mercredi, janvier 29, 2014

Musique – longuement - bouquet filmé pour Abbado, Haendel en Italie


une vieille image loupée mais pas tant, retrouvée en cherchant la musique
Se demander, dans la nuit, en circulant entre les vidéos proposées par Arte plus (voilà que je prends goût à la télévision) pourquoi je n'avais pas regardé plus tôt Claudio Abbado : entendre le silence – esquisses pour un portrait de Paul Smaczny, tenter, et dès les premières notes, les premiers mots, s'installer fermement, déguster

écouter les autres parler de lui,
une aura si particulière quand on le voit. Abstraction faite de sa belle allure et de la grâce absolue de ses gestes quand il dirige, il y a chez lui ce besoin presque puéril de préserver coûte que coûte la pureté de ce qui est au coeur, à savoir la musique (Bruno Ganz)
ce que disent les musiciens qu'il a dirigé
regarder cette tête dévorée, la bouche entre précision attentive et ébauche de sourire extatique ou simplement dessiné comme un message, et la beauté de ses mains
écouter la musique qui en naît,
écouter la simplicité de ses mots
à chaque fois qu'on crée quelque chose de beau,de plus approfondi, bref quelque chose qui réjouit le public, qui vous réjouit vous-même et les musiciens, cela reste en vous et vous enrichit. Au fond, nous sommes des privilégiés....
… Disons que certaines valeurs, certaines choses, certaines passions, je les avais déjà en moi, j'essayai de les exprimer au moyen de la musique...
et continuer, au delà de ces premiers moments, dans cet hommage, ses souvenirs, les brides de musique, les visages et les mains des musiciens, la justesse des mots que trouve Ganz, les chapitres la trame de la musique, silence (je pose deux ou trois étoiles là), un lieu magique (son chalet), Berlin (l'écoute réciproque), Lucerne (après le cancer, la musique est devenue quelque chose de flamboyant sur lequel il se précipite dit Ganz), Hölderlin (dont les vers se sont glissés là par moments – il y a une musique dans sa poésie... il est important d'essayer de comprendre son monde dit Abbado dans son jardin de Sardaigne).
Et ce qu'ils disent, ce qu'ils font, c'est la musique ce qui, avec quelques textes, en long travail, en longue espérance, nous fait sentir qu'il y a en nous une étincelle d'éternité et qu'il est si bon de s'y ouvrir.

J'avais préparé cela, que voulais garder, que je garde pour le plaisir de me souvenir, Paumée sert à cela – et puis je me suis réveillée ce mardi matin en pensant musique, autre, plus intime... et suis montée vers l'opéra dans la lumière, dans l'air faussement doux, pour prendre le billet qui, inexplicablement me manquait. 

Ai vécu, lu, vaqué, le ciel est devenu blanc, puis noir, j'ai pris bottes, manteau, chapeau et m'en suis allée, dans la nuit, à côté ou presque, à Saint Agricol 

pour le passage en nos murs de Magali Noël et de l'Ensemble RosaSolis, dans leur programme réunissant, sous le nom de «Haendel en Italie», des pièces religieuses, oeuvres de jeunesse, écrites lors de son voyage de découverte, formation, consécration... (1706-1710).

- en entrée, presque théâtral, ensoleillé, Coelestis Dum Spirat Aura, motet composé par Haendel pour son protecteur le Marquis Francesco Maria Rospoli, en 1707 pour l'inauguration d'un rétable dans la cathédrale du village du marquis – deux violons Guillaume Humbrecht et Maricke Bouche (sur violons anciens ce qui a entraîné de longues pauses car ils étaient de mauvaise humeur – changement températures etc... - et nécessitaient de longs efforts pour s'accorder, répétés entre chaque morceau) un violoncelle Nicolas Crnjanski et Julie Blais à l'orgue positif ou au clavecin, et la voix charnue, éclatante, qui se régale de vocalises, de Magali Léger - motet qui s'achève sur un alleluja lumineux.
- la sonate en trio, opus 2 n°8 (trio appuyé par le clavecin) : un peu métronomique - lent et doux et un dernier mouvement joyeusement dansant
- et le beau Salve Regina (j'avais trouvé des vidéos sur Youtube qui m'avaient presque dissuadée, la voix de Magali Léger m'ayant semblé faible, plate, et à la limite de la justesse, ce qui n'a rien à voir avec ce que j'ai entendu, donc je les censure) – voix qui monte comme une lumière, recueillement, halètement, plainte, ferveur joyeuse, éclatante.. et la pureté du o dulcis Virgo Maria

un entracte, qui m'a permis de trouver une meilleure place, là où j'aime être, dans le transept
- la sonate en trio, opus 2 n°5 que j'ai préférée à la précédente, mordorée : dentelle – larges festons – rubans dans le vent
- et pour finir, le très beau Gloria avec des moments de musique tendue, fervente, de la joie et d'exubérantes ornementations et vocalises

que Magali Léger a reprises et développées avec jubilation dans le second bis qui se limitait (longuement) à Gloria in exelcis Déo

retour dans la douceur relative de la nuit (mes joues frémissaient à peine, et mes bottes étaient seules à rompre le silence)

7 commentaires:

Dominique Hasselmann a dit…

Merci pour le lien vers Abaddo, j'avais vu l'émission au programme mais je n'ai pu la regarder...

La musique, même en boîte, se déguste.

brigitte celerier a dit…

merci pour votre passage (et pour le signe vers Seeger

arlettart a dit…

Très belle image en envolée qui nous entraîne en harmonie
Dans le silence de la nuit le coeur en bandoulière

arlettart a dit…

Re écouté Abbado Merci et revoir Bruno Ganz un régal , sa voix (théâtre il y a un temps )

brigitte celerier a dit…

et son intelligence, là ce sont ses mots et c'est parfait de justesse

Isabelle Pariente-Butterlin a dit…

Elle n'est pas du tout loupée cette première image … pas du tout … elle a une puissance poétique et onirique incroyable !

Gérard a dit…

J'aime ta première photo...et la musique bien sur