mercredi, janvier 15, 2014

Au coeur de la journée, avant de baigner dans musique, revenir au vase communicant de janvier


partir avec sac de linges et vêtements, sous un ciel qui boudait encore un peu

une couverte blanchâtre qui allait se fractionnant, des taches d'un bleu très pale qui prenait de l'importance en se réchauffant..., s'intensifiant

vu sur le plan incliné à l'arrière du théâtre un élément de décor abandonné qui ne peut correspondre à rien avant une semaine, puisque nous sommes en musique de chambre, souri en pensant opéra, sans doute à tort
Petite bataille machine – lire le beau texte relu pour le vase de janvier en me faisant attentive pour que la réponse se dessine – menacer ma banquière de venir camper dans son hall demain, ce qui a permis qu'enfin elle me rappelle... siester en profond engloutissement... et reprendre ma contribution en janvier auxvases, ma tentative de vis à vis face à sortir et lever les yeux une seule fois, que Virginie Gautier avait bien voulu confier à Paumée http://brigetoun.blogspot.fr/2014/01/sortir-et-lever-les-yeux-une-seule-fois.html

Ciel pour regarder, marcher

Sortir et installer mes yeux dans le ciel
Sortir pour marchécrire, yeux flottant au risque de vertige, éblouis, cherchant les mots pour dire cette dure lumière, cette splendeur sévère, cette unité plate.
Marcher sous ce ciel, renoncer, jouir un instant de cette violence et plisser les yeux, penser avec admiration dévotieuse aux efforts de Ponge, à ses tâtonnements pour dire, dans la Mounine, ce ciel qui l'avait frappé dans un matin sur la route d'Aix, et dont j'aime ce qui est presque le premier jet
Azur à mine de plomb
ce gaz lourd résulte en vase clos
d'une explosion de pétales de violettes bleue.
...
Son ombre tient toute dans les griffes de son éclat..

Et comme j'avance, en cet hiver, lasse et les yeux blessés, dans le froid intense que le vent nous a laissé en legs avec cette pureté sans concession, comme si avec les nuages et l'humidité il avait emporté toute trace de tiédeur, pour nous laisser dans un vide froidement lumineux, monte la nostalgie des cieux transparents du printemps sur Paris, du soleil humide étincelant sur la pointe de la cité quand je marquais l'arrêt rituel dans l'angle du pont Royal, avant de remonter vers les guichets, qui me faisait presque voir l'air circuler entre les statues de Maillol, mesurer la distance entre les arbres et pierres blanches des Tuileries, creuser le long espace que les siècles ont dessiné.
Finit mon trajet – rentrer se rencogner dans l'antre, laisser la nuit descendre sans en voir la rougeur

Autre jour, s'éveiller à la recherche encore des mots pour dire le ciel de bleu ardent, lapi-lazuli, fabrique d'outremer, clarté autoritaire, air devenu pierre, poussière qui prend feu, violence et os à nu... et penser approximation dérivant en préciosité artificielle.
pousser volets dans un bruit tumultueux de souffles, voir branches se balancer, écharpes noires filer sur les couches de gris sombre, penser mistral noir, trembler d'avance de fatigue et d'effroi, et toutes idées envolées dans ce déchaînement de l'air, s'accrocher à cette seule pensée : que vienne la fin, sans plus savoir laquelle.
Note = la seconde image est une reproduction d'un tableau de Giuseppe Canella conservée au Musée Carnavalet



et puis m'en aller, à la limite de l'endormissement, abrutissement, total, dans la nuit, écouter le premier des quatre concerts du quatuor Ysaÿe, ouvrant leur intégrale des quatuors de Beethoven avec les six premiers, les moins développés, publiés à Vienne en 1801, joués dans l'ordre de leur composition
n°3 en ré majeur, n°1 en fa majeur l(e moment où les brumes entre moi et la musique se sont complètement dissipées) et n°2 en sol majeur, 

et, après l'entracte, les n°5 en la majeur, n°4 en ut mineur et n°6 en si bémol majeur
quatuors de jeunesse, où il s'affirme, mais en compagnie de ses influences
tenterai peut-être (pas certaine) d'en dire plus demain avec le concert suivant

Plaisir, malgré quelques moments où j'étais à la limite des limbes.

Retour un peu avant minuit, cigare au bec et main fouillant le sac à la recherche du briquet que, grace à Dieun je n'ai trouvé qu'une fois installée dans l'antre.

Si vous en avez le temps, j'ai choisi le quatuor n°2 dans leur interprétation
l'allegro
molto adagio
si tratta questo pezzo con molto di sentimento
allegretto
le presto final

5 commentaires:

arlettart a dit…

Merci je reviendrai écouter les vidéos
La musique est souveraine pour s'envoler dans tes ciels toujours présents chaque jour
J'aime

mémoire du silence a dit…

merci

Dominique Hasselmann a dit…

Vase précédent et Beethoven toujours là : musique !

brigitte celerier a dit…

c'est moi...
parce que entre le Figaro, Raffarin et Hollande d'un côté et mon flop je suis mal sur le bord du jour

jeandler a dit…

Mal, sur le bord du jour, mais bien sur le bord de la nuit.Un programme difficile : ne pas sombrer dans les limbes de la création.