jeudi, juillet 18, 2013

Festival – jour 12 – Niangouna à Calvet – un demi très bon Germinal – pluie – cour d'honneur dans la cour


saluer les quelques olives qui croient encore qu'elles auront vie complète, repasser un peu avant que la chaleur monte, vêtements pour le jour, les pendre, en sortir autres parce que l'humeur le veut...



partir à travers terrasses préparées pour le déjeuner,


dans la lumière de la rue Joseph Vernet

vers la cour de Calvet


pour la première des lectures à 11 heures 30 programmées sous le titre de «Voix d'Afrique» par France Culture.

un rêve d'au delà un inédit de (et lu par) Dieudonné Niangouna
texte prodigieux (vraiment, ou l'ai senti ainsi) que j'ai écouté et dont je ne saurai parler, alors vous conseille de guetter dans la grille d'été de France Culture quand sera programmée (comme prévu) cette série de lecture, et vous le montre, ce qui ne vous dira rien

La voix est parfois un peu assourdie (par les aigus des voix africaines qui ne s'y trouvent pas ?) - débit, pulsion qui est celle du texte, qui en rendent les noeuds, le rythme
On aurait dû mourir tous à la fois...
et la peur de la mort a pris tout son sens parce qu'on a compris qu'on ne mourrait pas tous à la fois...
l'histoire que je vais vous raconter mes enfants n'est pas l'histoire racontée, mais celle que nous sommes en train de vivre...

mais j'ai abandonné, parce qu'il est vain d'espérer noter les envolées de cette langue qui se précipite, classique et populaire, qui charrie une colère véhémente retravaillée par la poésie, une maîtrise, une ironie.

Il y avait une histoire de démon... et puis il s'est arrêté, est retourné vers l'horrible cahute de France Culture et ses fausses tuiles, que seul l'intérêt de ce qui est diffusé rend tolérable. Il était midi, j'ai trouvé que c'était bref mais dense et puis au moment de traverser le vestibule entre les deux cours ai entendu la voix revenue..

revenu avec un oiseau dans la géhenne, avec nous venus du ciel avec nos sacoches de chair, avec la haine envoyée à la gueule des biens-pensants, avec une cruauté  imaginaire, des sévices soigneusement décrits..

Il parle de son écriture, du rôle qui lui est imposé, d'homme noir, de colère.. mais lui là dedans ? (bon c'est beaucoup mieux que ça)
Je parle.... J'ai peur du silence.. parce que dans le silence c'est l'intérieur, et qu'à l'intérieur je suis fragile (paraphrasé maladroitement) etc..

regagner l'antre, en slalomant entre les passants – cuisine, trois quart d'heures de sieste, vaquer un peu, 

partir sourire accroché et petite angoisse, crâne lourd, joues brûlantes, crainte de la climatisation de Benoît XII

le calme revenant peu à peu, marche tranquille et brumisation

longeant les murs, l'ombre, heurtant les affiches

avec une envie de m'installer un moment à côté de cet homme, de la gentillesse de son sourire, du charme des mélodies renaissance

faire un détour pour aborder la rue des teinturiers et sa petite foule



maîtriser l'attente, le premier contact avec la climatisation, s'installer en haut au milieu d'un groupe de gens de théâtre (directeur d'un,je ne sais de quelle ville, enfin des gens que l'on devrait connaître) – échanges détendus et intelligents ou légers – gentillesse peut-être un peu trop nette pour la petite vieille (juste le petit soupçon de très légère condescendance nécessaire pour me doper)
et puis quand la salle a été enfin pleine, Germinal d'Antoine Defoort et Halaury Goerger, interprété par eux et Arnaud Boulogne et Ondine Cloez – un spectacle «épatant»

une photo prise sur le site comme cette partie de la présentation du spectacle
Peut-on classer toutes choses en deux catégories : celles qui font pocpoc et celles qui ne font pas pocpoc ? Difficile de répondre sans essayer. Les protagonistes de Germinal fabriquent un monde à partir du néant – ici, un plateau de théâtre nu – et se heurtent à des problèmes aussi absurdes que fondamentaux, provoquant rire et étonnement. Eux-mêmes ne sont pas vraiment des humains, ni même des comédiens, avant d'avoir découvert la pensée, le moyen de la communiquer et de pouvoir ainsi former une communauté. Une micro-population dont les membres tâtonnent et se cognent, trouvent et fanfaronnent, se défient parfois, mais construisent ensemble, immanquablement.
Et les rires fusent d'autant plus qu'ils expriment (par écrit au début puisqu'ils découvrent que ce qu'ils pensent s'affichent sur des panneaux... le son et les mots viendront ensuite) leur étonnement, leur découverte, dans une langue d'une belle intellectualité, dans une langue de salle des professeurs (j'imagine) ou de galeriste, ou de centre culturel.
Seulement là, fureur, parce que peu à peu se réveillait, réprimé résolument, mon vieux petit problème (que l'on ne saurait dire) que je refoulais sous mon rire sincère mais au bout d'une heure à peu près j'ai dû abandonner...

pour que cela se calme dès les premiers pas hors du théâtre – furieuse étais, mais le plaisir de ce que j'avais vu primait.

Moi, d'autres, la rue des teinturiers presque entière (j'exagère un peu) regardions avec inquiétude le ciel

qui a crevé en pluie d'orage quand suis arrivée place Pie.

Pluie molle d'ailleurs dont les gens se protégeaient, qui mouillait à peine les passants, Brigetoun, ne calmait pas la chaudière de mon crâne.

Remettre carcasse à peu près d'aplomb, regarder ciel, partir pour la cour d'honneur voir la cour d'honneur de Jérôme Bel depuis ma très mauvaise place (tant pis) tout en haut.... prendre parapluie parce qu'une petite ondée marque mon départ

grimper sur le côté du palais pour les entrées des deuxième catégorie

et sermonner carcasse en admirant la beauté du ciel et des masses sombres qui se déchiraient

grimper, être impressionnée à la vue de cette dégringolade vers le plateau (n'étais jamais montée aussi haut), voir se garnir les gradins, blaguer un peu avec mes voisins
et regarder

Jérôme Bel voulait faire depuis longtemps un spectacle sur la mémoire d'un théâtre, sur la mémoire des spectacles qui y auraient été présentés. On sait que des spectacles, de la représentation spectaculaire proprement dite, il ne reste rien, sinon dans la mémoire des spectateurs qui ont assisté aux représentations. Car c'est justement la nature même du spectacle vivant que de mourir, de disparaître. Ce qui fait à la fois sa grandeur et sa faiblesse. C'est en pensant à la Cour d'honneur du Palais des papes, sans doute l'un des lieux les plus symboliques du théâtre en France, qu'il imagina une solution : un spectacle mettant en scène des spectateurs qui racontent eux-mêmes leurs souvenirs de ce lieu et des spectacles qu'ils y ont vus. Les spectateurs invités à participer à ce projet sont des amateurs de théâtre, ou pas. Ils ont entre onze et soixante-dix ans ; ils sont étudiant, professeur, graphiste ou infirmière ; ils habitent à Vichy, Avignon, Paris ou Clermont-Ferrand
De là où nous étions les acteurs (ou spectateurs-acteurs) étaient de petites silhouettes écrasées de toute notre hauteur, cloués presque contre le mur.

(photo du site du festival)
L'idée était séduisante, les spectateurs ont préparé leur texte (avec soin et lyrisme pour un professeur en retraite, qui fait assez merveilleusement passer son amour du théâtre à travers un texte très travaillé, peut-être un peu trop mais d'autant plus sympathique – avec soin et timidité pour un passionné de théâtre qui, plutôt que de prendre la parole en détail, trop de souvenirs, a établi un texte d'une dizaine de pages disponible pour qui le voulait et que j'ai bien entendu pris) ils sont tous, ou presque attachants.
Pour ponctuer ces petits monologues, certains des spectacles sont évoqués – l'homme qui grimpait le long de la façade dans Inferno de Castellucci réédite cet exploit (étant située plus haut j'avais juste un peu moins peur pour lui), Isabelle Huppert qui est en Australie a enregistré une scène de Médée, Agnès Sourdillon joue, le professeur lui donnant la réplique, une scène de l'Ecole des Femmes, une petite fille se souvient d'enfant de Charmatz qui avait fait un petit scandale, des enfants étant manipulés comme des objets, avec jubilation, reprend la course des enfants révoltés derrière les parents, se souvient du traitement qu'ils leur infligent etc...
Un drôle d'objet, qui s'effiloche deux ou trois fois, qui sait pourtant nous retenir, nous faire rire souvent (peu de départs), qui est agréable, joue de notre connivence, que j'oublierai sans doute assez vite.....

et une belle idée. J'aime ces mots de Jérôme Bel
J’ai cette théorie que le spectateur est un paramètre nécessaire à la représentation théâtrale. La représentation spectaculaire ne peut avoir lieu que si les trois fonctions suivantes sont activées: l’auteur, l’interprète et… le spectateur. Il faut savoir que, même si je suis identifié comme chorégraphe, la danse n’est pour moi qu’un moyen, certainement pas un but. Je veux dire que ce qui m’intéresse plus particulièrement, c’est le dispositif théâtral lui-même, que je définis ainsi: des personnes assises dans le noir qui regardent d’autres personnes agissant dans la lumière. Ce dispositif du théâtre occidental, qui a subi de nombreuses modifications depuis le théâtre grec jusqu’à celui que nous connaissons aujourd’hui, est une de mes obsessions. J’essaie de comprendre comment à travers ce dispositif fonctionne la représentation spectaculaire.

7 commentaires:

Pierre R Chantelois a dit…

Je n'ai jamais visité si bellement une ville comme vous le proposez. Je crois avoir une idée de tous les beaux recoins d'Avignon. Et quel hommage vous avez rendu à l'Africain Dieudonné Niangouna.

Lucien Suel a dit…

Très heureux (grâce à vous) d'apprendre la présence à Avignon d'Halory Georger et d'Antoine Defoort, des amis lillois.

brigitte celerier a dit…

suis si furieuse de ma carcasse qui m'a chassée - et n'ose re-tenter
en plus j'espère bien que ce sera toujours plein - leur ai fait publicité insistante dans la nuit près de tous ceux qui voulaient m'écouter
ai beaucoup beaucoup aimé le un peu plus de demi spectacle qu'ai vu

Dominique Hasselmann a dit…

"Le spectateur est un paramètre nécessaire à la représentation théâtrale" : vous en faites la démonstration quotidienne !

JEA a dit…

ce n'est plus un billet quotidien mais... un album
moins la carcasse semble coopérer spontanément, plus vous la dépassez...

arlettart a dit…

Vertige du haut des gradins , encore
une journée bien remplie Quant à FC il faut espérer une programmation plus rapide !!
On reparlait hier soir des "Papesses" comme d'une nouveauté
Tout est relatif ( il est vrai que cela dure jusqu'en Novembre

brigitte celerier a dit…

et que pour rendre compte de tous les festivals, expositions etc... en France en ce moment...