mardi, septembre 03, 2013

Lundi - revient longuement l'alphabet avec quelques s


météo
un ciel bleu, trois pots renversés, un reste de vent – un tour sur internet, un programme qui se dessine, agence immobilière pour se débarrasser du loyer, banque, mais zut ! pas pris rendez-vous, alors juste faire le point avec la guichetière, et puis il faudrait finir le choix des abonnements spectacles, mais budget avant, va être serré, provisoirement serré, et puis je voudrais... un sourire, ne pas oublier que tu as de la chance – un peu de courrier qui traîne, pas facile, et trois textes (bon pour un, celui des vases se borner à relire en évitant de penser qu'il faut tout recommencer et pourtant..), et il y a ce texte de Maryse Hache http://www.publie.net/fr/ebook/9782814507326 qui touche si juste, dont je viens de lire quelques pages, besoin de continuer, les souvenirs – pas tout à fait aussi fort comme situation - ne sont pas une gêne...
sortir chemise rouge pour se dynamiser et s'en aller.
Rues ensoleillées, tranquillement actives, gens aimables, encore détendus, programme rempli, mais calcul forcené en cours dans le crâne en arrivant un peu avant l'ouverture des portes devant l'opéra, sourire grimaçant devant l'amorce de file... on verra un autre jour, d'ailleurs il faut resserrer le choix.

Lecture
J'ai commencé dans la nuit Muette d'Éric Pessan, parce que j'avais bien aimé ce que j'ai lu de lui, et son précédent roman Incident de personne, parce que Christophe Grossi en avait très bien parlé sur plusieurs billets de déboîtements http://deboitements.net/spip.php?article441 et le suivant, je crois, mais je ne veux pas les relire maintenant, je me suis appliquée à les gommer pour que ma lecture n'en soit pas influencée... et ma foi, malgré cet effort, suis entrée dans l'histoire de Muette, la jeune fille fugueuse, en accord attentif avec les mots, avec cette façon d'être hors d'elle, au plus proche d'elle, et en elle qui recompose les phrases de ses parents, presque en même temps.. au moins pour ces 85 premières pages – je ne vois guère ce qui pourrait changer cela pour les cent et quelques suivantes
Muette voit les uniformes dégoulinants, les visages sévères et irrités, l'eau qui détrempe le pelage des chiens, les hommes qui battent en retraite, vaincus par le ciel, vaincus par une seule averse,
elle aura notre mort.
Ils s'envoient des messages radio, déclarent qu'ils renoncent, qu'ils ne trouveront rien...
L'image ramenée de mon cheminement matinal vient heurter ce fragment, mais l'aime bien - la garde.

alphabet
J'ai repris la liste préparée qui, malgré que j'en ai, a encore grossi pendant cette interruption, me suis maudite – je vais finir par décourager mes gentils derniers lecteurs – l'ai scindée en deux pour les s, l'ai scindée en deux pour les t, on verra pour v, pour le reste je m'interdis de laisser se garnir ce presque vide.
Or donc :

sacs
poubelles, une présence incontournable dans les rues avignonnaises, civilisés comme ceux-ci (si ce n'est leur présence avant l'horaire officiel qui est joyeusement transgressé par la plupart) ou, avec des exceptions qui sont alors d'un aspect tout spécialement sauvage, dans mon quartier (mais nous respectons l'horaire), nettement plus anarchiques parfois, permettant à Avignon de rester la ville de trop de cailloux, trop de vent, trop de saleté que Pétrarque voulait fuir.
Bien entendu il est d'autres sacs, comme les grands, généralement bleus, qui débordent de gravats sur les chantiers bien tenus, et puis, tout de même, ceux, plus élégants et portatifs, que l'on nomme sacs à mains même quand les pendons à une épaule, et dans lesquels se glissent, pliés, les sacs de commissions.

Savons
je reste très matérielle pour ces s, mais les voulais parce que je les aime : les gros pains, les feuilles, de savon de Marseille, leurs différents coloris selon la composition, leur surface luisante et lisse, la matité un peu grenue des savons d'Alep, et les petits savons au miel... j'en ferais, j'en fais, collection, une collection en constante évolution pour cause d'usage. (je suis femme antique, et n'ai pas de machine à laver...)

scintillement
parce que le mot est joli, parce qu'il me fait penser à des yeux d'enfants – et je regarde sévèrement la qualité de ce qu'on met parfois sous ces yeux, au risque de les attacher au médiocre.
parce que j'avais cette photo et que oui, le soleil, avant de s'en aller jusqu'au lendemain, nous offre, s'offre, le plaisir d'un scintillement.
Et puis ça fait une petite pause avant

de retrouver le prosaïsme des seaux,
le souvenir de l'arrivée des premiers seaux et cuvettes en plastique, le silence, la légèreté, les couleurs... et le plaisir de faire de nos vieux compagnons métalliques l'objet d'une nostalgie, d'une forte et charmante nostalgie, en les cantonnant soigneusement à ce rôle.
Nostalgie que nous attachons à leur souvenir alors qu'en vérité c'est regret de ce monde ancien qui est celui de notre enfance, de notre jeunesse, regret qui englobe pêle-mêle des goûts qui nous semblaient plus naturels et ce que nous serions bien marris de retrouver, le bon et le pire, le lait mousseux en bidon, les ardoises et ces portes-craies qui se coinçaient, les pains de glace sous des serpillières dont on achetait un morceau pour la glacière (et le souvenir joyeux et vague du vendeur, de sa carriole, de sa trompette), l'horreur des toilettes à la turque, etc... regret renforcé peut-être par la laideur de ce nouveau temps, des premiers plastiques, du linoléum, de l'orlon des chandails qui boulochaient presque avant le premier lavage etc.. et du fait qu'ils étaient réservés à des objets considérés comme de mauvaise qualité, de mauvais goût, populaires..


sérénité
le prononcer, ce mot, le contempler, en révérer le sens, se dire qu'il ne faut pas se décourager, qu'on y arrivera un jour, qu'il suffit peut-être de l'essayer, et malheureusement en rester là ou se détourner en chemin, le prolonger ce chemin par des méandres incessants, avec des bifurcations qui nous éloignent de l'effort, parce que vont vers des visions, idées si tentantes.

photo prise lors de l'installation de Sophie Calle aux Célestins en 2012

serpe
pas folle de l'avoir noté ce mot ? surtout si tu suis cette tendance tienne, ce jour plus que jamais, à la logorrhée sans sens.
Je ne me souviens plus pourquoi... pour la serpe d'or dans le ciel de je ne sais plus qui, pour celle de Booz – avait-il une serpe, ou ses ouvriers ? les vers qui précèdent les deux derniers se sont évanouis, mais cela n'empêche qu'il m'est venu à l'esprit – pour le souvenir du travail de ce vieil homme que j'aimais bien sur ses restanques, et parce que l'objet est beau entre tous les beaux outils de la terre.

Silence
le silence discrétion que nous promettons, ou tenons sans qu'on nous le demande parce que cela semble évident, parce que nous le devons, et ma réticence devant l'idéologie du tout dire, fusse-ce sans l'accord des intéressés (ça ne s'applique pas bien entendu aux actes qui blessent, qui lèsent autrui)
l'absence de bruit, ce merveilleux silence, et la crainte ou presque qui nous vient quand le rencontrons, surtout la nuit, le silence absolu qui est devenu si rare...
l'absence de bruit, de musiques sans but ni choix - celles que l'on met au pluriel - qui nous est indispensable, et je fuis les ascenseurs, les magasins etc... envahis de sons qui veulent nous mettre de bonne humeur et qui m'exaspèrent et m'enlèvent toute envie de m'attarder.
Le silence que j'aurais dû faire régner ici, sur ce billet, parce que, pour si peu d'idées, cela fait beaucoup de phrases, ou de bout de phrases... tant pis, je continue

sieste
chut, se taire, juste le plaisir immense d'y avoir enfin droit... et la place de plus en plus grande qu'elle prend

soirs
la splendeur que je ne vois pas depuis l'antre, à l'horizon inexistant de la cour, mais quelque chose dans l'air, dans une légère décrispation, dans une lumière qui devient neutre comme par discrétion avant de disparaître, me l'évoque, et je suis dans son plaisir, dans l'idée de ces chatoiements qui accompagnent la descente vers l'univers de la nuit (même s'il n'y avait pas toutes ces photos mises en ligne à ce moment là que je découvre quand je suis devant mon écran)

sol
trop ou rien à en dire – la terre, une argile glissante, des graviers, un tapis de feuilles qui entravent et bruissent, le macadam et mes orteils nus se crispaient pour fuir le contact, le sable où le pied s'enfonce et qui brûle sous le soleil, un marécage où l'appui nous fuit, le marbre, les dalles de béton, la céramique, les tomettes et leur tiédeur sous la lumière, les lattes rêches un peu disjointes, les parquets nobles... stop, ne garder que l'idée de solidité, tenter de garder les pieds bien plantés dessus... et mettre un point final à ce jour.

11 commentaires:

Pierrre R Chantelois a dit…

Du silence matinal au crépuscule du jour, un monde se déroule autour de nous, nous faisant ainsi apprécier la solitude nocturne

jeandler a dit…

Savantissime. La science sereine en ce dico poétique, si personnel et loin des idées reçues.

Dominique Hasselmann a dit…

Pour qui sont ces "s" qui sifflent sur nos têtes... symboles multiples, sensations variées, syllabaires secrets (et ici bien serrés dans un miroir)...

│ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ AVIGNON │ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ a dit…

Ces S sont ici, ça c'est sûr.
Demain on laisse l'S.
o_O

brigitte celerier a dit…

ben non, j'en ai 10 - bon là je les laisse réfléchir - réveillée du mauvais pied - attendons

JEA a dit…

Cioran :
- "Souffrir : une façon d'être actif sans faire quoi que ce soit..."

brigitte celerier a dit…

le 11ème - non je crois que vas le censurer - danger

arlettart a dit…

Et le sossotement SSSSSS au bout de la langue qui donne un air si naïf aux mots les plus durs
cette coquetterie de langage

arlettart a dit…

Re... en ouvrant un Philippe Jaccottet je tombe sur
"LA SERPE DE LA LUNE AU DESSUS DU PORTAIL"
Pensées

brigitte celerier a dit…

c'était peut-être lui... ou pas, dans mon souvenir vague

Gérard Méry a dit…

Le S nous viendrait il de la gauche plurielle