samedi, août 24, 2013

Vendredi, ce sont mes derniers M



météo

ciel indécis pour saluer mon tardif réveil à sept heures, propulsée sans étapes hors du profond puits du sommeil – petit flottement – café médiocre, mini toast pour trois cuillères de confiture au gingembre en colline instable, pied dans cour et bleu radieux.
S'arracher à twitter, encore un rien dépeuplé, où je me réfugie dans l'indécision devant le jour à peupler d'actions.
Les derniers petits-déjeuners sur la place de l'horloge baignaient dans la quiétude douce, la ville se vide de plus en plus de ses visiteurs, se repeuple de vauclusiens, les boutiques, elles, sont fermées dans mon quartier, du moins les quelques qui proposent autre chose que des vêtements, et les vitrines de ces dernières se partagent entre soldes désespérées et manteaux et vestes pour grand froid.

Lecture
Dans le calme détachement de la nuit les leçons de solfège et de piano de Pascal Quignard, avec la belle, claire, touchante évocation de la tante, et la défense de l'esprit et l'art humiliés, et la reprise des deux autres textes sur Gérard Bobillier, l'amitié ce miracle : l'autre surgissant en première personne du singulier dans l'espace des interlocuteurs et à propos de Paul Celan jusqu'aux dernières lignes, cette version géniale de la cigale et de la fourmi
  • Pourquoi n'as-tu pas fait, de provisions durant l'été ? demande la fourmi dans Babrios de Syrie
  • Par manque de temps, répond la cigale de Babrios, car j'ai été contrainte de chanter le dieu afin que tu survives.

alphabet
La liste des M restants est là, avec ou sans intérêt, trop longue... je commence par penser : sois brève... et je grimace, parce qu'il y a ce premier mot, et le long détournement que j'ai écrit dans la nuit, que, à tort ou à raison (si ce n'est ce détournement) je n'ai pas envie de jeter
Alors, tant pis, on verra, au fil de ce qui viendra, et donc d'abord :




moissonneuse

par amour ignorant des machines, pour l'idée aussi, et pour le souvenir très lointain - si lointain qu'essayer de m'en souvenir c'est presque comme écouter un conte - un souvenir qui est venu là par association inconsciente, puisque ce n'était pas une moissonneuse (d'elles j'ai des souvenirs ensoleillées, et du corps tressautant dessus), ni même je crois une moissonneuse-batteuse, mais une batteuse, énorme - l'une des premières me disait un des gars, mes amis de cet été là, que ce soit vrai ou non, même que son père l'avait loué, et qu'elle faisait le tour des villages - tant pis mon souvenir l'a baptisée moissonneuse, et il y a un lien tout de même, non ? donc : une nuit, bien noire comme il y en a encore à la campagne, un bâtiment de ferme en bordure d'un chemin où nous arrivons en traversant, chevilles tordues, pieds glissants, petits rires, un pré - des dos, du bruit, et derrière les dos une lumière de forge, de purgatoire, de différent - s'approcher, des plaisanteries à la gamine, on me fait place, et cet énorme chose noire et illuminée, des hommes sur une charrette, tout le hameau là, regardant, aidant, les gerbes passant devant la lumière, les courroies qui filent, une pluie dorée - j'invente sans doute ou mon souvenir s'invente, plutôt, mais mon éblouissement, sa force, est réel - et elle est là pour les moissonneuses, les vraies, et les tracteurs, toutes ces machines que j'ai vu arriver peu à peu dans les villages où nous partions pour changer d'air (quitter la mer, cela semblait à l'époque souhaitable pour notre santé)


monogramme
permet aux familles sans blason de poser leur marque, d'afficher leur possession – change à chaque génération, gardant le souvenir des ancêtres – à moins que, comme ma grand-mère et ma mère, on choisisse de s'unir à un patronyme qui permet la transmission inchangée - même si je suppose (sourire) que ce fut inconscient... et partant du droit des célibataires à garder leurs deux initiales, j'aurais pu, avec petite soeur, revendiquer toute l'argenterie, les beaux draps de lin ou de lourd métis...
Ne peut s'évoquer qu'avec un peu d'ironie, mais aussi de tendresse et, avec plus ou moins de difficulté, sollicite le goût et l'habileté de dessinateurs pour obtenir, parfois, de très beaux motifs dont tout le monde a oublié, au bout d'une centaine d'années, le sens – permet alors des recherches – au fond c'est très utile.

montagne
un monde sublime, impressionnant, très attachant et riche pour la plupart des gens, terrifiant aux temps anciens ...
Le cadre de vacances d'ennui profond en mon adolescence (ah la contemplation du Pelvoux chaque matin, dans le cadre de la fenêtre, pendant deux mois, quand on voudrait tant que ce soit la mer qui vienne s'y encadrer, vivante !... et les promenades, avec petit sac, chandail autour de la taille, provision de tartines et de pruneaux, avec toute la marmaille, à la suite du grand-père et de sa canne....)

morue
indiscutable, indétrônable, mon indispensable... et mon ignorance décidée de toutes les recettes inventées pour la consommer (me contente d'un pochage si bref que presque inexistant) – plaisir, ici, de l'acheter en détail et sans empaquetage plastique, le goût plus savoureux et riche des lingots ou blocs et les jurons en prélevant la portion du jour, à la rencontre des os ou grosses arrêtes, des éventails des nageoires, de la peau résistant au meilleur couteau...

mort
la saluer avec amitié, la garder comme un but plus ou moins désiré...
mais esquiver celle des humains (trop déchirante est celle des proches, des aimés, trop douloureuse celle des autres), garder les branches, les feuilles, leur splendeur, la variété presque infinie des jaunes, bruns et rouges, du rose presque transparent, de l'incarnat au sombre grenat, et le petit goût de regret que l'on déguste avec ce plaisir que nous accorde la nature au virage de l'année.

moto
si belles, et si détestables quand elles roulent sur les trottoirs exigus du deuxième arrondissement, chevauchées par des gens qui travaillent, eux, et poussent nos fesses avec leur roue avant (et nous piétons émergeant des bureaux pour chercher pitance ?), ou quand elles prennent le bout de trottoir devant ma porte, en période de festival, pour un parking et que je dois me faufiler pour entrer ou sortir, ou même demander aide pour en déplacer une (j'étais heureusement à l'extérieur).
Maintenant que j'ai sacrifié à ma mauvaise humeur rituelle, reste la fascination devant certaines superbes machines, et l'amusement devant le monde des motards – et puis mon petit triomphe, être celle qui obligeait mon premier flirt à marcher à pied, refusant de parader derrière lui sur sa grosse moto de l'armée allemande (disait-il)

mousse
douceur du mot, plaisir, mêlé d'un léger dégoût, de la tendresse ferme des petites masses agrippées aux pierres ou aux troncs, et de leurs teintes fuyantes – j'aime les jardins au bord de l'abandon ou les fonds de parcs..
Agacement amical d'abstinente, que le foot ennuie de surcroît, quand le salon familial était investi par des mâles réclamant une petite bière, se la servant, s'installant devant l'écran... sortir.

mousseline
aime le mot, aime rêver de beaux saris, légers, solides, à peine translucides, comme un soupir... n'aime guère ce que l'on trouve souvent sous ce nom.

moustache
pour toutes les photos d'ancêtres... pour le souvenir de baisers
et pour celui d'une femme et de filles réagissant avec horreur aux photos d'un père s'inventant une tête de pirate turc, grandes moustaches et crâne rasé, parce que la mer, une longue campagne, lui avaient donné la liberté.

mouvement
est la beauté, si grande que l'immobilité est belle du mouvement qu'elle contient en suspens.

mur
ici beauté un peu trop officielle et omniprésente de celui qui a conquis le droit d'être Le mur.
et les murs mes amis, de pierre, nus ou crépis, de béton, ou, moins familiers, de briques avec leur variété de formes, de couleur.. leur peau, leurs percements, le terrain de jeu qu'ils offrent à la lumière et la protection qu'ils nous accordent (avec le toit).
Les murs de pierre sèche cette merveille de science populaire.
Et tous les murs détestables qui séparent...
Un peu n'importe quoi tout ceci ma fille... tant pis.
Restent, méprisés, le malheur, la méchanceté, la méfiance et même les miracles...

12 commentaires:

jeandler a dit…

Des images que j' M.
Occasion rêvée de régler leur sort aux Motos.

arlettart a dit…

"MMMMagnifiquesque"les M sont en MMMajesté chez toi
J'aime le jour à peupler d'actions!!!!!

│ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ AVIGNON │ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ a dit…

Mon dernier M sera Merdre !
Corneguidouille !

:D)

Chri a dit…

Votre alphabet est un bocal de friandises... Merci.

brigitte celerier a dit…

merci

brigitte celerier a dit…

j'aie les contributions de Michel

joye a dit…

J'M

JEA a dit…

Tristan Tzara :
- "Derrière le mur
des mémoires
la meute
des brumes dissipées..."

brigitte celerier a dit…

beau, merci.. et voilà qui va flatter ma trop grande tendance à la rêverie ce jour

Gérard Méry a dit…

Qui m'M te suive !!

brigitte celerier a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
brigitte celerier a dit…

commentaire effacé par la stupide Brigetoun ensommeillée à l'aube de dimanche
de Pierre Chantelois
Un mur avec suffisamment d'ouvertures pour voir OU rêver de découvrir cet autre côté qui nous est totalement inconnu.