dimanche, novembre 10, 2013

Un samedi dans le bleu


Hésiter très brièvement entre tractage pour la future campagne municipale et une vente aux enchères (un peu perplexe sur ce que pourrais) pour permettre au Centre Européen de Poésie de perdurer – et partir, en petite forme pour la rue du Figuier, dans un air frais, presque immobile et lumineux.

Avoir un peu mal au pied, sentir le poids des jours sur moi, marcher yeux dans le bleu, trouver un air de jeunesse fraîche aux dernières feuilles d'une branche qui se dépouille,

croire entendre chanter doucement le mélange de brun, de roux et d'or du platane de l'école de la rue des Ortolans

Nous n'étions que quelques uns, errant dans un silence courtois entre les murs du Centre. Brigetoun assez perplexe, quelques envies devant des livres d'artistes qu'elle jugeait hors de ses moyens, quelques non devant certains lots, une admiration de principe devant les étuis fermés de grands livres pour bibliophiles, l'amusement devant une sculpture machine à écrire.

Me sentais de plus en plus lasse, me suis réfugiée dans la partie librairie, 

ai souri à l'idée absurde d'emporter un des hommes en papier de Christian Roger, ai attendu, murmuré un bonjour et peu à peu les conversations sont arrivées pour meubler l'attente un peu perplexe alors que l'heure prévue pour le début de la vente commençait à s'éloigner.
Les premiers lots (un petit coup de coeur pour un grand livre - je n'ai pas compris le nom de l'auteur - des gravures sombres et somptueuses, estimé à 1.200 euros) sont passés dans un silence admiratif. Nous avons fait signe en même temps, la jeune femme de la librairie La mémoire du monde et moi pour une gravure, et je me suis retirée. J'ai retenu le lot suivant, et comme nous étions toutes les deux candidates pour un dessin de Sylvie Durbec, elle me l'a laissé, sans que nous fassions monter les enchères, ne le pouvant guère ni l'une ni l'autre.
Peu à peu chacun a fait son choix, j'ai laissé partir les trois piquets de tente touaregs, le livre pliage qui m'avait plu – j'avais «fait ma force» - les très beaux livres sont restés, les personnages en papier aussi et la machine à écrire (l'aimais bien, ne voyais pas où la mettre, ne m'imaginais pas la portant), une grande photo, pas mal d'oeuvres et des lots de livres qu'il reste possible de venir acheter pour les fêtes, ô avignonnais qui passeraient sur Paumée – il manque encore un peu plus de 1.000 euros.
J'ai ajouté un des exemplaires du puzzle édité en 1988 pour un portrait de Georges Perec, et, hors vente, un recueil de poètes palestiniens.

Retour en forçant chaque pas,

trouver place pour mes achats - Echappés à vélo d'Agnès Levy

Sylvie Durbec

puzzle Perec
résister à l'envie de jouer - faire cuisine et m'effondrer.

Ai renoncé à aller écouter du Couperin en fin d'après-midi à Saint Martial.
Me suis promenée un peu avec les poètes palestiniens (de très belles choses),
Je m'assois maintenant devant toi
avec tous mes arbres
toutes mes pierres
les lunes et fleurs des fenêtres
dont j'ai rêvé
avec tous mes poèmes
les lettres de mon nom
et cette mer qui me submerge...Ibrahim Nasrallah (au hasard, enfin presque).

 À la nuit tombée, j'ai pris du magnésium, remis mes bottes, enfilé la robe de vendredi soir et un manteau et m'en suis allée
vers le théâtre des Carmes, pour écouter rencontre des voix un concert donné au profit du M.R.A.P. avec
le Chœur interculturel Ibn Zaydoun, dirigé par Moneim Adawan (qui accompagne au oud), dans des chants traditionnels du Moyen-Orient, du répertoire arabo-andalou du 12ème siècle et des poèmes de Mahmoud Darwish et Ibn al'Arabî sur des compositions originales de Moneim Adawan.
Étrange cette gazelle – lorsqu'il apparut – je vois ce que je veux – ne peux tu éteindre une seule lune -
l'amour m'a laissé perplexe – Rosana – Ala la wou la la
du full et du jasmin – ô belle fille désaltère
la coquette – notre voisine la lune – le rossignol
et, en seconde partie, enchaînant sans entracte, le Choeur du Lubéron, dirigé par Johan Riphagen, chantant a capella Camille Saint Saens (calme des nuits – les fleurs et les arbres), Claude Debussy (Dieu qu'il fait bon la regarder), Alphonse Diepenbrock (chanson d'automne – Wandrer's Nachtlied), Henrik Andriessen (sonnet : amour qui a son règne) – Rudolf Escher (sonnet : ciel, air et vents) – Joseph Riphagen (Mignonne, allons voir si la rose) - Veljo Tormis (Röntyska III) et Kodaly Zoltan (Matrai kepek)
Choeurs amateurs, toujours sympathiques, et enthousiastes et souvent mieux que cela.
Et la salle, même si elle n'est pas très grande, était pleine.

Mais comme j'avais mal, j'ai profité de ce que les deux choeurs se rejoignent sur scène pour reprendre un air de chaque partie pour me glisser, très discrètement, oui cela m'arrive, dehors.

Sortir sur la place des Carmes, vide d'humains en cette saison, et m'en revenir cahin caha vers l'antre.

10 commentaires:

Dominique Hasselmann@wanadoo.fr a dit…

Puzzle Perec, comme une évidence (en musique)...

brigitte celerier a dit…

zut, ai supprimé sans le vouloir - de Pierre Chantelois
Un parcours fascinant. Malgré ces pieds qui se font taquins jusqu'à l'ennui. Et Couperin aurait pu vous offrir les Lamentations de Jérémie le prophète. Mais il y eut en lieu et place des chants traditionnels du Moyen-Orient. Si beaux qu'il faut vivement les découvrir.

cjeanney a dit…

oh et les hommes de papier, qu'ils sont beaux, il en faudrait plein, partout (ils nous regarderaient et ça nous poserait des questions) (des questions piège) (mais des questions intelligentes) (et toi tu répondrais sans aucun problemo)(on les suivrait et c'est eux qui nous suivraient, et une fois fatigués on s’assiérait à côté d'eux, tranquilles :-))

Anonyme a dit…


Les femmes de Timar et les hommes de papier...Magnifique !

jeandler a dit…

Un tel ciel bleu devrait alléger le poids des pas... Quelle chance !

Gérard Méry a dit…

échappées à vélo d'Agnès Levy tu as acheté ce tableau ?

tanette2 a dit…

Une journée bien remplie !

brigitte celerier a dit…

oui sans aucune conviction, pour acheter quelque chose, et finalement il me plaît

kwarkito a dit…

J'aime beaucoup ce parcours ce chemin cette narration... Tombé un peu par hasard sur votre blog... je vais revenir c'est sûr. Vous écrivez bien....

brigitte celerier a dit…

merci