mercredi, août 21, 2013

Mardi renouer avec quelques L




Météo céleste et intérieure
Pour resserrer les boulons, commencer par les desserrer doucement, vaguer lentement samedi matin, monter sur le rocher l'après-midi, regarder livre, regarder gens, regarder dans le vague lointain, boire en alternance le soleil dardé et l'ombre des arbres, être bien 

rêvasser en quiétude souriante dimanche matin sous le casque humide des cheveux, dos frissonnant délicieusement sous leur serpent froid, suivre en silence, quelques sites et blogs, saluer l'arrivée des cosaques des frontières http://lescosaquesdesfrontieres.com, l'amorce du retour du théodolite http://christinejeanney.net/spip.php?article745 et puis, au cours de petites incursions passagères, puisque sevrage décidé, de belles choses, des moyennes effleurées, et, sur le tiers.livre, la beauté des photos, de l'idée, de la visite de la ferme d'Albert Michel (collection) à Selonnet http://www.tierslivre.net/krnk/spip.php?article1568 et le plaisir fort des fragments de stances d'Agrippa d'Aubigné http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article2377,
aller vers le Rhône, chercher un peu d'ombre, d'herbe, se partager entre le fleuve et Fairy Queen de Cadiot – être bien, parfaitement sereine, envisager de se passer totalement de Paumée, l'accepter en souriant, en conclure que ce détachement ouvrait sur possibilité de reprise... se consacrer à l'antre.
Sous les nuages de lundi, se réveiller avec un frémissement de désir de mots et une belle grosse migraine, se préparer un peu, être incapable de se lancer, même très médiocrement, avoir un peu mal au coeur, penser hiver, regarder printemps, été, automne, hiver.. et printemps de Kim Ki-Duk, se baigner de beauté, de lenteur, de silence, d'amour, et puis pour la xième fois prova d'orchestra de Fellini.

Se réveiller à trois heures et demi du matin, dans une rage du mistral, faire trois tours dans l'antre, se rendormir, miel en bouche... sortir dans une gloire bleue, relever les pots pour les caler ou ligoter à l'heure de la confiture de gingembre, décider de réveiller Paumée, regarder liste ébauchée pour L... faire liste nourritures devant placards et réfrigérateur vides, mettre robe tube sans prise au vent, veste légère aux poches lestées par appareils de photo, et partir dans un fort vent redevenu aimable et vivifiant, jouer des couleurs de légumes, faire provisions de Mona Lisa, sambas et grenailles de Noirmoutiers, ajouter dos de cabillaud.
dormir, profiter de ce qui reste de soleil contre le mur de la cour en lisant Manière de voir (à qui profite le crime), et en tentant de trouver par quel bout prendre vase à venir, se lancer, trop longuement sur Paumée en écoutant un pot pourri de jazz Nouvelle Orléans et de Chicago.

Lecture
Aux petites heures de mardi, j'ai fermé, pour me couler dans le sommeil trop tôt interrompu, les villes invisibles de Calvino sur
On fait trois hypothèses sur les habitants de Baucis : qu'ils haïssent la Terre ; qu'ils la respectent au point d'éviter tout contact avec elle ; qu'ils l'aiment telle qu'elle était avant eux, et que s'aidant de longues-vues et de télescopes pointés vers le bas, ils ne se lassent pas de la passer en revue, feuille par feuille, rocher par rocher, fourmi par fourmi, y contemplant fascinés leur propre absence. 

alphabet
Au marabout, bout de ficelle – en cours l'abécédaire de François Bon (recension avec grossissement des ancres) http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3621, au virtuose et intelligent alphabet renversé de Giovanni Merloni qui a repris dimanche avec P http://leportraitinconscient.com/2013/08/18/p-ou-pion-premiere-partie-alphabet-renverse-de-lete-2013-n-11/ est venu s'ajouter le bel abécédaire des prépositions de Pierre Ménard http://www.liminaire.fr/entre-les-lignes/article/abecedaire-des-prepositions et, curieusement, le sentiment de mon incapacité à faire de même, à l'envisager seulement, a réveillé mon petit abécédaire personnel


lac
n'y pensais pas, les vacances à Publier, au dessus d'Amphion, à la tête de la marmaille et les promenades rituelles en bateau à aubes n'y avaient pas suffi, pas plus que les visites auprès de mon frère du temps où il était dans l'institution d'un si merveilleux et idéaliste suisse allemand, au dessus de Montreux, qui l'a si brutalement renvoyé dès qu'avec l'approche de la puberté, il a posé problème (me souviens d'avoir accueilli sa fille à Paris, étudiante comme moi.. passons) – et puis Dominique Hasselmann, dans le patchwork rétrospectif de ses vacances a parlé le 13 août de son passage au lac Pavin, http://doha75.wordpress.com/2013/08/13/patchwork-in-progress-4/ il y avait des photos des bords du lac, d'un aménagement, de petits pédalos... et à la place s'est imposé ce souvenir, cet émerveillement, l'impression de rentrer dans un monde étrange - il y a 57 ans, je pense - quand, après longue marche avec ce couple qui m'était des parents bis, nous avons débouché sur la crête et l'avons vu, sous nous, régulier, rond, parfait, ou presque - et il n'en était que plus beau - au creux de la solitude et du silence – nous nous sommes assis, l'avons regardé et plusieurs minutes, une éternité, sont passées avant qu'une voix, ne sais plus laquelle, parle de pain, de chocolat et d'eau.


lâcheté
un défaut qui peut-être simplement de la sagesse, vue par les yeux intransigeants de ceux qui ne risquent rien et se nourrissent d'idées, un défaut qui par la conscience que l'on en a est la marque de notre humanité... tant que les autres n'en paient pas le prix... mais l'abomination des abominations quand il est délibéré, organisé, paré de qualificatifs comme prudence et lutte contre ennemis éventuellement nommés terroristes, sans souci de ces fameux effets collatéraux – pensé sous la douche ce matin, parce que la radio parlait des drones – et que les opérateurs, sauf quelques imbéciles, en soufrent, ne légitime en rien la décision de leurs chefs et dirigeants... je sais bien que la première pierre taillée par rapport aux poings, que la première flèche, que, pire, le carreau d'arbalète, le mousquet, etc... ont chaque fois été considérés en leur temps comme une arme de lâche, mais avec cette terreur cachée, imprévisible, et l'éloignement gigantesque qui fait que la frappe vient d'un autre monde, on franchit un palier insoutenable (avec l'espoir absurde de tranquilliser les populations locales)


lame
n'est que mouvement et eau – un creux, un élan, une colline mouvante, inexorablement renouvelée, qui avance en lente ruée incessante, longue ligne qu'incurve légèrement le relief caché sur lequel elle roule dans sa poussée vers la terre, collines qui en heurtant un roc ou en s'approchant de la rive éclatent, se rompent, s'ouvrent en un gouffre d'un vert clair et profond sous la chute blanche de la crête... et quand on regarde au loin cette mouvance imperceptible de tous les bleus, du noir à l'éblouissant sous le soleil
force et puissance, délicieuse crainte des baigneurs de bord de plage, force et puissance, petit défi pour se lancer à l'assaut, corps coulé et bras solides, force et puissance avec laquelle jouent des silhouettes qui volent dessus, force et puissance terribles quand elles deviennent monstrueuses et prennent nom de tsunami, maintenant que nous avons appris le mot – que disait-on avant : enlevé, emporté, détruit par les flots ? - force et puissance, fantasme, image, qui nous sert pour tous nos consentements à une faiblesse désirée.
Reprendre pied, se tenir sur les lames d'un parquet – même si mes plantes de pieds préfèrent le lisse de la terre cuite et sa sensualité - penser lames d'acier, utilitaires ou d'apparat, trempe, décor, tranchant – avoir un goût aussi fort que platonique pour les armes blanches, et une maladresse qui faisait que, dès que je prenais une lame de rasoir pour tailler un fusain, des mains se tendaient, me la prenaient, pour éviter un incident sanglant.

et voilà que je suis plus verbeuse qu'il n'est admissible, et voilà qu'en deux jours la liste des L s'est allongée bien tranquillement... n'en prendre plus que trois, en quelques mots, je me le promets, remettre la suite à demain.

lanternes
celles de nos rues, pour bien affirmer notre statut de ville ancienne (les aime) – celles de la chanson auxquelles nous ne souhaitons plus, sages que nous sommes, pendre aucun de nos décideurs -
et puis la lanterne gigantesque qui déverse sa lumière sur le choeur, qui appelle nos yeux quand nous entrons dans Notre Dame des Doms non éclairée, notre regard rebondissant le long de la nef et des taches de lumière tamisée que laisse passer la tribune qui masque les fenêtres, vers l'autel, montant le long des trompes, de la fresque presque effacée, jusqu'au cercle de petites fenêtres à arcatures sous la coupole

larme
le délice des larmes quand nous décidons de nous y laisser aller (pour moi c'est grâce à quelques films, avec cette conséquence exaspérante que n'importe quel film vaguement sentimental les déclenche automatiquement, en public, même quand je me moque absolument de ce qui se passe sur l'écran), seuls, après coup... la bienheureuse absence de larmes sous le choc, et quand, dans une douleur partagée, nous nous devons aide et soutien
et puis, dit-on, les larmes de bonheur... je ne dois pas être assez réservée pour elles. Il y a bien aussi les larmes du fou-rire.

lavoir
parce que j'aime le mot, parce que j'aime le souvenir de lavoirs de temps très anciens, de l'eau savonneuse dans une rigole à travers l'herbe, des gros pains de savons, des seaux lourds de linge humide, des bras tendus pour le pendre sur des fils, des pinces que j'ai vu passer du bois à la gaieté des couleurs du plastique, et parce que tout cela est dans une brume presque légendaire
Et, bizarre ou non, cela me permet de récupérer le mot de fruitier - la pénombre, les claies, les odeurs - que j'avais oublié, sous prétexte d'une parenté pas si vague que cela.

10 commentaires:

Chri a dit…

Riche retour pour notre bonheur!

Anonyme a dit…


Enfin!!!
Vous m'avez manquée.

Anonyme a dit…


....manqué ...oui...et sans "e" à la fin ;)

jeandler a dit…

Au mitan de l'abécédaire, les L prennent leur envol. Position confortable dans la liste, rarement pointé lors des interrogations. Mettre dans le mille est rare.

JEA a dit…

Jean-Claude Pirotte :
- "La littérature ne tient qu'à un fil et le fil est absent..."

mémoire du silence a dit…

Quel beau glossaire du rêveur vous nous offrez là.
Une tendresse pour le lavoir.

│ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ AVIGNON │ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ a dit…

Dans le journal poétique d'une avignonnaise, L c'est toi.
(et le chocolat, c'est moi, bien sûr. :D)

L aime, sans aucun doute.
(haine au PQ est restée... :D)

o_O

arlettart a dit…

Les mots sont tellement différents, pour chacun et leur impact fait réfléchir

Pierre R Chantelois a dit…

Il y a tant de noms sous la lettre L. Il y a tant à dire sur L. Il y a tant à dire sur Lui. Lui et L forment un beau couple.

Gérard Méry a dit…

..Un bruissement d'L aujourd'hui