mercredi, juillet 17, 2013

Le onzième jour du festival, victuailles, belle sieste, orgue baroque, électronique, accordéon, et Rausch dans la nuit



Cueillir dévotieusement les roses mourantes, et leur donner le repos du sac poubelle. Penser, rituellement, aux anniversaires autrefois fêtés en commun de mon père et de moi. Me souvenir de son visage merveilleusement reposé pour mes adieux au petit matin dans la chambre où il nous avait quittés. Douceur.

Et comme la chair nécessite nourriture (ne comprends pas comment suis si fatiguée alors que je ne maigris pas, ou si peu...) prendre couffin, un petit sac et ce que pouvais de présence d'esprit et m'en aller dans le soleil qui commençait à rutiler sur les trottoirs

dans l'abandon las de la ville qui prenait allure monumentale.




Plus de touristes s’ébahissant (et savourant olives que des jeunes filles leur offraient, puisque rien n’empêchait qu'ils en achètent un petit cornet)


devant la beauté, ben tiens, de nos produits locaux.... que d'acheteurs -beaucoup d'avignonnais sont partis en vacance -, vendeurs plongés en telles conversations qu'il m'a fallu chez le poissonnier lancer virtuellement des fusées avant qu'ils s'intéressent à moi.


Retour sur l'éblouissement accru des dalles, mais sans glisser à la surface


lourdement tirée vers elles par le poids de ma charge (devrais y réfléchir devant les étals)

avec des arrêts pour soulager et remonter mes bras en photographiant ce que pouvais.
Déjeuner plaisir, un peu du soleil contre le mur, une très délicieuse sieste, l'idée de repassage dûment effacée. Préparer vite ces lignes, écouter l'histoire des baleines qui me venait de France Culture, penser aux conférences passionnantes (lundi Régy et Didi-Huberman entre autres), aux rencontres avec metteurs en scène, à tous les spectacles que je néglige en mauvaise festivalière papillon, allonger les jambes, laisser oisifs mes muscles et mon esprit dans la tiédeur de l'antre.

 Et puis abandonner les cœlacanthes pour partir un peu après 17 heures dans le reste de touffeur de la ville (suis extrêmement vexée de constater que moi qui était fière de crapahuter dans les rues désertes au mitan de la chaleur, ne la supporte plus, contrairement à bon nombre de mes solides contemporains)

bon les jeunes gardiens de barrière ne semblent pas l'aimer tant que ça, ou ont un sens pratique développé

suis donc partie vers Saint Martial, le temple, pour un concert 

alternant la musique d'orgue baroque choisie et interprétée par Luc Antonini (et la verdeur insolite de certaines voix de cet instrument, trompettantes, un peu acides, fraîches)
avec A Fancy de William Bird, deux airs de John Stanley

et puis, par l'accordéon de Pascal Contet et une bande son, something out of Apocalypse composé pour lui par Pierre Jodlowsky
à partir d'un disque vinyle (de la bande son d'Apocalypse Now), abîmé, scratches permanents recouvrant presque les voix de Williard ou du Colonel Kurtz...
.. L'impression d'un mouvement de l'esprit à la fois incontrôlable et terriblement efficace... le son insupportable de la voix enregistrée de Kurtz au début du film... une vraie leçon de la guerre et de l'absurde.. la puissance émotionnelle... la jungle et le fleuve... l'homme en perdition
y joindre l'accordéon (qui domine et retravaille ainsi le son) vu comme usé par son passé iconique (l'image de l'accordéon et du français à baguette de pain dans les films étrangers)
Cette oeuvre avance donc à la fois autour d'un état nostalgique... en même temps qu'une énergie étrange, assez incontrôlable qui avance sans trop de liens au travers d'un espace onirique....
Brigetoun freinant par une attention extrême un emportement ravi.

De nouveau l'orgue avec la Bergamasca des Fiori Musicali de Frescobaldi et le charme presque pastoral de deux sonatas de Domenico Scarlatti
Retour à Pascal Contet, à l'accordéon et l'électronique avec Plein jeu de Philippe Hurel, tout aussi beau mais plus «carré» que something... de Jodlowsky, organisé en deux grandes parties, elles-mêmes structurées en plusieurs variations entre lesquelles sont incrustées des parenthèses, interstices pendant lesquelles la musique devient plus violente... libération de la tension sonore accumulée... orgasme sonore, entre plaisir et douleur. Répétitions obsessionnelles des matériaux sonores qui finissent pas s'unir.


Parce que le banc était dur, parce que l'heure avançait et que voulais avoir une mini pause avant de me préparer à repartir, j'ai écouté la fantaisie de Buxtehude qui suivait et me suis éclipsée grossièrement avant les improvisations d'Antonioni

La recherche d'un bureau de tabac qui vende mes cigarillos préférés m'a fourvoyée dans ce que j'aime le moins du festival (m'agace, snobisme) la rue de la République, la petite foule débonnaire mais un tantinet brusque, quelques acrobates ou musiciens 

et des princesses pour faire rêver les petites filles (qualité des spectacles non assurée)

la douceur frisante sur la maison au coin de ma rue

et le constat que RFI traite bien ses envoyés (matériel rembarqué, la série d'émission s'achève, devant l'hôtel qui me fait face, qui est un très charmant cinq étoiles)


nouveau départ avant dix heures dans le calme de Joseph Vernet, le franchissement du bouchon des non-spectacles qui semblent avoir un étonnant succès, la rue des Lices


plaisir de voir une petite affluence devant la Chapelle du Verbe incarné qui offre des spectacles sympathiques, et attente longuette avant de pénétrer dans le dédale des couloirs


Un homme en scène explique la façon dont il veut écrire... il s’agit en effet d’un dialogue entre moi-même et les spectateurs: au début dit Richter.
Rausch signifie dans le spectacle tout aussi bien « ivresse », boursière et amoureuse, que « bruissement », « élan dionysiaque » ou « enchaînement fou », il fixe néanmoins un cap aux sept danseurs et cinq acteurs qui composent la troupe internationale de Rausch : quitter le domaine de la rationalité, colonisée par l'idéologie néolibérale et les intérêts financiers, et livrer bataille pour retrouver espoir.
Il est question de libéralisme (avec, un peu fatal quand on veut condenser, quelques incongruités comme associer capitalisme et libéralisme au catholicisme ce qui me semble un tantinet réduit) mais aussi de l'isolement, du besoin de réseau, de Facebook
J’écris différents types de textes. D’un côté, il y a ces cascades de textes, des monologues en fait, dont la syntaxe est très complexe et qui sont très difficiles à jouer. Le comédien le performe presque comme un solo de danse qui peut être accompagné par de la musique. Il y a aussi des écrits très courts dans lesquels j’essaie de laisser de l’espace à la danse, et enfin, d’autres textes qui se transforment finalement en mouvements. À titre d’exemple, pour ce projet, j’avais beaucoup écrit sur les réseaux. Au tout début du spectacle, on voit bien comment les corps se structurent en réseaux, s’assemblent puis se séparent… Seulement, le texte que j’avais écrit pour cette scène n’a finalement pas été conservé. Il n’y a donc aucune parole et cela fonctionne.

Il y a de la danse genre hip-hop avec de brusques pauses de sidération comme quand on joue à Jaques-a-dit
Il y a une danse coulée, souple, quand, après un horrible conseiller conjugal, comme après les solitudes malheureuses parce que c'est bon de prendre du temps pour soi, après l'attente des SMS toujours frustrants, après ce qui ressemble aux mouvements des indignés, après la tentation, non suivie d'effet, de remettre tout à plat (té les jeunes il y a l'an 2001) ils en viennent à la simplicité des rapports, au bonheur des choses simples...
Ceci est tracé à grands traits rapides.

Ai été en sympathie d'instinct avec le spectacle, avec le texte même quand il me semble un peu sommaire (nous le sommes tous), avec la beauté et le talents des acteurs et danseurs (difficiles à séparer) – n'ai pas été totalement emballée, mais peut-être en bonne partie parce que j'avais absurdement sommeil...
Applaudissements insistants, sans clameur

et retour dans la ville qui se préparait à dormir.

8 commentaires:

Pierre R. Chantelois a dit…

Du « Gothique flamboyant » aux rythmes urbains trépidants, voilà un autre jour marqué par l'originalité. Je souhaite que vous avez trouvé rapidement votre buraliste à travers cette foule dense.

Dominique Hasselmann a dit…

Pas un jour sans... Quelle constance !

arlettart a dit…

Tu joues aux ombres chinoises sur les pavés glissants ... et ce drapé rouge du plus curieux effet
Musique belle
mais comprends soirée ensommeillée de textes à réentendre

Fidèle lectrice a dit…

Oui, plus la peine d'aller au festival, grâce à vous...C'est comme si on y était!

brigitte celerier a dit…

en manquez au moins les 9/10° alors

│ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ AVIGNON │ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ a dit…

Qu'est-ce que c'est bien les brumisateurs !

Gérard Méry a dit…

Même au Festival tu n'oublies pas les façades et les étals de poissons

mémoire du silence a dit…

Toujours vous lire
vous suivre est un plaisir.