identiques et réels. Elle songe maintenant à d’autres signes. Le souffle dans son cou, le parfum de sa chair. Cette joie dans les yeux. Elle parle, elle lui parle, et ça c’est bien réel quand le cadre s’anime.. Maintenant que le Silence est total elle le comprend enfin. Image d’elle même à ses yeux propres, elle était figée, argentique immobile, hors du temps, parfois au centre, hors-cadre le plus souvent
et
«je m'étais perdu»
marche dans une ville devenue inconnue, des paragraphes comme des strophes, quête d'une qui a été perdue
«je marchais sans m’arrêter, le danger grignotait avec délice toutes les certitudes qui essayaient de passer, quand ma dernière heure semblait venue, je m’imaginais nuage, libre, léger et au-dessus de la ville et de nos batailles quotidiennes si futiles, si bêtes, si insensées, qu’il aurait suffit d’un espace libre pour pouvoir souffler, se poser»

deux poèmes avec temps (et autres) dedans
«la folie est une mer
elle t'observe lorsque tu dors»
un beau et long poème qui dérive au fil du temps, du rêve, de la folie
«Notre nuit déesse furtive
Mozart y prends part
Une étoire pour chaque coeur
Là où rien ne se passe ni ne presse
Tout»
«à temps» - un joli poème sur le temps qui s'oubliait, s'arrêtait...
«s'essouflait. là.

dans une poussière de pluie nocturne qui ne viendrait pas.

s'estomperait. s'effacerait la pluie.

viendraient larmes de solaire.

viendrait se poser sur le vent.

le temps ne ferait plus.

figé. Pris en flagrant délire photographique.

n'écrirait plus l'heure qu'il est.

n'écrirait plus. le jour.»

à partir de tableaux
«anges et bêtes en trois triptyques – Bacon chez vous ou moi»
l'obsession de Bacon pour le 3, pour les triptyques, pour la reprise de tableaux anciens – essai de Littel sur Bacon etc.. - un texte charpenté, construit, à lire
et puis elle : «Comme elle le savait, elle n'était pas un ange (pour avoir survécu à la petite enfance), mais peut-être, malgré tout, gardait-elle une attirance pour les limbes et, pour conserver les pieds sur terre, se reconnaissait-elle volontiers dans le monde animal, avec une attirance pour la placidité des ruminants (un côté terrien sans doute, à moins que le zodiaque n'ait quelque chose à voir avec cela) éloignée des chairs sanglantes de Bacon ou Rembrandt, quoique.»
et
devant une photo de la falaise d'Etretat décrit le calme ressenti
«Un calme inquiet pourtant, pourquoi ? Suspendus, comme la lumière entre deux grains, nous sommes hors saison. Une larme de sel a séché. La marée s’en est allée, les vagues dans ses poches. Elle a laissé trois barques cachaléchouées, patientes, entre deux mouettes d’albâtre. Seule, susurre la vaguelette qui rissole ses galets, goulûment»
mais en fait la photo est l'exacte «reproduction»du tableau de Courbet et Quotirien n'est jamais allé à Etretat... par contre nous parle, et bien, de Courbet, du réalisme, de l'ennui de vivre, de Roquentin etc..

les mots, la politique – un des plus beaux

«changez les rideaux»
à partir d'une photo que la machine a bouffée, que n'ai pu qu'imaginer à partir du texte qui la décrit minutieusement, un frigo et un slogan collé dessus, un slogan beaucoup lu ces temps ci, qui dit changement et maintenant – et une analyse, une interrogation sur le sens de ce slogan, une décortication (ne se dit pas je sais, j'aime)
«Pour résumer, dans cette courte phrase, tout tourne sur lui-même, tout fait référence à tout comme le rien au rien, dans un instant à jamais immuable, contraire du changement, le présent est en fait ce qui ne change pas, au contraire du passé où tout change, déjà les dates, les révolutions, les êtres, et au contraire du futur avec ses projets, rêves changeants, rêves de changements, possibles chemins, reportés toujours à demain et à plus loin, alors que le présent qui se prolonge n’est jamais reporté, il est bien la réponse, la seule réponse, d’autant plus intéressante qu’elle est déjà là, maintenant, précisément»
et
«Icare»
d'où partir pour dire et pourquoi et à qui s'adresser ? - j'ai trouvé cela superbe, vraiment, mais ne peux que conseiller la lecture, tout commentaire serait mauvaise paraphrase
«Avec ce gravier de parole, avec ces mauvais outils, retenir, endiguer le ruissellement du monde, révoltes et royaume, et mille choses dans ces mots qu’on trace pour les relire dans longtemps, après l’effacement des visages, après leur condamnation au rien, quand leurs reflets s’effaceront et qu’il restera seulement le voisinage du vent, des mots perdus dans les replis du cœur, feuilles crissantes dans les automnes sans cesse…»
mais se jeter, se risquer

et un joli rajout en début de journée - isochronie
un homme, «les nouvelles du monde dans le flux des infos en voiture.... il superpose à la carte des images de villes déchirées» les zones rouge, des zones de sécurité en vert – les villes remodelées, découpées, les marques.. les cartes mais les visages qui se superposent dans la pensée de l'homme – texte construit, important, sensible
«Mercredi 9h, après une nuit en sirènes, le quartier, les rues, les télés. L’homme est — Il prend un visage. Cerné. Un nom, un visage de quartier familier. Côte pavée loin des plages sans nom»
et
«expension»
une personne a disparu gare de l'Est, comment ? Pourquoi ?
Alternance de propositions à l'indicatif ou au conditionnel - et l'importance, seule, du déplacement, même inconnu, cherché, dans la ville ou vers l'extérieur, la vitesse de l'extension des positions possibles dans toutes les directions... comme du sang, de l'huile ou autre liquide versé sur un drap blanc
«Ce qui compte c’est la fluidité de ce qui est versé. C’est de savoir aussi si le drap, la nappe, est en viscose ou coton : comment le tissu boit.»

et puis un échange au bord des antres, échange d'images, de quelques mots picorés, d'univers un peu aussi, 
entre
Maryse Hache, «antre lumière d'encre»ci-dessous, l'évolution, les reprises des cinq poèmes, le bloc final, la puissance, l'insolite, la malice parfois de ses images.. son écriture tout simplement
«antre lumière d'encre
entre nous antre donc

paumées sommes entremises
envasées fleurs et frondaisons
premières vénus
conques et printemps..»
et
cherchait à ne pas s'y sentir paumée, petiote, s'armait des mots de Maryse pour imaginer l'extension de la cour, au bord de son antre, y installait une baleine, des plantes, des oiseaux de Maryse, les mêlait aux siens
«l'accueillir, elle la baleine échouée au bord de l'antre - s'approcher, chercher à voir le petit oeil bleu, à toucher ses épaules éblouissantes, leur blancheur nacrée et humide, mais trop elle est, trop grande, trop haute - se sentir si petite que diminuée encore, se voir en girelle royale un peu délavée par les ans, une drôle de girelle survivant dans le cagna de l'air – mais c'est ainsi, ne pas comprendre – girelle éperdue, égarée devant cette masse, cherche sarengs, soeurs girelles, même des bogues, ses minuscules compaings, proies lestes comme elle, pour s'en grandir,»


14 commentaires:

Pierre R. Chantelois a dit…

Puissent tous ces vases communicants rester dans la mémoire de la blogosphère pour longtemps pour que les générations futures puissent les relire avec autant de plaisirs que nous les avons parcourus.

JEA a dit…

l'Académie ne sait pas ce qu'elle perd à ne point vous élire comme Secrétaire perpétuelle...

brigitte celerier a dit…

une orthographe anarchique ?

arlettart a dit…

Et l'on dit que rien ne doit se faire un vendredi !!!
Belle échappée Belle

Dominique Hasselmann a dit…

Faut-il vous lancer encore des fleurs en plus ?

brigitte celerier a dit…

pourquoi Dominique ?
certainement pas alors que là je cannibalise, avec un peu de honte

PCH a dit…

t'assures, Brigitte.... !!! (on y met du tutoiement parce qu'on aime le vôtre sur nos textes et photos) (Eh oui, on rajoute des fleurs... Merci) PCH

│ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ AVIGNON │ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ a dit…

Chez soi est aussi l'endroit où l'on reste.

D. Hasselmann a dit…

@ brigetoun : je vous signale (l'envoi de fleurs était sincère) que la version de "Beckett derrière la porte rouge", sur le blog de Catherine Désormière, est complètement tronquée (voir le "Londre" sans "s" du quatrième paragraphe) et ne correspond pas du tout à l'original : il en manque plus de la moitié).

Sans doute est-ce dû à un nouvel "incident technique" qui affecte ce blog (la possibilité des commentaires avait disparu dès hier de manière incompréhensible) et dont le monde.fr est coutumier.

Je l'ai signalé à Catherine Désormière, pour qu'elle puisse remettre en ligne la bonne version, mais le mal est fait (même si ce n'est pas une grande perte), car peu de lecteurs retournent en arrière dans leurs lectures, me semble-t-il.

brigitte celerier a dit…

moi je m'en vais y aller et je vais ajouter un NB en espérant que cela incitera à relire (en fait je crois que lectures il y a surtout pendant le week-end)

JEA a dit…

@ Brigitte

pour paraphraser Amos Oz, vous êtes soupçonnée d'être anar jusqu'au plus profond de vos nuits aux rêves les plus secrets
pour décorer votre épée d'Anarcadémicienne, je vous offrirais un chiffon rouge

PCH a dit…

ça me dit quelque chose, des lectures pendant le week end tiens...

joye a dit…

Je ne lis que les noms des auteurs. Ils me font sourire.

D. Hasselmann a dit…

@brigetoun : Beckett, dans l'échange avec Catherine Désormière, est à nouveau lisible normalement.