samedi, août 10, 2013

e ou euh pour vendredi



météo
Même si je me réveille presque tardivement, comme ce vendredi matin, la lumière dans la cour est encore morte, sans éclat – mais en faisant les quelques pas rituels vers l'olivier fou et ses compagnons, ai tordu mon cou pour voir la netteté bleue qui nous dominait et sentir sur mon visage le début de forte brise qui s'éveillait, qui est devenu beau fort mistral sans brutalité.


Lecture
. Au fond de tes aveugles
yeux, palpite ton sang,
et, le menton en l'air, tu flaires l'ouragan.
Sur toi, somnambule larve,
dans le calme menaçant du ciel,
viennent et s'abattent les herbes gelées,
dans l'air qui désormais ne s'anime,
ne rougit, ni ne tonne plus, mais teinté de froid,
s'égare, dans la grise stupeur des branches. derniers vers (en redoutable écho, je le réalise soudain) de l'acte II d’Œdipe à l'aube pièce manuscrite, datée sans doute de 1942, de Pasolini qui figure dans son Théâtre 1938-1965 &dité aux Solitaires Intempestifs, que prends, abandonne, reprends (les premiers fragments ayant un intérêt surtout documentaire)

alphabet
e, donc et j'ai pensé euh.. tant mieux, cela va être maigre (ou j'ai deviné que Michel l'annoncerait en commentaire), ce qui bien sûr n'a pas été le cas

ébonite - pour le seul plaisir du mot, pour celui d'avoir repêché dans le petit bol reliquaire ce fragment d'une pipe paternelle, celle qu'a bien voulu me donner mon frère.

échelle – je gomme toute idée d'escalier, raide ou non, d'échelle de meunier, de maçon, de valeurs, de couleurs... pour une petite histoire rêvée vaguement en marchant l'autre jour
Ce serait une maison un peu ridicule et charmante, pas très grande, un petit pavillon au bout d'une courte allée de jardin, avec, entre deux fenêtres, une porte surmontée d'un balcon arrondi soutenu amoureusement par deux corps d'enfants nus, des putti, sans ailes d'angelots, sans arc ni flèches.. ce serait, au premier étage, trois fenêtres, celle du centre, sous un triangle aigu du mur et du toit, comme une allusion à un petit fronton, encadrée de deux autres putti qui portent les parties horizontales de la rive de ce toit ... ce serait, dans le désert du jour, un volet ouvert, ce serait une échelle appliquée, ce serait peut-être un voleur d'amour, du secret caché dans le calme noir des pièces, ce serait le silence, l'absence de toute vie perceptible, ce serait une petite interrogation paresseuse, ce serait sans gravité. 

écrire une lettre, cet art que nous ne possédons plus... le grand sac qui m'a été confié, où s'entassent ces lettres qui débordaient presque des tiroirs du secrétaire maternel et que je n'arrive pas à trier, lettres échangées entre mes parents, ou entre ma mère et la sienne – cet art qui faisait partie de leur vie à toutes deux, pour maintenir liens familiaux mais aussi avec les amis, les relations - et quand je me laisse aller à en prendre une, suis toujours aussi admirative.. ce petit îlot à respecter quand passais : ma mère installée devant les porte-fenêtres sur la Seine, pour profiter des rayons de soleil, présente (elle commentait parfois, pour nous ou pour le vide) et isolée dans sa correspondance... mon excitation mêlée de découragement, ma panique chaque fois que je dois m'y risquer.

écriture - ma jouissance de lectrice, ce que je cherche – mon écriture, ma graphie, si on peut employer un si beau mot pour cela, atroce, toujours.. et les secrétaires en profitaient, peinaient tant qu'il était convenu tacitement que je me débrouillerai et qu'elles se consacreraient aux hommes – et je n'ose croire que suis capable de manier assez bien les mots pour que cela mérite d'être considéré comme une écriture.

je prends ma petite liste de mots (trop longue, je retardais mon rendez-vous avec l'aspirateur et le fer à repasser), je sabre... et me fais promesse de concision pour les rescapés

élan – pour sa beauté, pour l'ordre que me suis donné au début de ces lignes, qu'il me faut freiner... pour que soit présente l'idée du grand arc boutant et de la tour se hissant plus haut que le rocher et la maison commune, rue de la Peyrolerie, l'élévation de voûtes comme celles de la très belle photo de Jean-Yves Fick vue dans la matinée http://jeanyvesfick.wordpress.com/2013/08/09/lignes-6/ et toutes celles qui sont venues chanter avec elles dans mon souvenir... élan de la danse, d'un envol de pigeons, d'un aigle s'élevant devant un pic rocheux etc...

éléphant parce qu'il est venu comme ça, et qu'on ne s'en débarrasse pas si facilement,

embrasures profondes où s'asseoir, avoir un peu mal aux fesses, avoir l'impression d'être imperceptiblement autre - très légère et presque inconsciente illusion -, regarder un jardin, une fontaine, une descente vers une plage, un enfant qui passe, sous d'autres cieux, ou le fort Saint André et Villeneuve par delà le Rhône, peut-être le cloître de Benoît XII, dans l'odeur d'un rosier

émissions de France Culture (Cuba et musiques haïtiennes) qui ont bercée ma sieste et mes premières lignes, avant que je cesse totalement de leur prêter attention – je le croyais du moins - mais là ce sont les mots de la radio qui se sont interposés, sont venus au premier plan, un moment, parce que les voix qui flottaient à l'arrière plan ont brusquement sonné informations.

entre – mot merveilleux pour ce qui est liaison et séparation... instants, événements qui se succèdent, et ce qui est entre s'efface, est insensible – l'espace d'air, de pensées, de désir parfois, qui sépare deux corps – les paroles, les idées qui s'échangent – et puis ces gratte-ciels isolés, toujours, et les interstices dont parlait Daniel Bourrion http://www.ontheroute.fr/blog/dbourrion/interstices, les ruelles entre les isles ou îlots de maisons d'Avignon et leurs ouvertures sur autres murs, et puis, provisoires, d'un provisoire qui peut être démesurément long mais qui contient toujours la promesse de leur disparition, les dents creuses marquant une destruction.

éphémère ma décision d'être brève.

être - est ce bien utile ? c'est souvent fatigant - alors s'asseoir à côté d'Hamlet.

Les exoplanètes arrivent à la radio, vais arroser en écoutant.

8 commentaires:

Francis Royo a dit…

"Ébonite", un mot entendu, appris, apprivoisé dès ma "tendre" enfance car constituant des manches, anses, poignées de nombreux ustensiles de cuisson dans la cuisine familiale.
L'ébonite ne fut longtemps qu'une odeur et ne pouvait être que brûlée. C'était la phrase magique et inquiétante qui prévenait le cuistot du jour de son oubli d'un plat sur le feu: "ça sent l'ébonite brûlée".
Tout était dit et le mot et le repas étaient avalés de plus ou moins bonne grâce.

│ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ AVIGNON │ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ a dit…

Église : les Célestins vus de la rue Roleur ?

jeandler a dit…

Un petit Littré fort agréable à découvrir et infiniment moins rébarbatif. Et non sans humour.

brigitte celerier a dit…

Michel, oui (enfin je pense, je ne connais pas le nom de la rue)

arlettart a dit…

Embrasure ...j'aime ce mot , de retrait? de perspective d'Ecoute

Chri a dit…

Quel plaisir votre alphabet égrené!

brigitte celerier a dit…

merci mais il faut que je fasse attention à ne pas trop le transformer en déballage, je constate que je suis facilement dans ce risque

Pierre R Chantelois a dit…

Éblouissement, Exaltation, Enthousiasme. La lettre peut se montrer jubilatoire lorsqu'elle se place sous l’inspiration du poète.