mercredi, juillet 24, 2013

Festival – jour 18 – lecture Calvet Wilfried N'Sondé – renoncer à et évoquer Wagon libre


Presque réveillée et fraîche, heureuse d'un coup de téléphone, navrée d'une nouvelle, m'en suis allée, tout près, tout près, dans la gloire écrasante de la lumière, par rues qui se vident légèrement, pour de petites courses de première nécessité rue Saint Agricol
Rentrer, ranger, repartir,

avec un regard amoureux pour une afffiche (ne sais ce que vaut le spectacle)

dernier passage, je pense, à Calvet, 

où les places sont un peu plus facile à trouver, écouter la présentation du projet Voix d'Afrique de Gabrielle Von Brochowski – noté que le fond des choses de Léonora Miano que j'avais manqué et dont on parlait l'autre jour à la Chapelle du Verbe Incarné sera diffusé le 30 juillet à 20 heures (diffusion Coma bleu le 29, de la lecture du jour le 31 et des deux derniers textes les 1 et 2 août à la même heure)
Cigales bruissent, crissent, régulières, avec juste de petites distorsion de leur rythme et la chaleur s'installe sur ma nuque (deux déplacements pour suivre l'ombre)

Silence, une voix, je me demande si nous ne sommes pas là pour écouter une émission pré-enregistrée, et puis Criss Niangouna arrive, à pas lents et souples, depuis le fond, en disant les premiers mots du monologue qu'avec son frère Dieudonné, ils ont tiré du livre de Wilfried N'Sondé – le coeur des enfants léopards (édité par Actes Sud)

présentation sur le petit programme :
Un jeune homme a perdu son premier amour. Mireille vient de le quitter, de brise le lien ultime de l'enfance. Perdu, il sombre dans l'alcool et, das un état second, commet l'irréparable. Du fond d'une cellule où il est en garde à vue, sa mémoire s'enroule et se déroule, comme un chant intérieur. Et c'est la voix des ancêtres qui résonne soudain,... celle qui réinvente l'Afrique sublimée – mensonge des exilés -, celle qui croit encore à la conscience du peuple noir. Mais cette Afrique magnifiée n'existe pas pour ce jeune homme.
Monologue donc, ce que j'entends, voix qui s'adresse directement, presque familièrement au policier ou à la policière.. comme pour les attirer sur son niveau.

Superpositions de voix, très brièvement, deux ou trois fois, pour le discours intérieur.
Brasse trop pour qu'il y ait place ici (ai acheté le livre qui contient, semble-t-il, encore beaucoup plus et introduit la distance de la troisième personne)
Reviennent des invocations lyriques à Mireille. Revient surtout cette injonction qui leur est faite, à lui et ses amis, d'avoir souvenir de leurs «origines» qui sont celles de leurs grands parents
à la troisième parole du livre :
À l'école, il était joyeux, les questions d'alors il ne les comprenait pas du tout, elles le croisaient un instant, puis repartaient sans lui, la maîtresse se fâchait, étonné, il pinçait légèrement les lèvres puis attendait patiemment la prochaine... elles ont fini par se glisser quelque part à l'intérieur de sa peau pour aller se nicher en plein milieu de lui, elles sont entrées pour s'installer et tout court-circuiter ! Tu viens d'où ? Tu connais ta culture ? Qu'est-ce que tu fais dans la vie ? T'as de l'argent ?..

Mais le livre est trop long pour une lecture (131 pages) et la forme adoptée par l'adaptation des frères Niangouna, portée par Criss, retient la force de l'histoire et nous emporte à sa suite.
Il s'interrompt comme découragé... vient vers la sortie (à côté de mon fauteuil) et retourne, après une longue pause pendant laquelle certains se levaient, vers l'estrade, marque un temps, reprend le fil, introduisant les faits, ce qu'est Mireille, le mari etc...

Il m'a en tout cas donné une irrésistible envie d'ajouter le livre à la pile assez impressionnante dans laquelle j'ai trop tendance, ces jours-ci, à grappiller sans plongée profonde.
Retour sur jambes un peu molles après ce soupçon de semblant d'action... je suis vexée de savoir de plus en plus mes limites grandes... en rester à ce qui était prévu, en espérant en être capable (surtout le dernier jour où j'ai trois rendez-vous avec des spectacles qui me tentent hautement)
déjeuner, sieste, un peu de ménage, préparer ces mots qui précèdent.. se rafraîchir, se changer, repartir

vers le gymnase du Lycée Mistral, et un spectacle, Wagons libres, de Sandra Iché, qui m'intriguait, dont je ne voyais pas ce que ce projet assez passionnant pouvait donner sur scène -
En 2000 Sandra Iché, alors étudiante.... rédige une histoire de ce journal (L'Orient-Express, magazine francophone beyrouthin des années 1990), fondé et dirigé par le journaliste Samir Kassir. Cinq années plus tard, l'intellectuel militant meurt dans un attentat à la voiture piégée. Émue à titre personnel, troublée par le contexte politique dans lequel cet assassinat est survenu, Sandra Iché formule le souhait de réinterroger les trajectoires politiques d'un homme, d'une ancienne équipe, d'un pays. En 2010, elle retrouve les collaborateurs de L'Orient-Express et leur propose le jeu des «archives du futur» : évoquer aujourd'hui depuis demain et tenter ainsi de sonder le constat trop figé du «malheur arabe» et d'éclairer de biais ce qui le nourrit, l'entretient. Dans un double mouvement d'anticipation et de regard rétrospectif, les acteurs de cette histoire prennent à contre-pied la nostalgie susceptible, jusqu'alors de teinter leurs souvenirs. Les perturbations chronologiques orchestrées dans Wagons libres révèlent des angles morts, surlignent des correspondances et remettent en jeu le présent. Sur le plateau, la conteuse manipule les fragments qu'elle a récoltés – clichés, archives, témoignages –, les projette et les surexpose, les confronte et les recadre. Elle agit avec l'application méthodologique de l'archéologue, l'humilité du voyageur, l'engagement de l'interprète qui prête son corps au groupe rassemblé autour d'elle....

mais je ne le saurai pas... Je trouvais la rue si chaude que puante, une barre s'est installée entre mes yeux, une pique a appuyé dans le petit creux en haut de ma nuque, l'eau du brumisateur séchait instantanément au contact de ma peau, et faisait de jolies petites constellations sans gravité sur ma tunique, mon sourire se raidissait et, en arrivant presque au boulevard Raspail, presque au but, sous la bigone, le quatrième vertige repoussé s'est imposé... ai lâchement renoncé

m'en suis retournée, presque soulagée de ma lâcheté, aussi fraîche que la rue petite Lanterne, lentement, doucement... me répétant qu'il faut renoncer avec grâce, quel que soit le sens de cette phrase.
Sirop d'orgeat. Vautrée comme une baleine échouée....un temps.... ai repris un peu de tonus, juste assez pour faire une petite recherche et trouver ce lien vers des vidéos du ou à propos du spectacle que vous devriez regarder si avez le temps
WAGONS LIBRES Montage Captation web
from iché sandra on https://vimeo.com">Vimeo.
.
comme je l'ai fait, avec le petit plaisir de la note comique finale.
Aujourd'hui me bornerai à préparer valison pour vendredi, à m'occuper de carcasse, d'un peu de repassage, de pas trop d'internet, avant la nuit et les Célestins, et des trois spectacles de jeudi en sacrifierai peut-être un....

9 commentaires:

Pierre R Chantelois a dit…

Encore une fois des rues foisonnantes et captivantes. J'ai fait une recherche par curiosité sur Iché Sandra et j'ai regardé la première vidéo. Difficile pour moi de porter un jugement sur une démarche aussi singulière qui oscille entre racines de l'Histoire et élans politiques.

marie a dit…

ah magnifique chère Brigitte les couleurs des rues et la pierre enflammée par le soleil est merci pour la voix intérieur des lecteurs que tu apportes a nous-pour aller nicher en plein milieu de lui

belle journée magique.

F Bon a dit…

quel voyage on aura fait avec vous tous ces jours, Brigitte...

brigitte celerier a dit…

merci !

mémoire du silence a dit…

dans la gloire écrasante de la lumière
brigetoun en sacrifiera peut-être un...
mais pour l'heure qu'il est bon de la suivre
;-)

│ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ AVIGNON │ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ a dit…

Tu m'épates et je t'envie ! :D)

brigitte celerier a dit…

oh Michel que j'aimerais avoir ton âge... là vraiment suis loque

Elise a dit…

mais peut-être est-ce parce que vous avez son âge et le vôtre que ce que vous écrivez et montrez nous touche tant

Gérard Méry a dit…

Journée pleine et fortement séduite par Criss Niangouna