samedi, octobre 06, 2012

Le vendredi des vases communicants


En ce jour, Brigetoun ne fait rien – ou pas grand chose – ou lit et essaye de comprendre, de saisir, ce qui s'est écrit, dessiné, sur les blogs participant aux vases communicants, quand n'a pas trop sommeil ou faim. Parce que l'habitude est telle, parce qu'il lui faut grande nécessité, ou grand dégoût, ou plaisir un peu moindre, pour en changer.
Alors comme ce n'était pas le cas, vaille que vaille, quelques mots sur ce qu'elle a vu, et bien entendu, trop tendue ou trop sotte, est sans doute passée à côté de sens, a goûté, oui, mais pas comme l'aurait dû – ceci dit la priorité devrait être de suivre le regroupement fait par Pierre Ménard sur http://www.scoop.it/t/les-vases-communicants
Et, donc, elle a vu :

à quatre mains et deux esprits
jusqu'à ce que l'encre ait absorbé tout le sang
voix-murmure qui répond au silence, console l'espoir amer... un long et beau poème en prose, repris avec échos (voir ci-dessous)
la foi s’abandonne animale cherche à consoler l’espoir amer caché dans les hautes herbes noires

on se cache. oui. on fuit et l’espoir avec. par tous les pores. on. ne tient pas longtemps – désossé et. tondu par l’amertume
et
qu'à force de
les phrases échos à celles de L. Sarah-Dubas, reprises par elle dans sa deuxième version, soit
on se cache. oui. on fuit et l’espoir avec. par tous les pores. on. ne tient pas longtemps – désossé et. tondu par l’amertume

prendre le Monde du 19 septembre 2012 – un article ou le tout
Angèle Casanova reproduit une belle présentation du maître des lieux
C’est pendant son enfance au cirque, aux alentours du 14 mai 1982 à 21h, qu’il a inventé le slam et le stand-up, mais trop en avance sur son temps, ses numéros furent tous des échecs retentissants. en attente du texte (compléterai le cas échéant)

Cette présentation annonçait le texte qui est venu, avec quelques jours de retard, rejoindre l'ensemble des vases communicants
l'enfant soldat
un enfant soldat qui n'est pas africain, comme nous y sommes habitués avec une tragique quasi résignation générale, un enfant dont on ne dit pas la nationalité mais dont le frère aîné a comnattu en Irak, et qui, après la Grande Récession a été rejoint par la guerre, la fin des corn-flake et de l'école
On l'a alors emmené en colonie de vacances pendant quelques semaines. Il y avait plein d'enfants de son âge, pressés eux aussi d'aider les leurs à libérer le pays et le monde. Pressés de montrer qu'ils étaient assez grands. Il a appris à se battre, à main nue, au couteau, avec des armes à feu. Il a lancé des grenades, a joué à cache-cache, a fait beaucoup de sport. Et puis quand, armé il est monté dans un avion, qu'il y a eu un crash, qu'il a été blessé, il y a ces phrases finales il a aperçu les journalistes, au loin. Qui filmaient les vainqueurs. Il avait un peu honte d'avoir trahi les siens.
et
partie civile
une jeune (?) femme se coiffe, avant d'aller au palais de justice voir juger ses violeurs – se prépare, se calme, lutte contre peur – un texte haletant qui se retient de l'êtree
Elle a vu les mères aussi. Les soeurs. Les frères. Les pères. Lever le poing vers sa fenêtre. La maudire. Depuis, un silence étrange règne sur la cité. Aux abords de sa fenêtre, un no man’s land. Les bruits s’estompent.

les autres
embroussaillement passager
ce pourrait être une lettre, ou une pensée intérieure, pour un absent, dans un ailleurs imaginé et décrit dans son calme à l'écart, calme peut-être, mais étrange et étranger, inquiétant, un peu... lisez
La pluie s’infiltre partout. Dans tes vêtements, sur ton visage. Un déluge. Le vert s’accélère. Tu ne le vois pas. Tu vois la douche de fougère se soulever, respirer. Marcher sur ce chemin, encore. T’y enfoncer. Te laver, là, à l’abri. Gant végétal, caressant ta peau. Milliers de gouttelettes, dans tes yeux, tes oreilles. Végétal aspirine. Lumière verte.
se dépouiller, penser au monde des hommes.... il faut suivre son blog.
et
l'énumération comme arme pour dire le monde
reprendre les mots qui introduisent à la description des autres, de quelques uns de ces autres qui nous entourent : celui (ou celle ou ceux ou celles) qui... mais interrompre la liste par des commentaires sur ce qui s'écrit là, et puis l'émergence d'un couple et c'est lui qui prend toute la place
Le jeune homme à ses côtés se met à la regarder en coin, plusieurs fois de suite, très furtivement, il avance son corps  en se penchant sensiblement en avant, et tourne légèrement la tête vers la jeune femme qui ne se tourne à aucun moment vers lui, l'ignore complètement.
et leur départ – focaliser la vision

la rive incertaine
conte ou fable ou vérité, ils l'avaient vu venir cette abnégation de l'écrit (sur tout support), le quota de rentrée littéraire pour ne plus submerger les critiques... lisez la suite, et la réaction, la lutte, cela vaudra mieux et aura plus de saveur, la
alors nous avions pris les devants - nous avions retissé une toile parallèle, invisible à l'oeil nu - pour permettre au #lir&crire d'être, encore - encore à nous - en nous – hors
et nous retrouvions en vases communicants
et
la pierre qui se souvient
qui se souvient d'avoir été ramassée, posée sur une table, oubliée, d'avoir vu des étagères s'installer sur les murs, et des livres sur les étagères, puis à côté, débordant, jusqu'à la recourir – en paragraphes/phrases, et puis :
Je me souviens de la table vide, des murs nus, de la surprenant chaleur de la main de mon découvreur, du noir de sa poche, de la sensation de s’envoler, du toucher d’un gant de cuir, de l’arrachement, du calme du chemin, de la pluie fine, du bruit du torrent, de la fraîcheur d’une aube.

tôt le matin
un poème – observer, par sa fenêtre, le début d'animation de la rue, et c'est la boulangerie qui s'éveille, s'active, prépare l'ouverture du jour
je verrai encore ces deux hommes
le mouvement de leur corps quand ils se penchent
laissant glisser de leurs épaules un sac
et un sac
et un sac
comme s'ils entassaient dans le fournil
les jours devant nous
et
c'est de mon pays que je parle
et c'est d'un pays qui n'est pas touristique, qui n'est pas gras, qui est pays de poussière... (piètre résumé – lisez donc)
De cette atmosphère qui te colle les os entre eux et qui jamais repue ne cesse d’écraser ton corps. C’est le goût de la misère qui seule t’aveugle de son jaune pisseux et criard, te laissant croire que demain tu mangeras parce qu’il fait beau. Je garde cette chaleur incandescente comme une bombe à retardement coquée dans mes entrailles. C’est une mèche de bile à qui il ne manque plus que l’allumette – un seul crachat et tout explose.

explorer la terra incognita des cartes anciennes en regardant photos de l'autre
Sabine Huynh http://jeanyvesfick.wordpress.com/2012/10/04/7766/ après une jolie présentation par Jean-Yves Fick
Terra incognita nos hivers
beau et profond poème, qu'il serait dommage de paraphraser (non ce n'est pas de la paresse ou de l'incompréhension, c'est simplement ce que je pense), comme souvent, plus que souvent, il n'est pas fractionnable, chaque mot, chaque enchaînement compte, même si me risque à prélever
empreintes abîmées dans la mare

incognitum – cartographie

de tourbillons tempêtes – tentation
des galets du lac
et les photos sont très belles, comme toujours
et
tremble le mot terre où va devant l'inconnu
poème acrostiche, la terra incognita introduit chaque petit bloc de texte et elle est le poème, dans tout ce qui en sourt, et c'est un régal profond, comme du miel sauvage et riche et sans goût de sucre immédiat
réel le lieu où les navires s'ancrent ou s'ouvrent fracassés – réelle l'eau où le pas s'efface du sable – réelle la glace qui fige des ombres – et devant toujours le vent sculpte l'informe du vertige – terra incognita – qu'importe le lieu – on allait vers cela
et je découvre la beauté des images de Sabine 

oloés
des ilôts
voir, montrer une qui lit, dans la fraîcheur d'un intérieur en août, dans un jardin public en septembre, dans le froid, peut être dans un café, dans un train – et l'essentiel, même si l'entourage pénètre un peu, est la lecture – un texte délicat
Entrer dans l’espace déplié des pages parmi les bruits claquements de métal des machines à café plateaux empilés les voix surtout font une basse continue avec quelques éclats c’est le chant d’une cité un chœur de Suppliantes pour ton ouvrage quand tu ouvres la bouche égrènes parmi les autres ta parole je ne vois que tes lèvres qui bougent que sais-tu des bibliothèques antiques lieux de rumeurs et de bourdonnements.
Et encore (honte à moi qui ne le fais pas, ne sais pas le faire) une présentation par Anne Savelli.
et
oloé de Saint-Brieuc
une apostrophe-invite au passant, sous les fenêtres (tiens) d'une façade de Saint Brieuc où elle était récemment, où elle est peut-être encore: l'oloé que serait l'atelier d'écriture, au sein de cette ville, les rencontres, le sentiment d'être à sa juste place, dit-elle, dans ce présent qui est déjà du passé.... il y a la ville, la mer, le rayon G de la bibliothèque où s'attarder, prendre, lire
Rayon G c'est Genevoix, et Gens de Bretagne, Genet non. Côté gémissements Le Roman de la momie ou encore L'Intranquille, un récit de Gérard Garouste. Au hasard, je l'ouvre – ce n'est pas un hasard, mais une page cornée. Il parle des décors qu'il a peints au Palace, de la peur de se perdre. Puis j'essaie Le Parloir, roman. C'est celui de Fleury. La colère commence à gronder

décrire
habitat
liste des pièces – et puis s'adressant à un tu, propriétaire, description, rappel des travaux, des avantages, des inconvénients, de l'entourage, des gens du coin... bon mes mots là sont plats au delà de tout, le texte lui est rythmé, précis, souriant, et la maison vit avec ses défauts et ses inconvénients
La chaleur monte toujours, le problème est physique. A présent, elle siège au seuil de la *chambre. Du jonc de mer remplace maintenant la moquette verte d’eau pâle qui a recouvert pendant plus de 10 ans le sol. Choix plus esthétique, moins salissant, moins confortable aussi. A *l’étage on dort. Il y avait autrefois une chambre en *bas, « la parentale ». Tu t’es délocalisé plus haut, plus chaud, laissant la première en jachère. L’abandonnée héberge un bric-à-brac hétéroclite.....
et
empressements
un trajet en métro – description dense, précise là encore, belle réussite
Des nez restent collés aux vitres éraflées, des épaules s’incrustent dans les mâchoires, des sacs dans les bides. Compression accentuée. Délimiter un petit espace, une place à soi, minimale mais à soi, on tente, on s'efforce. Puis annonciatrice de l'ouverture aussi imminente que programmée des portes, une lueur vient, vient, s’amplifie

à partir d'un tableau de Guy Garnier «le calendrier de l'après»
trois phrases «tu ne me vois pas», «tu ne m'entends pas», «tu ne me sens pas» pour rythmer texte, voix ou pensée de ce qui est dehors, dans le froid, face à cette fenêtre, qui est la douleur, le souvenir
Tu t’émerveilles d’une lumière nouvelle, mais son halo encadre déjà les gestes de ton cœur, s’ils désordonnaient en travers…Prisonnier, ton chavire est occulté.
Je suis ta mémoire chassée de l’âtre, laissée sur le carreau. L’omise.
Et donc «tu peux fermer les volets»
et
il fut un temps, je fus ici
poème – le souvenir d'un qui revient, et revoit les grands parents, les habitants, les vieux intérieurs, l'habitude qu'il avait lui aussi de guetter les passants, et c'est constat, mais non sans tendresse
Je regardais les étrangers, derrière ces carreaux de verre,

Oui j’observais, toujours muet, leurs doutes vains sur mes œillères

Leur vie, leur cœur qui accélère, devant l’altérité certaine

Les murs de pierre qui les séparent, qui les font étrangers ici…

par petits blocs, réflexions, attente, invocations poétiques à un toi
Au matin j'écoute les oiseaux me souffler les mots pétillants qui chatouillent le sens de ce drôle de devenir. Dressé entre toi et moi un pan de lumière.
et
et soudain un sourire
un long, ou presque, texte, une petite nouvelle, l'histoire de Marc alors que Sara l'âme-soeur se marie
Marc aurait voulu s’enfuir lui aussi de cette façon, rejoindre l’éther pour y patauger à jamais, ou découvrir une autre planète. Ne plus rien ressentir que l’osmose d’une forêt peuplée d'essences animées et dansantes. Vivre l'ivresse éternelle parmi des muses qui seraient amoureuses des humains
mais il y a Martine, et il s'en aperçoit

la nuit nous sert de forêt
la nuit nous sert de forêt
un texte, rythme et poésie, comme toujours, personnel, comme toujours
une alternance de ici et de loin, puis un très loin, et ici qui revient, et
no puedo dudar – nous traçons le premier chemin – nous transformons notre langue – avec la couleur de nos yeux avec le mouvement de nos pas avec toutes les lignes du ciel et ses astres – no puedo dudar – nous retraçons le passage du vent dans nos bouches – nos voix portent ouvert le monde – Bracelets of Life Line of Life Moon Sun Double Martial Line Reason Line Line of Head Venus Jupiter Mercury Mars....
et
asphalte infinitif
dans un jardin sauvage la chercher, la rencontrer, l'écouter (et ce qu'elle dit est aussi beau), dans la fragilité de l'instant
Le plafond peu à peu disparait, laissant filtrer le ciel étoilé, au coeur du jardin. Regarder mieux. Son regard qui brille au dessus de moi. La douceur de son cou, là, bientôt, sous mes doigts. Je suis transparent. Elle me voit. Comme personne
et finir sur la nuit nous sert de forêt

voitures
lui et les voitures
elle parle de lui et de ses voitures, la traction avant jamais vue, et celles qui ont suivi, et c'est, délicat et souriant, du Christine Jeanney
Et la dernière voiture, Xantia, le prénom à la noix, pourvue d’un numéro de code pour qu’elle démarre. Il ne la conduira pas très longtemps, puis plus du tout, les pâquerettes et les lapins peuvent gambader tranquilles.
et
le vent quand il ne souffle pas
un joli presque récit, une évocation en quelques phrases – plaisir
Passage cédé, on avancera, parallèle à celle qui ferme ses yeux face au rétroviseur et qui se remaquille, on avancera, toujours parallèles, malgré ce compte-tour qui, régulièrement, grimpe encore et s’agace, malgré les voyants et les avertisseurs, malgré ce plein qu’il faudra bien faire, tôt ou tard

vases communicants
d'abord choisir un vase – et petit dialogue pour cerner ce choix – et puis prévoir l'ouverture, vase virtuel, village virtuel, vertueux volatile, volatiles de rêve....allez donc lire et vous faire plaisir,
les deux textes sont regroupés, la voix de Lirina
Alors, il bavasse, extravase et envase, transvase et dévaste, vassalise, crevasse et vaseline. Il vasectomise. Puis, il va, invasif et rêvassant, vasouillant et vaseux, évasif écrivassier, qui, vers la vastitude, rêve d'évasion.
Et puis établir la communication, et cela ne se simplifie pas.. comme de bien entendu, mais tant mieux.
et
ceci n'est pas un poème
le même savoureux et poétique dialogue – la voix de Danielle répondant
Évasion d’un vase vert en vastitude… Il vacille. Veut-il y partir en vacances ce va-nu-pieds violent ?… Vaquera-t-il vantard vaillant, vagabond au vague à l’âme en vieux véhicule ou à vélo ? Va-t-en-guerre végétarien ? 
Je suis simplement navrée, ne sais pourquoi, Picasa a refusé de prendre en considération leurs photos, qu'elles me pardonnent

champ contre champ
boire dans la ville, boire, et puis voir une image, des mots sur un mur, les prendre pour soi
Il me fut étrangement facile de me substituer, l’espace d’un instant, au destinataire de moi inconnu, de retrouver, par-delà ce temps pas tout à fait perdu, l’impression, l’espoir, la certitude que c’est la ville elle-même qui s’est chargée de me dire (saut sans pourtour, vertige quantique) que c’est à nouveau, et inlassablement, comme si quelqu’un, ici et maintenant, m’aimait encore AINSI, reconvoquant le temps où murs et arbres en étaient témoins, et s’en portaient (à jamais ?) garants…
rencontrer des visages, mais derrière des vitres, des noms sur des plaques d'interphones, une image venue du passé dans le sous-sol d'une galerie, et les souvenirs qui remontent etc... et puis des mots, des phrases, des auteurs familiers
Bon, j'aurais dû avouer d'entrée mon incapacité à parler avec quelques uns de mes pauvres mots de ce billet, où il y a un peu tout ça et beaucoup plus.
et
lieu souvenir : une ville visitée pour la première fois, y projeter ses souvenirs, ses désirs, la faire sienne, l'incorporer à son passé – une ville visitée pour la deuxième fois – un lieu du quotidien – un lieu jamais visité – une reprise, une évolution du texte – c'est «assez prodigieux»
Un lieu jamais visité, connu par images, films, brochures, fictions, on-dit, témoignages directs et indirects et ainsi reconstruit, devenu personnel, un lieu en nous à la fois partagé par beaucoup (il est possible d’en discuter entre personnes qui ne l’ont jamais visité), un lieu dont tout le monde parlera mais que personne ne peut voir en nous...
et si le temps qui nous traverse était comme ses lieux... ce qui suit n'est pas moins beau
avec une vidéo pour finir, voyager

new-york jeu de miroir
considérations (on croit entendre la voix) sur une copropriété sur Broadway
Ceux d’en face de ceux d’en face, du moins parmi eux quelques grands vieillards qui en ont vu d’autres, prétendent que l’abus au cours des années 60 et 70 du siècle précédent, dans certains appartements, de substances à durables effets déformant les perceptions serait à l’origine des distorsions angulaires constatées
et
projet en cours, projet en tête autour des lettres de son père pendant ses six ans de captivité en Silésie – cela s'appelle pour le moment l'emprise – il y a la présentation et la beauté du début de ce travail
sauf
ses yeux bleus ont déjà croisé les yeux marron de geneviève
elle a 27 ans
train ligne denfert-rochereau direction seine et oise

quittez en laissant vibrer
texte sensible, provoqué par des images fortes, amenées par la phrase qui conclut le livre d'Hidetaka Ishida sur le tsunami, et le souvenir de photos de Hiroshima ou Nakasaki
Jeux d’ombre qui découpent un torse, je crois que c’est un torse. Il a fallu s’arrêter, évaluer, estimer, je ne suis pas là par hasard et derrière l’obturateur il y a un œil qui lui aussi scrute, frôle, effleure.
et
pour faire une photo
se garer, marcher dans Paris et des souvenirs, s'attabler, parler bibliothèque, Desnos, Varda (me voilà réduite à un piteux résumé, donner idée de ce que contiennent ces phrases simples et denses), penser à ce qui était évoqué dans une conversation = les liseuses, leur installation dans notre univers, le temps, Tabucchi, …. redescendre rue, voir livres qu'on brûle
le bûcher et les livres qu’on brûle comme on brûlera celui qui les a imprimés, sorcières et mécréants,entendre ce matin cette dame qui me disait « au moins, on ne sait pas ce qu’on est en train de lire, personne ne peut le savoir, c’est ce qui est bien, avec ces liseuses… » oui, voilà, on sera dans le secret, on restera entre soi et le texte, – et Brigetoun qui attendait la photo, et elle est là, à la fin, photo de ce qui était en face de la voiture garée, aime l'écriture de Piero, l'ambiance de ce texte, comprend mais ne partage pas cette crainte (est dramatiquement incapable de lier le texte et le livre, deux plaisirs grands, oui il est de belles reliures, ou des fatigues attachantes du livre, mais le lien avec ce qui est là contenu est fugace, juste petite nostalgie, qui est d'ailleurs détruite quand on rencontre mêmes mots imprimés autre part ou cités sur l'écran)

À partir de «Tu me demanderas pourquoi je ne m’arrête pas un jour de plus» (Nerval)
Mathilde Roux http://www.xn—chatperch-p1a2i.net/spip/spip.phb?article352 (saurais jamais faire lien, cliquez sur celui figurant dans le texte ci-dessous)
une superbe et souriante litanie de ce qu'est ce jour de plus, et cette conclusion
Je te répondrais le jour de plus c’est à l’instant, le jour de plus c’est toujours aujourd’hui
et
variations
deux versions : un texte et un cut-up, avec une petite fille qui tente d'oublier ou comprendre – un plaisir des mots, de la virtuosité, et en plus c'est touchant
phrase en suspens… fil au dessus du vide… que je m’y précipite… y disparaisse… tu n’as rien trouvé de mieux depuis le temps… gouffre ultime… et tu me demandes chaque fois pourquoi je reste si peu…

une vidéo où elle dit (et fort bien) le texte fort que lui a inspiré le très beau dessin de Luc Bersauter
ailleurs les mots
. ils sont là, à gribouiller dans mon ventre, à me déraciner l'intérieur, chacun se prétendant le plus fort, le meilleur, l'indispensable, troupeau chaotique se braque contre mes neurones...
ne manquez pas d'écouter, les plus belles phrases, les plus importantes, les plus fortes, les meilleures, les indispensables sont plus loin – et vous aurez furtivement le commentaire d'un chat
et
l'image seulement, à regarder, où promener vos yeux, les mots qui vous viendront pourront être autres, peut-être

Elisabeth Legros-Chapuis http://www.atelierdebricolage.net/?p=989
début d'automne
oublier les chiens, la mer, les mensonges et entrer dans le tableau, ce tableau avec rangée de livres jaunes, bouquet de fleurs pour reposer les yeux en cours de lecture
Il serait tellement plus facile de retourner dans le tableau, de feuilleter l’un de ces livres jaunes, probablement un roman des années 1920 racontant les aventures un peu osées d’une jeune femme qui vient, pour la première fois, de se faire couper les cheveux. De temps en temps, regarder par la fenêtre, repérer la course nonchalante du soleil, souffler sur les nuages pour les faire avancer plus vite
et
passerelle
raconter ce qui aurait pu être – écrire ce que vous dicte l'histoire – un charme, une petite nouvelle, une rencontre
Sur la route, ils bavardent à
nouveau. Ils éclatent de rire en se rappelant leur petite cérémonie. Ils
ne savent pas encore tout le temps qu’il faudra pour qu’on les raconte.

Deux poètes
GM+5
les trains ne se rencontrent jamais mais un poème est là, poème du je dans le monde de ces trains, de l'acier
ici il y a la rivière presque à sec,
les montagnes aux aguets
et des voix que je ne connais pas
je n’ai jamais su que le goût des noix
et celui des amandes grillées
que vendent ces petites femmes
dans l’allée du marché
et
chercher
avec sa poésie que j'aime, simple, directe, pas si simple, chercher traces d'une en allée
Chercher quand la nuit

tombe.



Chercher quand on ne voit

rien.

brouillon
brouillon de vies
alternance de l'énoncé d'un exercice d'organisation géométrique de la vie, à réaliser sans qu'aucune erreur ne puisse être corrigée, et de la description poétique de la naissance, du développement d'une végétation
Les voilà, tiges par centaines, toutes bien serrées les unes contre les autres, crêpant le sol de verdure. Elles s’appuient, se tirent, se hissent parmi. Enchevêtrent leurs racines, emmêlent leurs ombrages. Elles grimpent, poursuivent la monte sauvage des rayons du soleil.
Un rapprochement n'est pas interdit – en tout cas j'ai eu fort goût pour cela.
et
un poème qui part du brouillon, de graffitis, de pistes à brouiller, d'écheveaux à débrouiller et s'envole dans le cosmos
une symbiose
à l’allure d’inachevé galactique
qui se révèlera vite
aux yeux des multitudes
cristallisation d’harmoniques
où tous les mots auront l’attrait du trait
et tous les traits l’émotion du mot.
Avant d'être rappelé à l'ordre

traduire, trahir
ce que traduire veut dire
traduttore-traditore, et l'affaiblissement de ce rapprochement quand traduit en français
Les deux verbes latins tradere et traducere sont visiblement faits de la même manière, comportant l’un et l’autre le même préverbe tra- (forme réduite de trans-), comme en français «trans-porter», etc. Par ailleurs, «tra-duire» comporte le même verbe que «con-duire» ou «ré-duire». Le verbe «traduire» est l’exact héritier du latin traducere. Ce dernier a-t-il quelque chose à nous dire?
et cela continue avec la sage malice de celle qui nous régale de ses traductions d'Horace.
et
la chute de l'empire français
un billet à l'ironie savoureuse sur cette tentative : faire un remake de la chute de l'Empire romain – un film tradition, traduction, trahison – et tout y est les personnages, les noms des acteurs, des responsables, les événement
Quand le tournage avait commencé à Paris, dans les beaux quartiers avec des appartements haussmanniens où se nouaient, lors de dîners ou « parties fines », les intrigues, les coups fourrés, les chausse-trappes, les provocations, et jusqu’aux assassinats commandités à d’obscures officines de sac et de corde, Luc Besson avait senti qu’il tenait le fil et le film qui allait faire courir les foules, créer le « buzz », écraser le « show-bizz », et remporter sans doute des récompenses étincelantes à Cannes, Venise ou Berlin
dommage que ce projet ait fini (un ait fini dans le futur) aussi mal 

la mer
courants :
la beauté immense de la mer, comme des mots
L'écume est quelque chose de mousseux. Il y a une possibilité aérienne des phrases et de l'écume et du vent et du sel et du sens possible du monde qui se noue. Ici. Dans la phrase. Qui devient quelque chose de mousseux. Comme une vague. Comme une écume.
Le manque de la mer quand on la quitte – le désir le rêve de la mer que chacun porte, légèrement différent
et
au bord des vies :
un très beau poème rêverie à une au bord de la mer, au bord des vies
tu poursuis les spirales 

franchis d’invisibles
décors les bibliothèques 
aux portes de nacre 

te rappellent les vides 

légers dans lesquels dormaient 

tes rêves avant de naître

lierre
la compagnie du lierre
première des deux belles leçons de choses sur le thème du lierre, leçon de choses qui tourne à la rêverie pleine de charme autour de la plante, de sa vie, sa patience (euh j'en ai tué un, ou peut-être même deux), de lieux colonisés, embellis par elle
Il y a dans les communs du château de Leannagh Mansion en Écosse une remise dont le toit s'effondre : du lierre a fait souche à l'intérieur du bâtiment, sa racine atteint l'épaisseur d'une cuisse d'homme et fit éclater le mur ou cohabitent de petits rongeurs et des toiles d'araignée vaporeuses légèrement bleutées. Le bouquet sommital a l'ampleur d'un beau hêtre, et remue dans les bourrasques de vent qui l'inclinent légèrement vers l'est.
et
du lierre
sa description (fort belle), son histoire, son nom – de quoi l'aimer
Si l’époque est favorable voyez aussi et ses fleurs et ses baies, là encore il est probable que vous allez découvrir un microcosme nouveau. Cependant ne pensez pas observer ses fruits en fin d’été car notre liane a des pratiques antédiluviennes et se reproduit à contretemps de la plupart des autres plantes indigènes ; il semble que ce soit un héritage de l’âge tertiaire quand le climat était tout autre.

Un échange décidé tardivement, et qui a eu quelques ennuis

Loran Bart (un billet qui s'était perdu, et que Robert-Henri Duru a réussi à mettre en ligne lundi, en partie) http://le-pelleteur-de-nuages.vip-blog.com/vip/categories/79040.html

ce qui a survécu, un dessin et un poème

Selloù war an aod vras/ Regards sur l’océan
une lettre depuis l'estran, en forte poésie, le bord de mer avec ce qui est rejeté, ce qui est laissé, et l'eau
Au bout de la langue de terre
Sur les pierres rousses où rien ne pousse
Une flaque de mer
Dans une anfractuosité rocheuse
Au bout de la langue de terre
addition 
et mardi matin, Loran Bart a publié, chez lui http://noteseparses.wordpress.com/2012/10/09/4-bains-3-additions-paysageres-2-dessins-1-poeme-sellou-war-an-aod-vras-regards-sur-locean/ la totalité du billet avec ce que le blog de Robert-Henri Duru avait refusé, un autre dessin (les aime les croquis de Nathanaël/Loran) et surtout les additions qui encadraient le poème, deux avant, un en clôture, additions de notations vivement croquées, regroupées en bains : de foule au super U de Sarzeau, de vent à la pointe de Penvins (s'intercalait donc ensuite le bain d'histoire au château de Suscinio - oh là un souvenir qui m'est cher - qui était le poème) et bain de pieds sur la plage de Fogéo

Une route qui plonge dans le golfe + quelques cailloux sur le bitume abîmé + un panneau ATTENTION À LA MARÉE MONTANTE à l’écriture bleue + au-dessous un autre panneau PECHE INTERDITE + une touffe d’herbe sur le socle en béton de ces panneaux + un tas longiligne d’algues ramenées par la marée...
et
poème de louange
Belle tu contournes monts et bois par les vals,
Tandis qu’hier encor les sabots d’un cheval,
Emportaient quatre fils aux confins des Ardennes,
Frôlant les cheveux verts des Dames coralliennes.

en sortir..
la porte aux yeux verts
très joli texte – trouver le passage, noyer les stéréotypes, s'extirper, glisser, et oui se souvenir d'avoir finalement trouvé le chemin vers la sortie de l'enfance
Elle recule. Deux petits trous dans la porte, des yeux verts lui sourient. Elle sait maintenant que l’enfance ne durera pas. Qu’elle pourra en sortir quand elle le voudra. Elle a trouvé le passage. Elle sourit et repart en courant. Elle n’arrivera peut-être pas trop en retard
et
dans la chambre d'Estelle
une trop longue attente, une bulle, le désir de concret, ne plus se renfermer sur son souvenir, une résurrection forcée, des mots justes, économes, une réussite
Elle avait son destin en main. N’était plus dans l’attente. Elle regardait tout d’un œil nouveau. Ses tripes lui faisaient encore mal. Elle détestait la cause de ce mal. Mais il fallait bien l’extirper de son ancien corps avec toutes les scories qui pouvaient lui rappeler, avant… ce mirage
et, en bonus, une jolie présentation par Christine 

l'échange annoncé aux dernières minutes de jeudi
j'invoque les séances vagues
une poésie simple et souriante, un jeu discret avec les mots pour revendiquer la marche vague, quand gens pressés sont rentrés
ça me trouble voyez-vous, ça devient flou, alors jʼinvoque les séances vague promenade
vague qui la nuit troublent Paris avec qui je marche vaguement
et
le film
vous laisse plaisir de découvrir ce poème scénario sur un couple à Cherbourg, intérieur jour hôtel, extérieur nuit devant l'hôtel, ni extérieur ni intérieur néant et aporie
Je ne savais pas comment écrire ce film. Je ne voulais pas l'écrire -peut-être- du moins pas entièrement. L'écriture produit des ravages sur mes désirs
et plus loin
Je veux déterrer mes désirs morts. 

Exhumer.

Exposer par extraits mes désirs trépassés. 

Tellement de choses arrivent par accident, peut-être qu'accidentellement il renaîtra dans le néant d'un autre

dernier échange, que rituellement, je déclare le plus important, sur un thème moins évident qu'il le semble : nous avons décidé de donner la vision que nous avions (forcément en grande partie imaginaire) de l'autre
Christopher Selac, ci-dessous, voit une Brigetoun courageuse (et écrivain) que je ne connais pas – et parle avec justesse (sourire)
des clichés qui lui gomment les rides mais lui creusent les traits, transforment les orbites en cratères, accentuent la fatigue qui s’est gravée à même le corps décennie après décennie
et
perplexe et un peu intimidée, a tenté de tirer profit de tout ce que Christopher laissait deviner, et en vient à :
Elle se dit : l'est jeune, plus que moi – a fait, plus que moi – a l'oeil affûté, indulgent sans faiblesse – programme et plie les mots à son but, ou cache victorieusement sa bagarre, comme un bon artisan, si bon que créateur, et vit au pays de pierres claires et de pentes d'ardoises bleues – et je ne sais pas qui il est, juste ce qu'il donne, et c'est très bien ainsi.
Et puis :
l'échange sur la traversée de Paris, entre Olivier Hodasava et Benoît Vincent n'a malheureusement pas peu avoir lieu (j'espère que l'empêchement qui a provoqué ce forfait n'est pas trop grave), tout comme celui de François Bon et Arnaud Maïsetti qui n'avaient guère le temps pour cela... parties remises.
Quant aux deux vases manquants, je me suis lassée de guetter et japper vers 21 heures, envie de regarder un film, et ça a été une comédie américaine des temps anciens, j'ai regardé un peu avant minuit, je compléterai quant seront publiés.

11 commentaires:

Pierre R. Chantelois a dit…

Surprise. J'ai parcuru ce poème-scénario de Joseph Paris. Une forme originale et un texte intelligent. Je poursuis mes lectures. Encore une fois, une rétrospective brillante et éclairée.

JEA a dit…

reste à rassembler tous ces vendredis pour qu'ils restent pas sur une île déserte mais composent un bouquin...

brigitte celerier a dit…

le regroupement existe - c'est http://www.scoop.it/t/les-vases-communicants

Dominique Hasselmann a dit…

Encore un travail de... Romaine ! Bravo.

jeandler a dit…

Quelle journée ! Pas de loisir pour un peu de vague à l'âme. mais la porte ouverte sur le rêve. Quel succès que ces vases communicants ! Ils débordent§U
Une magnifique recension qu'il me faudra un bon moment (il va pleuvoir cet après-midi) pour en goûter toute la saveur. Merci, un grand merci. Il y en a pour tous.

brigitte celerier a dit…

je n'y suis pour rien

joye a dit…

Mondieu, quelle fortitude, brige !!

François Bonneau a dit…

Merci, beau boulot !

Anonyme a dit…

Merci comme à chaque fois pour ce parcours (vous y êtes quand même pour quelque chose : au moins dans votre manière de lire, ou encore dans votre esthétique des photos collés -moi j'aime) (mais vous dites crainte : non, aucune, justement aucune; la photo du garage est un petit coin de Montreuil, prise de l'ombre au soleil, n'indique rien d'autre que la vision de nature -il se trouve qu'elle est arrivée après ce repas avec Christophe Grossi : aucune peur sinon celle produite par les éditeurs eux-mêmes, qui craignent probablement de voir leurs marges réduites par des "nouveaux -entrants"... Le livre reste, l'électronique arrive, et les éditeurs semblent dire "que le meilleur gagne !" :c'est réfléchir avec des idées de vieillards (la concurrence) alors que le monde tourne autrement (la liberté et la solidarité)... En tout cas, très amicalement, on ne vous remerciera jamais assez.
PCH

brigitte celerier a dit…

et voilà que j'avais lu trop vite (un peu le problème) - j'avoue que j'étais un peu étonnée, vous attribuant à tort les craintes qui s'affichent en ce moment

danielle C. a dit…

Merci Brigitte, et je crois que vous y êtes pour quelque chose, oui.