samedi, novembre 09, 2013

Plaisirs, sottises et invectives


Regarder, éberluée par ma chance imméritée, les pensionnaires reçues en cadeau en fin de matinée jeudi

se demander, un peu dans le flou, comme mon regard (retour des yeux rouges et rétifs) comment remercier, faire petite liste de besoins, et partir, inaugurant avec succès les bottes qui cette fois semblent accepter mes pieds

trouver un petit bidule – j'espère que ne tarderai pas trop avant de le poster – trouver médicaments, un thermomètre dont je saurai enfin me servir, trouver un remplaçant pour mes très antiques portefeuille et porte-chéquier, petites provisions, cigares...
en cherchant une place pour eux dans mon sac, une envie : capter le vélo perché, le tas de tables, le tronc, les objets, ce que je voyais, mais sans le garçon qui, lui, venait obstinément se placer devant l'objectif

renoncer, rentrer, tout doux dans l'antre, 

petite chose, petite chair rétractée en longeant l'image du métal en gloire.
Sommeil profond au lieu de chercher, vérifier, repasser, jupes et pantalons de lainage, préférer mettre nez dans le Canzionere, faire petites recherches, se brûler avec un thé avant le départ, en début de nuit

vers le théâtre du Chêne noir, pour écouter la cinquième conférence (ignore tout des quatre premières) de Paul Payan, Maître de conférences en histoire médiévale à l’Université d’Avignon, intitulée «Prophètes, visionnaires et mystiques à l’ombre des papes d’Avignon»

Avignon fut au XIVe siècle une capitale brillante, un centre politique et administratif de grande ampleur. Elle a aussi perturbé tous ceux qui espéraient une réforme spirituelle de l’Eglise. Nous irons à la rencontre de personnages singuliers qui ont vécu à Avignon, et qui ont laissé les traces d’une autre histoire, celle d’esprits tourmentés par les mutations de leur temps et la quête de Dieu.

Et Brigetoun cheminait, essayant de ne pas se tordre les chevilles sur ses talons neufs heurtant la calade, se disant suis en avance, aurais dû prendre un parapluie, repensant à sa petite recherche, pendant la cuisson des pâtes, sur Paul Payan, alléchée par la description de ses recherches sur http://ciham.ish-lyon.cnrs.fr/membres/paul-payan
  • Recherches sur l’utilisation et la transformation des références chrétiennes par les sociétés et les pouvoirs en Occident à la fin du Moyen Age (XIIIe – XVe s.). Dans ce cadre, intérêt particulier pour les vies du Christ du XIVe s. (Meditations sur la vie du Christ, Vita Christide Ludolf de Saxe, Pèlerinage de Guillaume de Digulleville...), mais aussi pour les cycles iconographiques de la vie du Christ, par exemple ceux qui apparaissent dans les livres d’heures (d’où la participation à un projet sur les livres d’heures du Midi, en collaboration avec l’UMR Telemme)
  • Intérêt pour la période du Grand Schisme d’Occident (1378-1417), perçue comme un moment essentiel des transformations politiques et idéologiques de la fin du Moyen Age (après la rédaction d’une synthèse parue en 2009, projet d’une biographie de Benoît XIII)

Cheminer, rêver, fugitivement et vaguement, forcément vaguement, à ce que cela pouvait signifier.
Penser aux franciscains soutenant, contre le pape, qu'ils n'avaient qu'usage sans droit des églises, couvents... à Guillaume d'Ockham, le docteur invincible, contestant la possibilité de prouver l'existence de Dieu, contestant l'autorité temporelle des papes, penser aux spirituels et à leur désir de pauvreté, penser à Michele da Cesena, penser à leur excommunication et à leur départ, lui et Ockham vers Louis VI de Bavière.
Vouloir en savoir plus que ces vagues notions sur eux, vouloir découvrir quels étaient les prophètes, visionnaires et mystiques du titre,

et trouver porte close.
Chercher lunettes, regarder billet, voir que les prophètes etc... m'avaient attendue jeudi soir. Rire. Me promettre de vérifier, avec des lunettes sur le nez les dates portées à la va comme peut sur mon agenda...

prendre le chemin du retour, sous la pluie qui se réveillait pour adoucir ma déconvenue

qui s'intensifiait, ruisselait sur mon imperméable, poissait les galets, attendait pourtant, avec clémence, que la porte de l'antre se referme pour se déchaîner, clapoter sur les dalles de la cour, tonitruer en cascade dans la descente d'eau.

Ai repris le Canzionere, y ai cherché Avignon, et le gracieux regard de Messire François Pétrarque
Fontaine de douleur, auberge de colère, école d'erreurs, et temple d'hérésie, Rome autrefois et maintenant Babylone perfide et criminelle, par qui naissent tant de pleurs et de soupirs ;
Ô atelier de fourberies, ô prison cruelle où le bien périt, où le mal s'engraisse et élève la voix ; enfin des vivants, ce sera un grand miracle si tu n'éveilles à la fin le courroux du CHRIST.
Toi, fondée dans une chaste et humble pauvreté, tu dresses les cornes contre tes fondateurs, insolente prostituée.....
lui ai dit tu attiges, pitié pour cette pauvre ville qui a eu bien du mal à se survivre..

13 commentaires:

Dominique Hasselmann@wanadoo.fr a dit…

Vous peignez sous la pluie, maintenant ?

arlettart a dit…

Voilà la "mystique "entre les lueurs d'erreurs rosées de la façade impénétrable ou le grand Art de revisiter l'histoire
Bravo Amie aux Belles Bottes

FB a dit…

ils sont vaches de n'avoir pas attendu, quand même...

brigitte celerier a dit…

oui, ils n'étaient pus à un jour près

cjeanney a dit…

(moi c'est "l'image du métal en gloire" qui me reste, autant la photo que l'assemblage de mots, avec "gloire", je trouve ça tout simplement épatant en plus de la vue au-dessus des mécanismes)

brigitte celerier a dit…

merci à vous tous
n'empêche que suis pas maligne

L'imparfait a dit…

Ce sont les fleurs qui ont de la chance d'être gardées par vous, merci de nous les partager et les mots aussi et les photos aussi (dis-je sur la pointe des pieds comme si on pouvait dire sur la pointe des pieds). Je voudrais vous écrire un commentaire fleur, un de ceux qui font sourire et qui disparaissent doucement, pas un commentaire pierre gravée dans le marbre du blog, on le relirait plus tard sans vraiment comprendre pourquoi ce commentaire n'a pas eu la politesse de s'en aller, sur la pointe des pieds ou pas... On ne parle pas assez des pieds des commentaires :-) (s'en aller par une pirouette, sans les pieds sans les mains)

brigitte celerier a dit…

c'est aussi joli que les fleurs

Isabelle Pariente-Butterlin a dit…

Le monde a sous votre regard des couleurs qu'il n'a pas d'habitude … c'est comme se promener dans un rêve …

brigitte celerier a dit…

la qualité toute relative de mes appareils !

tanette2 a dit…

"la pluie se réveillait pour adoucir ma déconvenue", c'est beau comme tout ce que tu écris...

brigitte celerier a dit…

trop gentille Tanette

Gérard Méry a dit…

Le flou s'installe