mardi, juillet 16, 2013

Festival – jour 10 – belle forte chaleur, jardins, petites paniques, sourires


Charger sac de draps et trois robes, partir dans air tiède, aimable, en lassitude douce, juste ce qu'il faut pour que ce soit un plaisir de la bousculer un peu.

Un Avignon de touristes, de passants, de quelques premiers errants en quête de off, un Avignon nettement plus débordant de peuple que la première semaine et dans le paseo un peu brutal de la rue Saint Agricol un pianiste impassible (musique romantique que je n'ai pas reconnue)

et un habitué que j'aime bien avec son acceptation-jeu du folklore tel que le veulent les éventuels acheteurs

la caresse de l'ombre, le sourire de la lumière sur les façades

des tracteurs en tee-shirts assortis et banderoles, quelques costumés, un patron et sa troupe (un peu désagréable, jusqu'à ce que je les entende : air d'opéra et donc chef de choeur), des marionnettes plus travaillées que le jeu un peu sommaire de leur jeunes manipulateurs

et m'accueillant, tombée devant ma porte, une affiche pour un spectacle que voulais aller voir dans l'après-midi (mais réservation impossible : complet)

ai rangé draps ramenés, pendu pantalon, suis repartie vers le jardin de Mons pour une des dernière lectures d'auteurs africains programmés par RFI (France Culture prendra le relais dans quelques jours à Calvet mais ne pourrais sans doute en profiter que fort peu)

rencontré brièvement une blogueuse avignonnaise, ai trouvé pour une fois une chaise à l'ombre

C'était façons d'aimer d'Aristide Tarnagada (Ouagadougou) interprété de belle façon (admiration - elle avait pris connaissance du texte dimanche dans l'après-midi pour remplacer impromptu l'actrice prévue rappelée à Paris) par Anne-Lise Heimburger
Le monologue puissant d'une femme mise au banc d'accusation pour un crime. De son flot de paroles (qui s'échappe dans des rêves d'ailleurs poétiques, dans un récit, comme pour elle, de son passé, pour revenir au juge en interpellations sur un ton de dénis, de défit - je parlerai mais je ne dirai pas la vérité parce que je ne sais pas ce que c'est - et la construction est fortement rythmée) surgissent des souvenirs

des brides de dialogues - surtout entre les parents, et l'actrice rend vivantes comme des morceaux de vérité, même si c'est celle de la fille, cette violence, et peu à peu la déclaration un peu rétive d'amour que la mère adresse au père antagoniste, dans la façon d'assumer d'avoir une fille gauchère – puisque une fille gauchère est comme un nègre (pillage subi, sentiment d'infériorité), un paria, et aussi un révolté .
Et il y a l'homme choisi malgré la mère, parce qu'il lui a dit je t'aime, l'acceptation d'être la quatrième femme, la peine furieuse quand il annonce son départ – son retour avec une femme blanche au bout de cinq ans - accepter de passer pour une cousine et de servir jusqu'au moment où...
Une violence qui s'exprime par la poésie plus que par des vociférations, un flot fermement et discrètement construit, des let-motifs...


J'entendais mal ce que disais l'auteur à la fin de la lecture, et je pensais : cuisine, me suis échappée 

à l'heure des gens attablés et des acteurs tendant leurs tracs en évitant de se sentir humiliés..

découverte d'un paquet-attention venu de Grignan, échange téléphonique, en épluchant et détaillant courgettes et tomates, avec ma soeur en récapitulant rapidement nos festivals (surtout le sien, où elle joue un rôle actif, très)
piqué du nez sur mon assiette, longue sieste, dont je suis sortie avec l'idée baroque de repasser trois robes alors que la chaleur arrivait à s'infiltrer un peu dans l'antre, ce qui n'était pas l'idée la plus brillante pour sortir dans le fort reste de chaleur des cinq heures pesant sur la ville 

La violence du soleil dans les rues que suivais

une petite angoisse interne en abordant la rue Louis Pasteur, conjurée en alternant brumisations et arrêts photos


arrivée à l'ancienne Faculté des Sciences, une fausse entrée dans la fraîcheur du jardin non ouvert au public

et un peu plus loin l'entrée principale, l'achat d'une bouteille d'eau (mais si fatiguée que c'est ma robe qui a bu), un vieil homme ironique pour fouetter mon humeur, la fraîcheur de l'attente,

de la pataugeoire, du coin où des étudiants faisaient une démonstration du robot dessinateur qu'ils mettent au point...

et l'arrivée tonitruante des jeunes, beaux, déchaînés jeunes acteurs d'une troupe formée par les élèves de la scuola di teatro Paolo Grassi di Milano et de l'Accademia d'arte drammatica Nino Peppe di Udine

un spectacle un peu foutraque, une suite de contes ironiques où ils mêlent le français et le dialecte des Pouilles pour le premier, le toscan pour le second... et puis une belle et très brune sarde qui, elle, a joué son histoire de Vierge révoltée au pied de la croix, en sarde, beau mais souvent totalement incompréhensible, y compris, sans doute pour les italiens (un chant à un moment où ma naissance corse s'est remuée en moi), une rieuse en français.... le soleil avait tourné et j'étais aussi écrasée qu'eux, j'admirais leur tonus mais... hum, je me sentais un peu au bord d'un trou, et comme je voulais aller à Calvet me suis glissée discrètement au bas puis derrière les gradins au 3/4 je pense du spectacle.

Retour un peu tendu en longeant des théâtres hautement provisoires

le noble tunnel en partie moribond de la rue du roi René

éviter les passages trop fouleux, propulser ma lassitude entre des lassitudes

arriver à Calvet pour la fin d'une émission avec DeLaVallet Bidiefono, Philippe Dorin...
vu avec étonnement tout le monde se lever à la fin, avant la lecture d'Introspection de Peter Handke – et Daniel Labedan est venu m'expliquer qu'il fallait se munir d'un casque stéréo...
L'ai suivi, ai désespéré au coeur des corps et mains tendus, ai renoncé, suis retournée m'asseoir et Daniel gentiment s'est chargé de m'équiper.

L'émission était produite par Alexandre Plank, dans un souci de recherche radiophonique, de mélange de musique, de voix (deux anonymes, Sophie Sernin et surtout André Wilms qui fait de sa voix un prodigieux instrument de musique), et sons, en direct et préparés.
Un texte poésie, fragments avançant, c'était beau, réussi, mais au bout d'un moment la stéréo directement sentie m'a donné léger vertige, ai voulu tenter l'écoute en direct (et j'avoue, navrée pour le travail, que j'aimais ça) mais j'ai vu arriver presque immédiatement une jeune femme que l'on envoyait m'expliquer le fonctionnement du casque – ai expliqué que c'était un essai provisoire d'oreilles nues et vite remis l'outil sur mes oreilles, geste salué par un regard rassuré du réalisateur.

Savouré la petite ironie qui voulait qu'à ce moment le texte parle d'un refus des règles... et puis comme je croyais que c'était retransmis en direct me suis évadée... pour découvrir qu'il n'en était rien... , mais j'étais à ma limite.
Aujourd'hui marché, théâtre des halles si je peux et nuit dans la cour du Lycée Saint Joseph.

8 commentaires:

Dominique Hasselmann a dit…

Avec ou sans casque, belle énergie indomptable lorsque vous parcourez l'offre du festival...

arlettart a dit…

La gène pour certains d'avoir à se"vendre"mais au bout de quelques jours , l'ambiance efface tout
Ah!! les casques et leurs maléfices qui accentuent la chaleur

Pierre R Chantelois a dit…

Cherche brumisation pour cause de canicule et retrouve ici fraîcheur et humour. Le bel été.

│ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ AVIGNON │ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ a dit…

Le tunnel de la rue du Roi-René...
Je ne l'ai jamais vu aussi lumineux !
:D)

brigitte celerier a dit…

aveu j'ai triché, il était noir (d'où tunnel) ai mis un tout petit peu de lumière et puis j'ai pensé zut pour le réel et j'ai forcé un peu plus, parce que le trouvais beau ainsi

brigitte celerier a dit…

Pierre l'humour était nécessaire parce que promenais une gueule si lasse que j'ai eu propositions d'assistance, ce qui me fouettait

brigitte celerier a dit…

bon, là marché, et je crois rien sauf ménage repassage sieste avant cette nuit (première d'un truc qui me tente) plein de regrets hier - une leçon de Régy mais trop loin trop tôt, un débat culturo-politique avec Ddi Hubermann mais dito, la carte blanche aux pénitents blancs mais pas de place - et puis envie de jardins

Anne-Charlotte Chéron a dit…

Un peu fatiguée, J'ai lu au lieu de "à l'heure des gens attablés et des acteurs tendant leurs tracs en évitant de se sentir humiliés" > à l'heure des gens attablés et des acteurs tentant le trac en évitant de se sentir humiliés..
.... qui marche aussi ! ;-)