dimanche, novembre 24, 2013

Honte à moi


Ciel qui a blanchi, vent que je croyais tombé, penser, paresseusement cependant, aux ateliers que des artistes veulent bien ouvrir aux visiteurs ce week-end, me dire que je ne veux rien acheter et que ma présence, en elle-même, a peu de chance d'être plaisir pour eux, être dans la défiance de ma gueule, faire le tour des noms, des adresses intramuros, décider de me limiter, à un ou deux, parce que ce que j'en vois me plaît, mais, avant, comme plus n'ai de patates, de consacrer la matinée à une incursion vers les Halles.
Mettre canadienne, bottes, pantalon de velours, gros chandail rayé et petit bonnet à côte, collé au crane, sévère, mais gris, pas rouge, prendre couffin et constater en route que le vent n'est pas si nul que cela, avancer presque guillerette jusqu'au trou, au vide soudain, à la fatigue terrassante qui me tombe dessus en sortant du vent, en entrant sous le couvert des halles, sous les étages d'automobiles, comme si me pesaient dessus.

Me cramponner à ma volonté, et à ce que je peux d'autre, acheter un kilos de bintjes, un peu de grenailles de Camargue, un petit bout de dos de cabillaud, un rouget, deux filets de bar, et pendant que je choisis des légumes, en pensant poids, en pensant trajet de retour, en me gendarmant contre ma stupide faiblesse, rencontrer, piapiater gentiment avec un bonnet à pompon, avec plus exactement une aimable et amicale éditrice.

Sortir place Pie et voir le vent déchirer le ciel.

Organiser la petite charge dans le couffin, décider que, non, tant pis, je délaisserai les ateliers où ils ou elles attendent visite.

Voir voltiger les feuilles bousculées par des rafales brèves,

et le temps de caler mes jambes, de saisir appareil, me retrouver devant espace immobile et presque complètement dé-feuillé.
Mettre gants, affermir main sur anses, avancer.. découvrir – n'y avais pas fait attention en longeant le bout de la place à l'aller – que certains des chalets sont ouverts, en tombant face au premier, celui d'un producteur d'olives et d'huile, poser couffin, goûter huile, aimer, avoir envie d'un bidon de trois ou de cinq litres, mais ne pas pouvoir, dire je repasserai, apprendre qu'ils ne sont là, tous, que jusqu'à la fin de l'après-midi, regretter, ne vraiment pas pouvoir...

aller jusqu'à la civette, craindre la force, trop grande pour moi ce jour, du vent au coin de l'opéra, et redescendre vers la rue Saint Agricol, moins énergiquement balayée, à travers l'allée centrale,

longer viticulteurs, charcutiers, mais céder, pour le plaisir, devant deux petits pots, un de miel de Gault et un de confiture de poire au monbazillac (à une petite vieille comme moi, mais toute ronde, qui donne envie de goûter, comme si ses confitures devaient lui ressembler)

faire grosse platée de pâtes très enrichie pour regagner chairs, dormir, écouter ce qui sort de France Musique ou France Culture au fil de l'après-midi, lire lentement, avec bonheur, me dire suis ok, ramasser feuilles de la cour et me replonger dans les contes Kosaks de Sadyk-Pacha, pour digérer le texte, condenser, essayer de redire à ma façon l'histoire des fils de la saroste pour «les cosaques des frontières» http://lescosaquesdesfrontieres.com/ et, seigneur, que cela m'amuse...

12 commentaires:

Claudine a dit…

se promener dans les vignes de Montbazillac, il y a une allée de cèdres du Liban...

Pierre R Chantelois a dit…

Parfois il faut sustenter le corps avant de satisfaire l'esprit. Et vos choix nous ont donnés une belle rubrique gourmande ;-)

arlettart a dit…

Artistes exposants ou artistes faisant
ton parcours bousculée par le vent est des plus artistiquement réussi

mémoire du silence a dit…

Quel bonheur toujours de vous suivre, que le ciel soit bleu ou gris, le vent gentil ou bien fripon, vous suivre est un régal...
et grand merci pour la découverte de Emmanuel Ceysson (quel talent)

Dominique Hasselmann a dit…

chalets... comme en hiver. Toujours pas de neige ?

brigitte celerier a dit…

pourvu que ça dure !

cjeanney a dit…

Il s'avère que maintenant j'ai faim) (et je crains le vent) (c'est comme si j'y étais) :-)

brigitte celerier a dit…

et l'idiot veut absolument entrer dans l'antre

jeandler a dit…

Penser à investir dans un caddie : cel met de l'huile dans les rouages.

brigitte celerier a dit…

euh non : n'arriverai pas à le hisser jusqu'à l'antre, et ne saurais où le mettre dedans

Anonyme a dit…

Encore une belle promenade .
allearome

Gérard Méry a dit…

http://www.youtube.com/watch?v=InS3uEcLfbc