mercredi, novembre 06, 2013

Été démonté, grèves des yeux et sociétés révolutionnaires


Trottiner dans le blanc qui précédait de petites averses - teinturier, provision d'huile, de mélanges d'herbes, de miel de châtaigner, de confitures et de moutardes parfumées..

place de l'horloge on dépose et range l'été... les baraques de Noël vont sans doute suivre, déjà.

Paupière tressautante, oeil qui pleure, vision légèrement floue, ai décidé de limiter la lecture - écoute quiète de musiques ou, moins quiète parfois, des débats aboutissant au rejet par le sénat de la réforme des retraites (mais l'ouverture imbécile à la retraite par points)...

avant de partir dans la nuit, plus froide, bien plus froide, que je ne le pensais,

vers l'auvent, la belle conque rouge et grise de la salle du Capitole, rénové il y a trois ans pour lui rendre son style et sa beauté d'antan, et qui annonce qu'il va fermer ses portes à la fin de l'année (pas de place pour trois cinémas de centre ville – l'Utopia jouant dans une autre catégorie)
pour une projection de la nouvelle Babylone film de Grigori Kozintsev et Leonid Trauberg, daté de 1929, avec l'exécution, par l'orchestre de l'opéra, de la musique que Chostakovitch a composé pour lui.

L'orchestre entrait dans la salle par la même porte que le public, s'affairait, venait parler avec leurs amis de premiers rangs, une joyeuse ambiance de fête presque familiale. Ai rencontré (ou plutôt ai été abordée par) Nathalie Guen, l'auteur de Smouroute.
Une petite présentation, et le film, fresque épique de la Commune de Paris où passe l'histoire de deux personnages que tout devrait rapprocher et que l'histoire va séparer, une vendeuse du grand magasin qui donne son nom au film la Nouvelle Babylone fortement inspiré du Bonheur des dames que son directeur invite à un bal (celui où on apprend la défaite des troupes), symbole du peuple pauvre et travailleur, attirée par la révolution, plongée dedans, jusqu'à en mourir fusillée, et Jean un soldat qui prend la décision de partir à Versailles pour pouvoir ne plus se battre et rentrer dans son village, bien qu'il soit tombé amoureux d'elle, beau et relativement fruste, capable d'entêtement, ou d'avoir l'air parfaitement égaré lorsque l'amour ou les remords tentent de le faire évoluer, rejeté par la bourgeoisie triomphante et qui finit par creuser la tombe de sa belle.
Société de classes, révolution, la commune comme l'ancêtre des soviets.. (en simplifiant ce que disait Marx dans la guerre civile en France pour en faire un bel objet de propagande)
La fin de l'époque bouillonnante des échanges entre cinéastes, des théories, des manifestes etc... (1929 année de l'homme à la caméra de Dziga Vertov, deux ans après octobre d'Eisenstein) avant que le pouvoir de Staline se fasse plus pesant.

J'avais découvert, lundi soir, l'existence sur Daily Motion de quatre vidéos reconstituant l'ensemble du film - mais bien entendu :
- c'est long
- ce n'est pas exactement la même chose qu'un grand écran et un orchestre...
Pourtant, pour garder ici une idée de la force des images et de leur rapport avec la musique, le premier quart

Des souvenirs de Zola et de la peinture française du 19ème siècle. Un superbe expressionnisme des images, et un montage rythmé en accord avec la musique de Chostakovitch, qui n'a été jouée qu'une fois en 1929, avant d'être reprise un demi-siècle plus tard, parce que jugée trop avant-garde, irrespectueuse envers le sujet – mélange de musique savante et d'évocations presque littérales du Ça ira, de la Marseillaise, du cancan et d'Offenbach – et trop ardue pour les orchestres de salles de cinéma. . L'une des premières partitions pour un film muet. En rapport libre avec l'image, créant une tension entre image et son.

Chostakovitch dans Sovietski ecran n°11 de 1929 : .. je ne me suis laissé guider que le moins possible par le principe de l'illustration obligatoire de chaque plan. J'ai avant tout pris comme point de départ le plan le plus important dans une série.. Ainsi, à la fin de la deuxième partie, où le moment principal est l'assaut de Paris par la cavalerie allemande. La partie se termine sur le plan d'un restaurant vide, le silence est absolu. Bien que la cavalerie allemande n'apparaisse pas encore sur l'écran, la musique amène le tableau de la cavalerie, évoquant ainsi la force menaçante qui approche. J'ai procédé de même dans la septième partie. Le soldat fait irruption dans le restaurant empli de bourgeois fêtant l'échec de la Commune. Sans se soucier de la liesse qui règne.. la musique part des émotions sombres du soldat qui cherche sa bien-aimée condamnée à être fusillée. Le principe du contraste y est largement exploité. Le soldat... sombre dans le désespoir. Mais la musique exulte toujours plus jusqu'à se décharger finalement dans une valse «obscène», turbulente, représentant la victoire des soldats versaillais sur les communards.
Ce qui n'empêche que montage et musique sont souvent en parfaite osmose dit Brigetoun qui était plutôt ravie. (et sentait frémir en elle la dernière barricade bien plus haute que celle du film, rue de la Roquette, un peu en dessous de chez elle, et pensais que beau temps il y a que ce peuple se fait rare à Paris, même dans ce quartier)

Laisser l'orchestre entamer le repli, après les applaudissements

et rentrer dans une nuit que trouvais un peu moins horriblement fraîche.

5 commentaires:

Isabelle Pariente-Butterlin a dit…

Que ces images sont belles qui traversent les saisons et le temps …

Dominique Hasselmann a dit…

Musique + écran : belle idée que de les réhabiliter ainsi.

Espérons que le Capitole ne fermera pas (quand une salle de cinéma ressemble à ce qu'elle était, on dirait que ça gêne : que fait la maire ?).

brigitte celerier a dit…

déjà financé la restauration
plaide auprès propriétaire (qui table sur celui qu'il a au Pontet)
cherche façon de faire vivre (déjà un devenu théâtre mais pour les comiques parisiens de passage, et les théâtres avignonnais de "vrai théâtre" à part deux ou trois ont du mal à survivre en hiver

cjeanney a dit…

Merci Brigitte ! (encore et toujours des ouvertures sur Paumée que je prends avec reconnaissance)

Danielle Carlès a dit…

Les mots de Chostakovitch iraient bien pour parler de la traduction (oui je suis un peu monomaniaque en ce moment), la belle réflexion que ça amène. J'aurais adoré voir ce spectacle. Merci de moi aussi.