samedi, juillet 13, 2013

Festival – suite du jour 7 – petites notes sans importance sur Sheda


(photo du site du festival)
mon 13 juillet commençant assez mélancoliquement, se souvenir de la nuit dernière, ne pas être à la hauteur de ce qu'il y aurait à dire, digestion non faite et idées en déroute encore par la lenteur du réveil, juste petites notes.
Partie donc, pas très sure de moi, suis passée par le cloître Saint Louis pour prendre un ticket pour la navette – reculé devant la queue (l'ai acheté sur place), mais en ai profité pour écouter les derniers mots de Dieudonné Niangouna interviewé par France Inter
Ai rêvé une seconde d'une place dans sa voiture

et suis allée, tentant de juguler ma petite panique pour calmer l'inquiétude d'une grande jeune femme en perdition, à la recherche de la navette (honte à moi j'ai fini par lui donner la main et lui dire que n'avais pas force de parler)

cahots surlignés par le chauffeur, mais beauté pour moi, petite animale de ville (je pensais rate), de la campagne qui se révèle peu à peu, et de l'avancée, dans le chant des cigales, en me tordant les chevilles avec bonheur vers la carrière – en queue de ce qui prend tout de suite une allure de petite procession, familiarité distante mais groupe même éphémère.

Une longue attente (j'avais pris la première navette) en marge des repas, échanges, après avoir arrosé la poussière avec un infect café, regarder, se vider intérieurement, être bien

franchir les barrières – mon amitié, toujours, pour les chèvres, et elle, celle que j'ai mise cette nuit ci-dessus était tout spécialement belle, fine, élégamment soulignée de noir - sourire aux deux couples qui m'entourent – hommes mes contemporains, femmes de dix ou vingt ans plus jeunes, maturité juvénile et intelligence, quelques phrases risquées, confort de se sentir en sympathie, de penser qu'il n'y aura pas d'ondes négatives à refouler...

regarder les machines bizarres, repérer les instruments de musique (dire tout de suite qu'un des grands plaisirs de cette soirée m'est venue par eux, les musiciens Pierre Lambia et Armal Malonga, de leurs très belles interventions, de leur soutien discret, chercher s'il y a un enregistrement)
se résigner, tous, quand on a annoncé qu'une navette était coincée et que le spectacle commencerait avec vingt minutes de retard – me lève – me campe au centre de l'espace terreux pour quelques bouffées de cigare, mauvaise idée, l'éteint, cherche une poubelle … et la navette arrive plus vite que prévu.
Et voilà que je dis un peu n'importe quoi, reculant le moment de trouver que dire de ce spectacle, en panne de mots et d'idée... alors déserte, vais écouter une lecture...
et reviens après avoir un peu trop intercalé Shéda et ma situation du jour entre le texte et moi.

Alors que dire.. d'abord ces deux tweets d'Arnaud Maïsetti trouvé cette nuit (lui et Candice Nguyen ont dansé un peu avec les acteurs pendant que trébuchais vers la navette mais étaient reconnectés avant moi)
C'était magnifique.
"je t'aime toi de tout ce que j'ai perdu (la direction du vent)" - les derniers mots du spectacle

(photo du site du festival)
Et puis, le lieu bien entendu que, moi, je ne connaissais pas, et qui semble faire partie du texte (même s'il a été créé à Amsterdam) – Niangouna dit je savais … que je créerai le spectacle dans ce lieu parfait pour un tel projet. Je l'ai toujours imaginé se jouant dans un désert de pierre, aride... Dans un lieu où l'épique et le mystique peuvent se faire entendre...
les acteurs, les Niangouna, Fisbach, tous en fait, (et un coup de coeur pour la grande silhouette et le premier monologue du gardien) et cette impression que, venus d tous les horizons, ils forment une communauté, pas seulement parce que je savais qu'ils avaient travaillé, longuement, le spectacle (rôle important du chorégraphe et préparateur des combats DeLaVallet Bidiefono qui a un spectacle dans le festival) au Congo, ni parce qu'on longe leur petit campement sur place et que j'ai vu, en attendant, une jeune femme promenant son bébé dans les bras.

Le texte bien sûr, que j'aimerais trouver (il est édité aux éditions Carnets Livres et fait l'objet d'un dossier pédagogique en ligne que tenterai de trouver dès que temps aurai)
qui, même dans la force, ne tombe jamais dans la vocifération complaisante qui s'oublie vite – théâtre intelligent, écriture nourrie de références universelles, écriture charriant des mythes et contes, comme ceux que racontaient la grand-mère de Dieudonné Niangouna mais enrichis, étendus à tous les continents.. Poésie, littérature mais oralité, une oralité savoureuse et maitrisée...
Un mélange de dialogues et de très beaux monologues. Trois parties (qui ne sont pas marquées, on glisse de l'une à l'autre) dit le programme et rétrospectivement je les ressens : peur de s'affirmer, de la censure, de l'histoire de son pays (et son expérience l'y incite) – solitude qui provoque les plus belles proférations et urgence.
Des moments je l'avoue, surtout vers la fin, d'absences brèves de ma conscience, coupures éclairs qui renforçaient le côté fragmentaire qui est toujours présent chez lui.

De belles images, des rires aussi... et puis, à part une réflexion ce matin et quelques sifflets à la fin qui ont agacé mes voisins, la communion du public... et tant pis si suis consensuelle (de toute façon, pourrai être déçue un jour par Dieudonné Niangouna mais ça n'a pas encore été le cas.)
Vais déjeuner.

P.S. 18 juillet

Mais si vous voulez lire une analyse sensible et intelligente, une dérive poétique à partir de la pièce aussi c'est Arnaud Maïsetti qu'il vous faut aller lire http://www.arnaudmaisetti.net/spip/spip.php?article1122



3 commentaires:

Anne-Charlotte Chéron a dit…

Découvre Dieudonné Niangouna grâce à vous. Sheda semble fait pour être vu ici, je ne sais pas si d'autres circonstances contextuelles n'entacheront pas ce plaisir que vous avez ressenti ce soir là.

JEA a dit…

"tant pis si suis consensuelle" :
quand une consensu-elle se résume en une cireuse de pompes dans une caserne de la pensée, elle se confirme en effet consternante, mais mais mais ce n'est pas votre portrait quand même
vous écrivez en solitaire, un coup de vent vous fait vous retourner et vous n'êtes pas seule ? vous avez marché à votre pas, écrit avec votre seule encre... que d'autres se sentent en harmonie avec vous, il y a plus lugubre

brigitte celerier a dit…

oh ce n'étais pas une accusation méchante et le mot n'était pas employé, juste une demande de dire pourquoi moi, seule, j'avais aimé. Ce qui prouve qu'il y a des clans....
Et comme j'ai l'esprit mal tourné, en fonction d'autres réactions, c'est moi qui ai traduit par consensuelle (serait peut être plutôt cédant aux délices de la révolte enrobée de littérature - enfin suis un peu de mauvais poil aujourd'hui)