mercredi, juillet 10, 2013

Quatrième jour festival – Levinas, sujets à vif, pluie, et le Congo aux Célestins


Réveil éternuant – n'a pas duré – tête et bras et épaules, et puis le reste aussi, lourds - sortir avec tartine dans la cour, vérifier état du ciel

faire le tour des peut être promesses, admirer le vert qui revient vivre sur le bambou – faire un tas repassage (petit mais qui restera intact) passer chiffon, aspirateur, fauber, constater que ce n'est guère reposant, faire, mal, une vitre, en rester là, savourer petit tour twitter

arriver à enfiler talons dans le bas du pantalon (le reste plus facile)



et partir dans le calme du quartier vers Saint Agricol ma voisine, pour un concert programmé en liaison avec le festival sous le signe de – Michael Levinas, le compositeur trouvère, une certaine vision de la composition compositeur que j'aime, choisi pour avoir écrit un opéra la métamorphose d'après Kafka, mis en scène par Nordey


s'installer seule, à droite de la nef peu remplie (concert presque intime)
écouter l'organiste Thomas Lacôte, petit, frêle, jeune, convaincant (titulaire du grand orgue de la Trinité à Paris, élève, entre autres de Lévinas, assistant de la classe d'analyse de Lévinas au CNSM de Paris) nous expliquer le choix du programme qui, déception fugitive, ne comprend qu'une pièce de Lévinas, mais aussi

Bach (prélude et fugue en ut mineur BWV 546) parce que le maître et pour la polyphonie chère à Lévinas
César Franck (troisième choral en la mineur) parce que Lévinas a enregistré son quintet et insiste sur son importance
Messian (deux extraits de la nativité du Seigneur – les bergers, les enfants de Dieu) parce qu'Avignon, parce qu'ils sont dans un esprit 19ème en accord avec l'âge de l'orgue
Giacomo Scelsi (in nomine lucia) parce qu'il improvisait, parce que sa musique est méditative, aléatoire, fait découvrir des possibilités inconnues de l'orgue, «des fantômes» qui ont inspiré Lévinas – et de fait c'était très beau (même si quand le son a enflé vers la fin j'ai piqué du nez – il semble que ce mardi le bruit me faisait cet effet)
et puis, non plus pour l'orgue mais pour trois cornistes la création de la version pour 3 cors des spirales d'oiseaux de Lévinas pour 3 euphoniums – et n'ai pas le temps de détailler, juste dire que j'étais heureuse
une belle improvisation de Lacôte pour finir

et un retour dans le calme de la rue de la petite Fustrerie, hors des circuits

avec ce salut à moi destiné à ma porte.
Cuisine, déjeuner, sieste bien résolue, 

Repartie vers cinq heures

obligée d'emprunter les chemins migratoires des touristes et flâneurs (plus brutaux que les coureurs vers spectacles) parce que devais passer à la pharmacie,

franchir le bouchon place de l'horloge et de la rue Rouge, et puis avancée ponctuée de rencontres, en compagnie d'affiches

plaisir de retrouver le Lycée Saint Joseph, puisque j'avais renoncé au spectacle dans la grande cour dimanche

attente dans la fraîcheur peuplée du hall

et ma place au premier rang dans le jardin de la vierge, pour le programme B des sujets à vif
avec pour débuter Garden Party conçu et mis en scène par Ambre Kahan, joué par Karine Piveteau et Duncan Evennou
lui, fond gauche, grand, très, beau, gilet vert et slim noir pisseux tête coincée dans un arbre auquel est accroché un ballon en forme de coeur rouge – la dite tête se révélant par la suite coiffée d'une crête noire comme la barbe et ornée de paillettes sur les sourcils et les dents
elle allongée au premier plan cheveux décolorés et dépermanentés, yeux très maquillés de vert et violet, un nez de Cyrano blanc sur sa belle peau dorée, une robe de princesse en détresse, tulle vaguement doré fané et déchiré sur fonds de robe rouge passé
deux micros pendus à des potences, déformant les voix
approches, timidité, elle prenant devant, lui effarouché... et puis ça continue, de beaux textes par moment, plus ou moins audibles, de la danse, un peu
Ce sont des chemins dallés. Des trous. Avec des ronces. Et des panoramas sublimes. Une vierge. Ce sont de fortes chaleurs. De la poussière. Et beaucoup de moustiques. Une traversée du désert ? C'est venteux. Pour sûr... Une véritable tempête. Qui croque entre les dents. Bref. Ça laisse un drôle de goût. Ou alors une marche forcée. On l'appellera comme ça. À rythme d'enfer. Mais on aime. On en redemande. On veut poursuivre la course. Qu'ils s'aiment. Et qu'ils pleurent. Et qu'ils crient. Et on s'enlace. On chantonne un peu. On a même un ventilo. C'est vendeur. Comme un jardin d'enfant. C'est un peu la boum. On dira la boum théâtrale. Allez oui. On dira ça. Du slow dégoulinant avec acteurs sales. Disait le programme. Les petites vieilles plus jeunes que moi du second rang n'ont pas aimé... ai pensé oui, aime assez, pas davantage

et puis le second, un pur régal, Perlaborer, conçu et joué/dansé par Pauline Simon et Vincent Dissez, une petite merveille d'intelligence, de virtuosité sympathique
La perlaboration, dans le domaine psychanalitique, est le travail qui consiste à répéter, au cours d'une analyse, les mêmes scènes encore et encore jusqu'à ce que le refoulement soit mis en échec et que s'élabore une connaissance consciente de l'histoire du symptôme, permettant de le supprimer. Mais PERLABORER, c'est un verbe d'action pour notre sujet, en un son arBOREscent, presque BORÉAL. .. sur le programme distribué et sur celui du site du festival Nous nous sommes rendus disponibles à un espace vierge comme un jardin, à cette rencontre, au dérangement occasionné, à cette phrase d'André Breton : “Aujourd'hui encore, je n'attends rien que de ma seule disponibilité, que de cette soif d'errer à la rencontre de tout, dont je m'assure qu'elle me maintient en communication mystérieuse avec les autres êtres disponibles...” 

ce qui donne en fait une danse virtuose, et spirituelle, et, entre autres, un texte dit par Vincent Dissez (écrit aussi sans doute) qui raconte l'histoire d'Hamlet en partant du jeune homme mélancolique pour arriver après la révélation du père à ce jeune homme mélancolique... une répétition je ne sais combien de fois des mêmes éléments, de la même histoire, dans des formulations différentes, en boucle, et c'est irrésistible (sans facilité) suivie d'un dialogue cherchant comment faire disparaître du plateau, à la fin du spectacle, un corps mort, comment faire bouger la mort.
Et les applaudissements ont été accompagnés, à mon grand ou petit désarroi de grosses gouttes de pluie s'écrasant sur mes genoux et le plateau

Retour dans cette pluie molle, en maudissant le ciel qui pourtant semblait se lever un peu, et ne se décidait pas aux cataractes

et un moment d'espoir au dessus des remparts.
Chargé photos, ruminant la soirée de la veille, me demandant que faire en cas d'annulation, ne pas arroser, faire cuisine, faire petit tour sur internet, rependre la robe sortie, décider de garder pantalon du jour, avec un polo blanc propre, et de prendre parapluie et imperméable... tourner en rond, hésiter, rependre imper, le reprendre.. et , en oubliant mon cher vieil appareil, en marchant très vite parce qu'en retard sous un ciel où ne subsistaient plus que des traînées de nuage, en croisant des robes décolletées... partir vers le cloître des Célestins.


Eu une place au premier rang, de côté, contrairement à tout espoir – et le nouvel appareil capricieux me donnait des images fantomatiques – calmé mon piapia avec de sympathiques voisines, et me suis préparée à entrer dans le spectacle, parce que pour moi le cloître des Célestins est Le lieu du festival, parce que c'était Faustin Linyekula et que j'avais gardé bon souvenir (ou plus) de Dinozord et surtout de pour en finir avec Bérénice il y a trois ans, parce que j'avais été attirée par la présentation de Drums and digging, le spectacle de cette année, sur le site du festival

(photo Christophe Raynaud de Lage, comme la suivante)

Que raconter encore après six années de création en République Démocratique du Congo ? Comment ne pas ressasser les mêmes histoires, les mêmes révoltes, les mêmes espoirs déçus ? Comment continuer d'avancer, de rêver, malgré tout ? Désireux de répondre à ces questions, Faustin Linyekula est retourné dans le village de son enfance, à Obilo, sur les traces de ses premiers souvenirs de danse. Un voyage pour lequel il s'est entouré de complices : des artistes comme lui congolais, au passé commun mais aux itinéraires différents. Ensuite, ils ont visité Gdabolite, petite ville transformée en épicentre du Zaïre par le maréchal Mobutu. L'une des artistes, Véronique Aka Kwadeba, appartient à la famille du président défunt, à la noblesse déchue qui se rendait, chaque année, dans cette cité perdue en pleine nature équatoriale. Après avoir traversé en file indienne les forêts, croisé les fantômes des victimes de la guerre civile et du conflit rwandais, exhumé leurs souvenirs et leurs aspirations d'enfants, les interprètes de Drums and Digging forment un cercle pour partager avec nous ce qu'ils ont ressenti, capté durant ces mois de création. Un cercle pour composer un récit, pour que la mémoire et la parole circulent. Pour donner une idée, aussi, de ce qui peut advenir dans la cour des Studios Kabako, le lieu de travail de Faustin Linyekula à Kisangani. Un théâtre à ciel ouvert où vit une famille et pousse un grand manguier, un lieu au sein duquel mûrissent les rêves du chorégraphe et ceux des nombreux artistes invités...

Et, pour moi, pour le reste du public semble-t-il la magie de cette tentative d'invention d'un rite a marché.... ce mélange de danse africaine et de danse contemporaine internationale, les généalogies, les récits qui se déroulent pendant que d'autres dansent, les tambours, ces chants, les voix qui semblent intemporelles, l'idée de la forêt, le cercle sautant, tapant du pied, les seins secoués, et ces danses parfaitement maîtrisées de membres de grandes compagnies de danse internationales, la construction, en marge des danses, chants, récits, etc..., par Faustin Linyekula d'une cabane pour refuge du groupe mais à partir de bois façonnés, comme un kit, avec les hésitations que nous aurions pour monter une cabane de jardin ou un meuble,

l'arrivée, un peu avant le texte de renoncement final, des danseuses, actrices, danseurs et acteurs, dans de superbes tenues de sapeurs au goût passéiste (une belle queue de pie) ou de robes à falbalas imprimées comme de superbes rideaux, dont ils se dépouillent, les entassant dans le squelette de cabane terminé.

Retour, bien emmitouflée dans mon imperméable contre le froid de l'air dénué de pluie. 

11 commentaires:

Pierre R. Chantelois a dit…

Un beau voyage au cœur des mots : rue de la petite Fustrerie, jardin de la vierge, la perlaboration, le cloître des Célestins, Gdabolite, petite ville transformée en épicentre. Avec accompagnement en images et petite pluie fine. Ainsi vont les arts à Avignon.

Dominique Hasselmann a dit…

Quelle journée ! Mais vous faites TOUT le Festival, Madame ?

brigitte celerier a dit…

oh que non Dominique - presque un tiers du in mais pas tout à fait, et un seul truc pour le moment dans les plus de mille spectacles du off - pas de conférence, pas d'expo, pas de lecture - bon me rendors un peu là

la Mère Castor a dit…

nous avons renoncé à la générale aux Celestins à couse de la pluie, votre article me le fait regretter d'autant plus. Vu le spectacle de Rizzo hier, j'ai beaucoup aimé, ce soir m'en vais voir Liddell à Saint Joseph.

brigitte celerier a dit…

pour Liddell regret le petit spectacle ai ouvert avec, un peu déçue, pour todo el mondo c'était le soir de mes malaises maousses à répétition et jj'ai renoncé

Florence Trocmé a dit…

et pour moi, pas de "petite frustrerie" mais une grande, pour ce concert d'orgue qui me fait rêver et que j'avais d'ailleurs repéré. Je ne connais pas encore les pièces d'orgue de Scelsi mais je vais essayer de les trouver.... merci pour le partage de tout cela !

czottele a dit…

les tambours, les chants, les danses, les récits, l'idée de la forêt, tout cela semble bien réjouissant... je reste ébaubie de tout ce que vous faites et le ménage en plus! au fait, ne connaissais pas le terme "fauber": un balai fait de cordages, apparemment...

brigitte celerier a dit…

oui mais dans mon cas c'est un abus de langage, c'est tout simplement une serpillère mais fauber me parle marine à voile

la Mère Castor a dit…

j'ai vu le "petit" Liddell aussi (Ping pong etc.)un peu décue aussi, j'en attendais plus.

Gérard Méry a dit…

La perlaboration...encore un mot que je découvre...mais je me répète !

JEA a dit…

"Et, pour moi, pour le reste du public semble-t-il, la magie de cette tentative d'invention d'un rite a marché..."
le rite dirait-il : "tu"
quand "elle" (vous, l'assistance)
inventez dans une commune magie ?