vendredi, août 23, 2013

Jeudi jour d'une partie des M, en toute civilité ou presque


météo

Trop nombreuses petites incursions brèves entre vie du jour qui ne voulait pas naître et retour sous drap (et boutis, les nuits de canicule sont loin) – ouvrir volet sur l'indécision de la cour, prendre une cuillère de yaourt, se rendormir -

revenir à la conscience, sentir que s'éveille une présence pénible de carcasse, la rendre supportable, s'attarder sur internet pour ne pas affronter le jour, couper, l'aspirateur comme une frontière....

se baigner les yeux de bleu, et les re-poser, un rien brumeux, perplexes, sur l'écran, un fichier vierge, tenter... et s'interroger sur ce sacré vase, ce sujet si simple que j'ai choisi et qui me laisse totalement froide et vide
ne sortir que brièvement pour aller poster des règlements de factures, pendant que la place se prépare lentement pour les derniers touristes... et me bagarrer avec objets et mac en résistance, indociles et indolents.

lecture
ai déserté la pile de livres en attente, cette nuit, me suis promenée entre poètes poètes d'outre-mer et poètes de la Méditerranée, me suis enfoncée dans le sommeil après la ballata de la guerra d'Eduardo Sanguinetti
principi, presidenti, eminenti militensti potenti,
princes, présidents, éminents exemptés puissants
erigenti esigenti monumenti indeccenti,
érigeant exigeants des monuments indécents,
guerra alle guerre è una guerra da andate,
guerre aux guerres est une guerre qui requiert,
lotta di classe è la guerrra da fare.
La lutte des classes est la lutte à faire.
Belle traduction de Jean-Baptiste Para qui restitue presque la force des assonances martelées par Sanguinetti pour bien dire cela.

alphabet
Ai tant tardé à me décider à entrer réellement dans le jour que la liste des mots en m, puisque c'est leur tour, s'est allongée inconsidérément.
Je me suis promis de les effleurer, ou de sabrer, et, pour tenter d'être brève, me suis installée dans la cour, dos au mur, dans le soleil – fermer les yeux, boire sa brûlure qui est maintenant supportable et ne me réduit pas en cendres humides – aberration qui me vient à l'esprit -, au bout de quelques minutes, penser à un mot pendant une dizaine de minutes, faire deux pas, entrer dans l'ombre, écrire sur le petit carnet posé sur la table décrépite... cela a duré le temps de cinq mots, et puis je suis rentrée, terrassée ou acceptant de l'être, par un désir de sieste... bienheureuse sieste suivie d'un petit tour dans l'antre et, ne sais plus à la suite de quelle idée, d'une longue plongée dans le catalogue d'une vieille exposition de Fragonard au Grand Palais, très agréable errance entre reproductions, fragments de lettres etc... très loin de l'alphabet.
Ma foi, désolée, je ne devais pas être capable de mieux.... ai gardé, poli un peu, complété par quelques mots et j'en ai gardé la moitié pour demain.

mains
les compagnes ouvrières auxquelles j'attribue ma maladresse, gardant pour moi mes rares réussites
ce que je regardais d'abord chez un homme
leur beauté, leur joliesse, leur finesse ou leur force, et la petitesse, la banalité plébéienne des miennes (qui me plaçait dans la lignée paternelle, disait-on) – je m'en consolais en les prétendant faites pour le modelage (ce qui ne s'est guère confirmé... mais certainement par la faute de l'amateurisme appliqué dans lequel je me réfugiais pour ne pas perdre mes illusions)

manille
mot venu là surtout par goût de la douceur joyeuse de ses syllabes..
leur jolies formes luisant doucement dans une boutique d'accastillage, leur indulgence pour mes doigts maladroits, et le son surtout, à chantonner, et tant pis si mantille vient absurdement à la suite
ah ! et puis c'est vrai : le jeu, mais je ne le connais qu'à cause de Pagnol (et, aveu, je n'aime que très modérément ses pièces et l'insistance avec lesquelles elles reviennent régulièrement)

marches
les trois marches de marbre rose de Versailles, Musset et mon père (un de ses poèmes préférés avec j'étais seul l'autre soir au Théâtre Français) – et toutes les autres, en pierre, ciment, métal, les larges, profondes, aux contremarches aimables, des escaliers nobles et celles qui montent, étroites, raides, sans paliers intermédiaires, en tournant interminablement des escaliers de service.
les affronter sans souci des regards (ne le pouvons) – les vaincre avec un sentiment de triomphe caché ou, souvent maintenant, surjoué, quand je lâche la rampe – le souvenir du temps où j'étais chèvre.
Et puis... les calculs pas si aisés pour les dessiner...

marine
ai fui, en ai gardé un léger regret, une petite nostalgie liée à l'enfance

micocouliers
mot aussi doux que le tronc lise, que l'ombre, que la grâce des feuilles et la forme du dôme allongé -
je ne leur reproche que de prendre, souventes fois - bellement bien sûr, mais tout de même... - la place des platanes que le chancre doré a tué et que je pleure

mer
mon amour, que je voudrais moins platonique... l'est un peu tard
et puis il y a trop à dire - laissons la murmurer, scintiller, se gonfler tranquillement sous de petites risées, ou gronder, ruer, enfler, se déchaîner si elle le désire, ou si les vents l'ordonnent.


merde
voulais l'éviter, s'est imposé... en rester à l'interjection, que ma mère traduisait par miel d'abeille, et à mon snobisme adolescent qui me faisait le semer dans toutes phrases le permettant, par vénération pour une toute petite grande dame qui les multipliait allègrement (tu attendra d'avoir sa classe)

miel
une cuillère au petit matin, entre deux endormissements
le pot de miel de lavande, à la saveur forte et banale, sans grand intérêt, si solide qu'il me faudrait presque un couteau, que je DOIS finir
la blancheur merveilleusement parfumée du miel de romarin que je trouve parfois chez mon marchand d'huile,
les miels étiquetés mille-fleurs qui ne sont rien qu'une médiocre qualité,
la force du sombre miel de sapin, de temps en temps, en aime surtout l'idée
la consistance merveilleusement crémeuse d'un miel de couvent varois, un peu décevant en bouche, ou trop délicat pour moi,
et le plaisir de la saveur riche et de l'ambre brun des miels de châtaigner, de ceux de Corse ou des Cévennes, quand il veulent bien être un souple ruban et ne pas s'échapper, trop liquide, avant de parvenir entre mes lèvres.

miroiter
la lumière qui danse sur les petites fronces de l'eau du fleuve, y pose images mouvantes, quand le soleil amorce sa descente vers la nuit...
le jeux des reflets sur les plis d'une moire empesée,
et les mots trompeurs qui vendent des rêves.

j'allais oublier MOI... je le salue dévotieusement et m'en débarrasse en le laissant là, ou crois le tenter..
et, stop - j'en reste là, je remercie grandement les éventuels lecteurs et je garde soigneusement en friche la fin de ma liste jusqu'à demain (ne me découragerai pas, même si n'aurais sans doute pas dû commencer)


PS
Si le voulez bien, je suis chez les cosaques des frontières, en visite aujourd'hui, et vous suggère, si ne le faites déjà, d'y passer régulièrement pour suivre leurs histoires http://lescosaquesdesfrontieres.com

10 commentaires:

Chri a dit…

Mais c'est nous qui remercions. Vraiment.

Danielle a dit…

Plaisir tout pareil du miel de châtaignier et au-delà de ces mots que je lis si souvent comme s'ils étaient choisis et écrits pour / par moi, avec surprise et gratitude.

│ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ AVIGNON │ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ a dit…

M

JEA a dit…

Mallarmé :
- "Tout au monde existe pour aboutir à un livre..."

René Char :
- "Les mots qui vont surgir de nous savent de nous des choses que nous ignorons d'eux..."

arlettart a dit…

Des m en merveilles ...
Première image en abstraction réussie

jeandler a dit…

L M : elle aime en son Miroir surprendre l'image des jours.

brigitte celerier a dit…

merci aux talentueux commentateurs

Gérard Méry a dit…

"j'en ai gardé la moitié pour demain" humour ou sérieuse ?

brigitte celerier a dit…

sérieuse, me maudis puisque nous sommes demain

Gérard Méry a dit…

Maudit ? tu peux conjuguer les deux jours...M ..le Maudit...avec Peter Lorre