jeudi, janvier 16, 2014

Tenter joie par la musique

Air du temps, radio qui actualise ma désespérance de ce sacré résultat de cette stupide primaire socialiste, agacement devant ceux qui voient un changement alors que les lois qui se succèdent étaient déjà de même inspiration, petite fièvre ou manque de fer, de magnésium ou de sommeil, léger grommellement de carcasse.... ai mis un bonnet sur ma tristesse pesante, qui me faisait ressentir chaque sourire comme une lâcheté, et m'en suis allée dans la ville, sous un ciel ravissant, dans un froid qui nous revient, yeux brouillés de larmes comme chaque fois qu'un petit vent les frappe d'un air de moins de huit ou neuf degrés.

Petite bataille pour obtenir ce que je voulais de ma banque (et zut j'ai été trop timorée et modeste, ça va être juste) malgré les quatre coups de téléphone de la veille... succès tout de même, qui n'aura d'effet que dans près d'un mois..
regagner l'antre, se frayer passage entre les camions d'une entreprise de ravalement qui profitent de l'absence des terrasses

et capturer le ciel pour en jouir, après, yeux au sec.
Essayer de penser, essayer d'écrire, me déconnecter parce qu'humeur trop sombre, tenter de dormir vraiment pour profiter du concert du soir sans la petite barrière de somnolence combattue qui a teinté de lutte mon plaisir mercredi, tout en me poussant à une attention plus aiguë (et j'ai noté une foultitude de choses que j'ai le plus grand mal à relire, intervention des différents instruments, césures, thèmes, leurs modifications, climats...)

hésiter un peu à céder à ce morose abandon, au mal-être sournois, persistant, envasant, sortir robe d'un vert franc puisqu'on dit qu'il est espoir, et m'en aller rejoindre le petit club d'amateurs (comme trop souvent pour la musique de chambre la salle était presque à moitié vide mardi) pour le second des concerts qui programmait quatre quatuors, les trois (7, 8 et 9) dédiés par Beethoven au comte Razumovski en 1806-1807, à l'époque de la symphonie n°4, du 4ème concerto pour piano, du concerto pour violon, et de la grande fierté, et le n°10 postérieur de trois ans, celui que l'on a baptisé «les harpes» pour ses nombreux pizzicati
ces quatuors considérés comme surprenants et difficiles lors de leur création

Alors que ma place est au centre, et compte tenu des places libres, m'étais installée mardi face aux deux violons, ai choisi cette fois de regarder le violoncelle, et après la réserve, la musique intérieure des premiers, eu le plaisir de son expressivité extrême qui laissait la musique courir sur son visage, son corps.
débuter par le 7, le plus long (presque le double des premiers) et, dès l'attaque de l'allegro initial, d'une grande douceur, une sensation de familiarité (sans doute est-ce un des quatuors les plus joués, je n'ai aucune mémoire des noms et numéros des pièces que j'aime comme la suite le prouvera), le charme de la chaleur de la voix du violoncelle, les commentaires du second violon et de l'alto et, dansant dessus, la dentelle lumineuse du premier violon – j'entrais en plaisir (et n'ai rien noté, ayant oublié crayon carnet et programme), juste le plaisir.. comme dans le début joliment hésitant du second mouvement.
Et pour le quatuor numéro 8, vais, avec grande honte, vous suggérer si vous voulez en connaître la beauté de vous reporter au billet précédent, puisque, à moitié endormie, sans écouter, j'ai mis les quatre (le nombre m'a tout de même surpris, les premiers quatuors n'ayant que trois mouvements, certains très longs il est vrai) vidéos du quatuor n°2 de l'opus 59 c'est à dire du quatuor n°8. Sachez que je me couvre (métaphoriquement, je viens de laver mes cheveux) la tête de cendre.

Tout de même, malgré le plaisir, le sommeil me faisait la guerre, et je me tordais les mains pour rester en surface. Tenté quelques bouffées de cigare à l'entracte pour me réveiller. Vu passer un gars avec matelas sommaire et couvertures sous le bras, ses trois chiens trottant le nez baissé... senti petite douleur, écrasé le cigare, suis remontée au balcon en me demandant si je restais ou non, juste assez longtemps pour que les musiciens reviennent.
La grande langueur du début du quatuor numéro 9.. et me suis installée dans la musique, avec quelques furtives absences très brèves, ballottée, secouée, bercée, heurtée, en arrêt, repartant, souriant avec malice, ironie ou béatitude comme le disait cette musique qui n'est que merveilleuse invention, avec le goût des accords ou oppositions de voix, de tempi, de couleurs.

Et, au moment de tenter de saisir une photo du salut, j'ai constaté que toutes les superbement loupées précédentes étaient coincées dans l'appareil, indisponible avant que la batterie se meure, alors une photo rejetée d'une sortie de scène mardi, un truc raté de ma robe comme ponctuation et deux vieilles récupérées.
J'ai un peu moins sommeil parce que j'ai faim.

7 commentaires:

joye a dit…

Merci pour la soirée, brige.

J'ai aussi beaucoup aimé le bonnet sur ta tristesse ! Belle initiative, je devrais l'essayer moi aussi. ;-)

Francis Royo a dit…

Les mélomanes auront trouvé, les curieux aussi. Mais savez-vous (sauf erreur) que le nom de ce pauvre Ludwig van... n'apparaît pas dans ce billet? ;))
Pour le reste c'est vrai que la musique symphonique l'emporte souvent aux yeux du (grand) public au dépens de la musique de chambre. Pourtant ces quatuors.....

brigitte celerier a dit…

oh zut ! vais le rajouter

jeandler a dit…

Curieux cette grande faim : qui dort, dîne, non ? J'ai entendu dire qu'après ses concerts parisiens prochains, le Quatuor Ysaye se retirait.

arlettart a dit…

Il restera les enregistrements oui , jeandler entendu itou
Une photo n'est jamais ratée !! c'est autre chose avec un "je ne sais quoi" en plus

Gérard a dit…

t'as d'beaux cieux tu sais

brigitte celerier a dit…

!a dépend - aujourd'hui morne plaque grisâtre