mardi, novembre 26, 2013

dans la rue et dans l'antre


mais, dimanche, dans la rue de la petite fusterie
dans la rue qui coupe le vent
j'ai rencontré une musique en cage
un petit joueur de flûtiau, appuyé à une barrière de bois,
une barrière entre lui et la chaleur, l'aisance d'une maison très civilisée,
les pieds dans la rousseur pâle des feuilles et copeaux -
il jouait, concentré dans son souffle et les notes, jusqu'à s'effacer
et suis restée, un moment, couffin à terre, cherchant les volutes que dessinait sa musique, mais ne pouvais l'entendre, moi, fixée dans le froid minéral par la vitre et la grosse grille


mais dimanche, dans la rue de la petite fusterie
dans la rue qui coupe le vent
j'ai voulu entrer dans une cage,
une belle cage baroque, au milieu luxueux d'un bric-à-brac
devant un miroir un gloire, contre une lampe de bronze
dans cette cage comme un palais miniature, se percher avec les oiseaux huppés,
et nous aurions parlé d'une forêt humide et chaude
mais j'étais bien trop grande, bien trop grosse
n'ai su que les noyer sous mon reflet brouillé
les rejoignant dans l'effacement

Mais, comme lundi, le vent, dont on dit qu'il ne soufflait plus qu'à un peu moins de soixante km heure, lançait des rafales qui, dans la cour, ébranlaient la table, promenait de gauche à droite la cuvette bleue vouée au trempage de la terre, donnaient de temps en temps de la voix avec véhémence, voulaient entrer jusqu'à faire tomber des bouts de plâtre le long du chambranle de ma porte-fenêtre, je suis restée dans l'antre, j'ai poussé devant l'ouverture la provision de patates, je me suis lavé les cheveux

et pour me réchauffer j'ai étalé, dans le plaisir de cette grasse senteur, de la cire sur tous les bois que trouvais,

j'ai frotté les meubles jusqu'à transpirer, et tant avais étalé de cire que l'odeur m'a incommodée et que j'ai dû retirer les patates, laisser le vent jouer avec l'ouverture, faire entrer l'air en poussées, et ramasser les feuilles qui pénétraient avec lui..
et puis le jour a passé, en lectures, musique et petites tâches, un peu de bagarre souriante avec les mots, aussi.

9 commentaires:

Pierre R Chantelois a dit…

Les travaux manuels ont parfois le don de reposer l'esprit. La fatigue physique vaut bien la fatigue morale, n'est-ce pas? ;-)

Dominique Hasselmann a dit…

Odeur de la cire... Internet réussit des miracles !

arlettart a dit…

Que de voiles et de barrières et de grilles à franchir pour accéder au petit flutiau
Il te faut devenir "Alice "

cjeanney a dit…

on dirait un chapitre méconnu d'Alice au pays des merveilles :-) (c'est beau)

│ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ AVIGNON │ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ a dit…

FusTErie !!!

:D)

brigitte celerier a dit…

oh fan ! oui qu'est ce qui m'a pris ? merci Michel

tanette2 a dit…

Une jolie rencontre avec un petit joueur de flûtiau !

Gérard Méry a dit…

tu te déguises ...en caustique ?

ana nb a dit…



superbe photo avec cage