vendredi, octobre 25, 2013

Cheminements de ces jours sous lumière morte, et ballet dans la nuit


Suis allée, tout doux, toute quiète, jeter journaux, papiers et bocaux aux remparts. Ai renoncé, toute sage, à me servir dans ce coffre ouvert dans le désert de la rue, mes tomates sont plus belles et je ne mange ni de ce pain là, ni d'ailleurs de pain du tout (sauf petits toasts pré-grillés le matin depuis que suis ici)

J'ai salué, humblement, l'entêtement de la verdure agrippée aux pierres, lui ai caché sa prochaine mort,
et puis m'en suis allée, comme la veille, cheminer un peu dans la ville, sans grand but ce jour, si ce n'est le besoin de me servir, tout tranquillement, presque en décomposant les gestes, de mes jambes,

toisée avec réprobation,

absoute par la tendresse heureuse, l'innocence, la pitié infinie
(et j'espère que votre indulgence pour mes sottises, et la qualité des images qui sont un peu floues, comme moi en ces jours, sera à même hauteur)

Dans l'après-midi le ciel a retrouvé lumière, azur radieux, quelques nuages ourlés d'éblouissement – ai lu, un peu, vaqué, un peu, vécu, attendu le soir.

En prenant mes abonnements, au mois de septembre, j'avais dû faire des calculs serrés, et négliger la danse, qui ne me tentait que très partiellement, mais je suis passée depuis à l'opéra prendre un billet pour le ballet Preljocal (que je n'ai jamais vu danser, assez incroyablement, mais il n'a été programmé, au temps de mon amour pour la danse, ni au Chatelet, ni au Théâtre de la Ville, ni à Bobigny, à la Cité Internationale ou à Créteil – là c'étaient plutôt des étrangers – ni bien entendu au Centre National de la Danse, l'était un peu trop consacré)
J'avais cherché et regardé, dans l'après-midi, sur Youtube, des vidéos des ballets programmés

Ai grimpée ma petite côte, esprit en attente, un peu navrée de n'avoir eu de place qu'au parterre (ce que je déteste, petite suis, j'aime dominer) et au onzième rang, sur un strapontin bin trop près du sol pour moi..

En première partie :Royaume Uni, d'inspiration hip-hop, qui a été créé pour et par des jeunes filles des «cités»
et qui est maintenant repris par des danseuses de la compagnie – une belle fusion.
S'ouvre sur un univers bleu, les lents mouvements des danseuses, comme des naïades dans l'élément originel – assises, immobiles, jambes écartées sur leurs cadres de fauteuils dans un éclairage ocre rose, une main qui bouge lentement, un geste qui entraîne la danse etc... de légers décalages, parfois, dans leur danse, qui dessinent le rythme, des passages de danse pair, impair, une alternance entre un rythme énergiquement marqué et de lentes danses coulées, un mélange de sensualité et de malice – et un très beau travail des lumières. 

et donc, après l'entracte, la reprise de son sacre du printemps
J'avais aimé ce qu'il en disait :
Réunissant le clan autour d’une pulsion somme toute biologique, le Sacre du printemps nous rappelle qu’aussi loin qu’iront les hommes et les femmes dans leur quête spirituelle, culturelle ou intellectuelle, ils ne cesseront de buter irrémédiablement sur cette faille.
Comme l’évoque Pascal Quignard dans Le Sexe et l’effroi : «Nous transportons avec nous le trouble de notre conception. Il n’est point d’image qui nous choque qu’elle ne nous rappelle les gestes qui nous firent»
et, pendant toute la première moitié, et un peu plus, j'ai tenté de refouler ma petite déception (et je m'interdisais de penser à la re-création, reconstruction, de la chorégraphie de Nijinski pour les cent ans du Théâtre des Champs Elysées, que j'ai regardée via Arte, sans que l'idée fantasmée que je m'en étais faite ne se fane) – me trottait en tête un petit refrain «un Sacre qui manque furieusement de sacré», pendant que je regardais, avec plaisir, la montée de sève dans ces jeunes gens, fort peu soucieux de celle de la végétation, un très esthétique mélange de rapt-des-Sabines, West Side Story et cabaret érotique.
Et puis il y a eu un peu plus du tiers, à la fin, beau, vraiment, violent, où la communauté était bien là, les frappes du sol par les corps allongés, la cohésion venue, le plaisir d'admirer et la superbe danse déchaînée, guerrière, de la jeune fille nue.

Enthousiasme de la salle, un rien plus modéré chez moi, qui gardais un peu, rodant dans mon esprit, la saveur de mon détachement indifférent devant le début.

Retrouver la nuit, la place,

redescendre, le long des restaurants qui s'apprêtaient à fermer.

10 commentaires:

Francis Royo a dit…

Surprenant, vous imaginais plutôt grande... Le talent sans doute.

Fidèle lectrice a dit…

Je garde une grande affection pour Angelin Preljocal qui fut un des premiers artistes à s'opposer au FN à la fin du siècle dernier (eh oui, déjà...)

Elise a dit…

Bayonne 92, un abonnement Scène nationale composé au hasard, et le choc, 13 danseurs, vendredi 13 novembre, "La peau du monde", pas de sensibilité particulière à la danse, c'était au-delà, remuée jusqu'aux tréfonds, une gratitude pour ce chorégraphe qui m'ouvrait un monde, une langue, émotion retrouvée de courts instants seulement par la suite sur d'autres spectacles mais retrouve-t-on une émotion, puis "Annonciation" au Zénith de Pau (salle inhospitalière au possible) et à nouveau ce tout qui comble et font se déserter les mots

brigitte celerier a dit…

1m60 en ma jeunesse dressée sur mes ergots - un bon peu en moins auourd'hui

Dominique Hasselmann a dit…

Ballet des photos et des mots : l'opéra opéra.

brigitte celerier a dit…

Dominique - opéra curieusement l'opéra - migraine et nausées aujourd'hui (plutôt vaccin sans doute)
fidèle lectrice : en fin de siècle dernier l'était pas si en avance que ça alors ! et là c'était le chorégraphe qui m'intéressait
Elise - j'ai sans doute trop de comparaisons en tête, mais j'avoue beaucoup aimé la fin

Pierre R Chantelois a dit…

Il faut que la tête et les idées soient complètement au service de l'art que nous visitons. Je vous admire. Automne froid par chez nous. ;-)

arlettart a dit…

Vite regardé mon abonnement théâtre Liberté pour aussi un ballet de Preljocaj en Février "Ce que j'appelle oubli" crée la biennale de Lyon en 2012 (à suivre )
Curieux l'emplacement de cette Piéta

Gerard a dit…

Ta dernière photo ressemble aux peintures d'Edward Hopper

brigitte celerier a dit…

merci - en beaucoup moins net