lundi, juillet 16, 2012

Journée entre plaisir et désolation hors festival – un président et un bon spectacle

Marché le matin, âme guillerette, pour une raison ou une autre, parce que c'était ainsi – peu d'acheteurs, plus de touristes, gros choix pour légumes et fruits, maigre pour les poissons mais tout de même petit rouget, aile de raie, dos de cabillaud.. et pas de bintjes mais des presque soeurs.
Ai arraché, non sans difficulté, mon marchand d'olives à de charmantes enfants qui se faisaient peser quelques grammes de diverses sortes d'olives, avec sourires et yeux rieurs du gars, pour obtenir le dernier beau pavé de morue. Ce sont ressources maigres d'après 14 juillet et de ménagères absentes.
Pris quelques photos sur le chemin, qui, me semble-t-il étaient pas mal, avec les deux appareils. Les ai chargées et effacées sur les appareils, et, quand j'ai voulu en recadrer une, l'appareil s'est bloqué. Tout éteint, ai rallumé, tourné en rond pour implorer le sort, revenue, rien à faire, iPhoto ne répond plus, s'installe, reste blanc, refuse d'engranger et de rendre.
Enervement panique de la courge.
Lavage de cheveux. Grande respiration et disque d'installation, quitte à perdre tout ce qui n'était pas sauvegardé dont les photos, d'où plus de trois heures de trouille, d'amusement fugitif en voyant les durées hautement fantaisistes qui s'affichaient. Et une vingtaine de minutes avant la fin : installation impossible, voir vendeur ou un truc de ce genre. Suis arrivée à éjecter l'objet, à retrouver tout sauf les photos.
Et suis désolée, ne vois pas de solution....
Alors dans l'immédiat, là, en fin de journée, j'ai téléchargé d'anciennes photos à partir de Picasa, en décidant qu'elles feraient l'affaire (gardé celle d'ouverture)
PS à l'heure du café lundi matin retrouvé photos de dimanche matin et gardé et repris celles-ci

Tenté de domestiquer carcasse, qui était déjà dans l'appréhension grandissante de la pagaille que risquait de créer la présence de Hollande aux Carmes, l'endroit sans doute le moins indiqué, avec les terrasses de dîneurs et la queue plus ou moins disciplinée qui doit s'engouffrer par le porche du cloître (foire d'empoigne civilisée plus ou moins).
Pris Lexomil, me suis ordonné d'oublier ces sacrés photos, pris mes appareils, puisque, même si ce n'est pas très aisé et si elles restent telles quelles, ai trouvé à 19 heures la solution qui a nom transfert d'images – crains juste que cela ne dure pas, parce que je ne trouve pas comment débrancher appareil correctement – très fière de moi tout de même, bon je sais j'ai choisi un passage nuageux pour prendre cette première photo d'après catastrophe.

et m'en suis allée, avec près d'une heure d'avance, ventre noué et sourire affiché vers le théâtre des Carmes, et le spectacle d'après (puisque toute une partie est re-écrite pour être contemporaine) les «six personnages en quête d'auteur» monté par Stéphane Braunschweig (si vous voulez voir des photos, il y en a de fort belles sur http://www.festival-avignon.com/fr/Spectacle/3363 mais ne suis pas arrivée à décoincer mon sacré truc en les copiant.) 
J'ai réalisé en tournant le coin de la rue Saint Étienne, en haut de la petite côte, que j'avais le temps, parce qu'un policier m'a demandé gentiment de ne pas marcher sur le trottoir qui longe le premier restaurant, et de traverser pour passer là où, entre quelques voitures garées, un petit groupe attendait patiemment, notre grand chef qui, je l'ai compris, était en train de dîner.
Avancée, en ne flânant pas trop parce que le vent était de moyenne force mais bien présent, et surtout bien frais.

Vent qui avait dégagé le ciel, baignant de lumière le clocher des Augustins.


Il y avait déjà une petite queue de qui-comme-moi-avaient-redouté-la-pagaille, quelques plaisanteries, quelques échanges à propos de spectacles,...

et me suis installée pour une longue attente, debout, en évitant de prendre des rampognons de la part des deux jeunes garçons très très vivants qui étaient devant moi, et en lisant les premières pages de « tous ceux qui tombent » de Beckett, du moins tant que la lumière me l'a permis,.. «Ah, me répandre par terre comme une bouse et ne plus bouger..»
Nous sommes entrés, avons ouvert nos sacs, tout le monde s'est installé, et puis j'ai vu les corps se lever, se tourner appareil brandi ou non vers le milieu du gradin central, et entre de nombreuses chevelures blondes et quelques crânes, ai aperçu le front et les cheveux blancs de Vauzelle le président de région et j'ai supposé qu'il était dignement accompagné.
Et puis le spectacle a commencé.

Sur le site «Braunschweig revient à l'auteur sicilien pour l'installer, avec tous ses personnages, dans un théâtre d'aujourd'hui, et lui faire rencontrer des acteurs d'aujourd'hui, qui s'interrogent sur le théâtre qu'il est possible et nécessaire de faire en cette période de crises et de bouleversements. À partir d'un travail d'improvisation avec ses acteurs, il a imaginé de réécrire une partie de la pièce, et de s'inspirer également de l'adaptation pour le cinéma que Pirandello écrivit quelques années plus tard.......... réinterroger le nœud énigmatique de la pièce : pourquoi l'auteur a-t-il donc «refusé» ces personnages pourtant persuadés d'apporter avec eux « un drame puissant, neuf et complexe » ? Seraient-ils moins «intéressants» ou moins universels qu'ils ne le disent ? Ou seraient-ils «dérangeants» pour l'auteur lui-même parce qu'ils dévoilent.... Pudeur mystérieuse de l'auteur, impudeur vitale des personnages : les «questions de théâtre» de Pirandello rencontrent de plein fouet notre époque de surexposition publique de l'intime.»
Un plateau dépouillé, à droite une table, des chaises, un canapé contre les arcades dans l'ombre, à gauche un grand plateau blanc, avec un mur en retour, et un bas-flanc massif pour servir de siège (ce qui m'a poussée à grimper aux deuxième rang pour une question de visibilité, et d'ailleurs les places extrêmes au premier rang sont restées vides), plateau qui coulissera au centre pour devenir la scène où se déroulent les répétitions et les moments où les acteurs, laissés seuls, reprennent à leur compte l'histoire, et le questionnement de l'auteur, montent des scènes qui sont prises en charge également par les personnages, en grandes projections sur le mur de fond.
Une belle façon de jouer sur plusieurs niveaux, par le jeu même des acteurs, une spontanéité un peu forcée des acteurs et du metteur en scène entre eux, un jeu très théâtral, parfois joliment à la limite du trop du personnage père et de la mère personnage, le jeu provocant, direct, et la sensibilité refoulée plus ou moins bien de la fille (formidable actrice) – un jeu avec toutes les formes du théâtre, un questionnement sur la part d'artificiel, d'auto-représentation dans la vie, des enchaînements, glissements, parfaits. C'est intelligent, on rit.


Finalement, après une petit hésitation au début, un assez formidable spectacle, et une belle troupe d'acteurs.

Malgré la couverture châle qu'un voisin m'avait gentiment amenée, j'avais froid, et même s'il était trop tard pour rejoindre l'école d'art pour la vingt cinquième heure, me suis éclipsée par la galerie et suis sortie, deuxième, pour trouver, se pressant dans la nuit, un petit groupe d'admirateurs-curieux qui, à ma grande déception, ne m'ont pas saluée



et j'ai filé par les petites rues que le vent et la nuit rendaient désertes.
(l'ennui est que je ne peux retoucher les photos pour leur donner un peu plus d'éclairage, sont franco)



14 commentaires:

Pierre R. Chantelois a dit…

Les affres de la technologie. Une belle réussite tout de même. J'ai vu que le président fréquentait Avignon. Beau geste pour les arts de la scène et de la rue. Frisquet chez vous? Torride chez nous. Si nous trouvions un point d'équilibre?

JEA a dit…

- "...les «questions de théâtre» de Pirandello rencontrent de plein fouet notre époque de surexposition publique de l'intime"
questions que posent aussi les réseaux dits "sociaux"...

brigitte celerier a dit…

ont été évoqués dans le texte re-écrit

jeandler a dit…

Une version quelque peu revue pour cette adaptation par rapport au texte original.

"Rampognons" qui dit bien ce qu'il veut dire : ici, l'on dit "ramponnaux".

│ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ AVIGNON │ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ a dit…

Journée hollandaise.
Soirée hollandaise.
Bains de foule.
Rue St-Sébastien en pente ? Non...

brigitte celerier a dit…

ben, négocie la en descente avec un panier et sur des talons, dignement en plus, tu verra !

joye a dit…

Hmm, je ne l'ai pas vu ton fromage sur les photos. C'est lequel ?

(voui, je plaisante)

│ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ AVIGNON │ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ a dit…

C'est parce que c'est la rue St-Étienne !

brigitte celerier a dit…

quelle courge ! bon je ne fais plus l'erreur qu'une fois tous les six ou sept mois - pourtant c'est pas faute de la parcourir (et de l'aimer)
on ne comprendra rien à notre échange mais j'ai trop honte - je corrige

arlettart a dit…

Belle sagesse et calme apparent , souriant!! devant
les '"coincements "de la haute technologie

brigitte celerier a dit…

ô la mère Castor j'ai indiqué le chemin vers chez vous sur twitter, j'espère qu'ils auront bonne idée de suivre la flèche)

la Mère Castor a dit…

merci. J'aime bien vous suivre dans les rues d'Avignon, chacune son itinéraire et chacune son regard sur, quelquefois, les mêmes choses, et votre regard unique sur cette ville.

Gérard Méry a dit…

Pourquoi veux tu éclaircir ta photo, pour une prise de nuit elle est très bien.

mirae a dit…

ah quelle magnifique photo de l'estrade. It makes me feel like strutting.-et les mots nous intriguent aussi-pudeur mystérieuse de l'auteur impudeur vitale de personnages.
oui les personnages peut faire ressortir un nouveau univers du texte- qui est excitant parceque l'improvisation c'est spontannée.
juste une petite note a coté que j'adore de voir l'improvisation fait par les adolescents.

je t'embrasse, j'étais la!chère Brigitte.
Madeleine