vendredi, juin 14, 2013

Jeudi, lecture dans une cour à défaut d'un jardin et chants dans la nuit


M'en suis allée, yeux dans les arbres jeudi matin, retirer comme on me le demandait une nouvelle carte à ma banque et récupérer draps propres pour remplacer la paire que portais.

Suis revenue, nuque presque brûlée par la morsure chaude du soleil, yeux dans le bleu, sans la carte qui semble perdue (un peu ennuyée tout de même) ni les draps qui n'étaient pas prêts.

Et me suis installée, après le déjeuner, avec de petites stations dans l'antre pour rafraîchir mon crâne, dans la cour qui vit ses meilleurs moments, entre les deux pauvres toutes petites fleurs que veut bien me donner l'hortensia cet année, la petite rose du minuscule rosier que croyais mort, et les premières fleurs de l'olivier, avec un maître à penser, l'édition papier des conversations avec Keith Richards http://publiepapier.fr/contemporain-textes/article/bon-francois-conversations-avec, picorant des m'a dit de ce maître à penser tout de même assez différent de moi, au fil de ma lecture
Keith Richards disait aussi : «L'avenir est un leurre, nous nous y mêlerons silencieux aux morts que nous y savons déjà»

«Quel musicien n'aurait pas respect impératif de sa précision technique, me dit Keith Richards : applique-le aussi à ces phrases, que tu m'accordes.
Keith Richards me le répétait avec insistance : «L'art est celui du maçon, une brique, une autre brique – les vraies, pas de la banque»
«La folie, disait Keith Richards, n'est pas dans le désordre des paroles : elle est dans l'absence de parole – paroles, trou, couteau, mur»

«Au soir de ta vie, les musiques sont une seule, disait Keith Richards : alors joue-les comme tu les entends, au lointain»
Keith Richards disait souvent : «Où culmine la beauté de la terre, toi tu t'effaces – on porte chacun un grand canyon dans notre silence.»
Keith Richards disait parfois : «L'élan de la nuit, la vision, la course et l'odeur, tout en toi appelle l'animal – gare juste aux chasseurs.»

Keith Richards disait : «La conversation est inutile, elle est la brume qui t'empêche de voir le gouffre sous l'obscur, ou ta tombe.»
«Je voudrais finir par un truc sérieux, me dit Keith Richards, écoute : l'émerveillement, sur cette terre, est chose bien trop rare, voilà»
et, comme c'était pas fini
Keith Richards me disait souvent : «Une façon de perdre son corps serait simplement de se glisser dedans, lorsque la musique est forte» à tous les sens de forte
Que Keith Richards et François Bon, son porte-parole, me pardonnent ce pillage... me méfie de la qualité de mes mots (le flop du billet précédent)

Et puis m'en suis allée, dans le jour encore vif, un peu après huit heures du soir, vers l'opéra pour l'Odyssée des solistes du Cnipal (Centre National d'Artistes Lyriques)
jeunes et déjà expérimentés (mais qui souvent ont tendance à chanter tout avec telle force que les forte ne peuvent plus être que des cris parfois vrillants), dans un joli programme.
Un beau mélange d'origines et de nationalités, deux bonnes basses, un ténor claironnant et un bon et souple ténor au physique ingrat, deux barytons (dont un fort bon, au physique non moins ingrat même si sympathique), deux mezzos et cinq soprani
Une pérégrination en Méditerranée, au trajet un rien désordonné, comme il sied à une Odyssée, avec l'ouverture, un septuor et un air de Cosi Fan Tutte – un air et un duo d'Il turco in Italia pour l'Italie... un quintet de la Flûte enchantée pour l'Egypte... un air de l'Enlèvement au sérail pour la Turquie et un duo (Don José, Micaëla) et un quintet de Carmen pour l'Espagne bien entendu.
Ai un peu hésité à partir, aimais bien le programme, trouvais des qualités et des insuffisances aux interprétations... suis restée
et en début de deuxième partie l'ensemble final de l'Acte I de l'Italienne à Alger et le duo entre Isabella (Juliette De Banes Gardonne, qui a non seulement une jolie voix mais de l'esprit – fort mal habillée par contre) et Taddeo (Ivan Thirion) ainsi que l'air de ce dernier m'ont réconciliée avec la soirée
Il y a eu ensuite un air de Mireille (belle voix, mais chanté trop invariablement fort, d'où cri sans modulation) et, quasiment impossible à manquer, mais interprété avec bonne humeur, entrain et un soupçon de mise en place un ensemble tiré de la Belle Hélène.

Retour dans fier petit vent... pas totalement déçue, pas vraiment ravie.

8 commentaires:

brigitte celerier a dit…

non seulement sais pas écrire, mais suis maladroite

supprimé un gentil commentaire de Dominique Hasselmann

"
Le bleu a définitivement, semble-t-il, été mis en scène."

louise blau a dit…

et ces captations de lumière sur la pierre et les végétaux (très beaux platanes). Voyage à Avignon, comme si on y était.

jeandler a dit…

La cour se peuple et tente une floraison. Jusqu'au soir...revenant de l'Opéra en méditant, le vent poussant à réflexions.

fbon a dit…

merci de lecture si attentive – peut-être qu'avec le seigneur Keef vous êtes plus proches qu'imaginé ?!

amitié

f

brigitte celerier a dit…

deux différences (plus celle du sexe ou genre) il est musicien et plus courageux que moi

arlettart a dit…

Ta cour est un merveilleux jardin d'échos de bien jolis mots à déguster sous les ombrages

Pierre R. Chantelois a dit…

Intéressant questionnement philosophique de Keith Richards. Je ne connaissais pas cet aspect de ce musicien. Une belle découverte. Et l'Opéra. Soupir.

joye a dit…

pas totalement déçue, pas vraiment ravie

Belle formulation,je retiens.