mardi, mars 04, 2014

Avignon d'aujourd'hui – et petite histoires avignonnaises du temps passé


Pluie, soleil, vent, pluie, soleil, vent
la ville bourgeonne, le vert s'installe entre les pierres
le ciel se précipitait en cataracte le long du mur de ma chambre, au petit matin

et commençait à se soulever, à rêver légèrement bleu en fin de matinée, quand je revenais vers l'antre, avant que la lumière revienne en gloire dans l'après-midi.
Ai rêvassé un peu à mon enfance pour la compagnie des cosaques, ai suivi des dynasties de nobles provençaux (souvent d'origine italienne) de plus ou moins ancienne origine grâce à Gallica, ai envie - tant pis si suis un peu seule à m'en amuser - de continuer ici mes rencontres avec le duc d'Ormond (qui, lui, n'était pas provençal), les vice-légats, d'autres et, pour commencer, reprend ici la fin des amours de la marquise de V et du duc, parue sur http://lescosaquesdesfrontieres.com (devriez le suivre surtout pour les autres auteurs) –
histoire dont le début, sur Paumée, se trouve sous le tag, petites histoires avignonnaises (colonne de gauche, vers le bas) les 16 et 24 février dernier.

Je ne sais plus si c'est Jasmin ou moi - ou peut-être notre souci de ne pas trop peser aux éventuels lecteurs - qui avait interrompu la relation de l'histoire du duc et de la marquise, mais je sais que c'est Jasmin qui est venu en reprendre le fil.
«L'impossibilité d'une réconciliation était donc évidente, mais comme tout le monde voyait les efforts du marquis pour reconquérir sa femme, et guettait ce qu'il en serait, elle pria le duc de venir moins souvent, de se faire discret, pour qu'on ne dise point qu'il était cause de son refus, ce qu'il accepta respectueusement.
Cependant le mari n'avait pas le public pour lui, et tout le monde était ravi de la résistance de sa femme.
Furieux, il soudoya un domestique de la maison de B., son beau-père, pour qu'il l'introduise dans la chambre de son épouse, en son absence, afin, disait-il de la forcer à écouter son plaidoyer lors de son retour. Je ne sais si le domestique fut ou non dupe du prétexte… j'en doute un peu, je le connais pour un rusé macaque, et lui en veux pour cela (et là Jasmin a marmonné, pour lui même, mais j'ai cru comprendre : et pour ses prétentions auprès de Rosette), mais il le fit entrer et le cacha derrière une tapisserie tendue devant la profonde embrasure d'une fenêtre.
La marquise soupait en nombreuse et brillante compagnie chez une amie, et le duc, qui était au nombre des convives, la raccompagna, fort tard, dans son carrosse.
Il entra avec elle et ils s'installèrent dans une salle basse pour continuer leur entretien qui semblait fort vif ; la marquise renvoya Rosette, sa femme de chambre, lui dit de préparer son coucher, qu'elle monterait dans un moment. L'entretien se fit tendre, peu à peu, de plus en plus tendre, mais fut interrompu par des cris dans la maison.
Le Duc se redressa, mit la main à son épée, voulut sortir de la salle, mais la marquise épouvantée s'accrocha à lui, le serrant dans ses bras. Le bruit augmentait, ils entendirent des pas dévaler l'escalier, la porte de la rue s'ouvrir, se refermer.. Ma foi, Vincent, mon camarade, qui se tenait près de la porte de la salle, m'a raconté que le Duc semblait bien trop inquiet pour continuer à donner des marques d'amour à la marquise...
Ils entendirent des pas hésitants qui descendaient, qui se dirigeaient vers leur petit salon. Sur un signe du duc, Vincent ouvrit la porte et ils se récrièrent en me voyant entrer lentement, soutenant Rosette couverte de sang.
Elle était montée préparer la chambre, et je l'avais suivie sans bruit, parce que j'avais du goût pour elle, ce qu'elle savait. Je le lui répétais pourtant, avec toute la galanterie dont je suis capable, et elle me répondait avec une grâce piquante, et, soudain, le rideau remua, la bougie qu'elle tenait s'éteignit, elle se retourna vers la fenêtre et, sans rien comprendre, elle reçut un coup de poignard au dessus du sein (mais ne fut que légèrement blessée grâce à son corps de baleine,… les femmes ont les armes qu'elles peuvent) et comme en entendant nos cris, parce qu'elle hoqueta sa douleur et que je donnais de la voix en battant l'air en cherchant à atteindre son agresseur, un valet accourut avec de la lumière nous reconnûmes le marquis qui, furieux de s'être trompé, donna un second coup de poignard dans la main de mon amie, lui faisant une entaille qui saignait beaucoup, me bouscula et s'échappa.
La marquise et le duc se réjouirent je crois, sans trop le montrer, de la méprise, et malgré les craintes qu'elle avait d'une embuscade de l'époux contre l'amant, il s'en alla, bien escorté par moi et mes trois camarades, et fort décidé à ne plus risquer ce genre d'aventure.
Le marquis se retira dans un château et se fit oublier (on ne sait s'il emmena la couturière, je l'espère pour lui)."
Comme Jasmin prétendait n'avoir plus rien à dire sur la marquise, je suis revenue aux mémoires, pour constater que le duc ne parle plus de ses amours avec elle que pour dire qu'ils ont duré mais avec rareté et en secret, ce qui les rendait charmants, et qu'il eut grand regret lors du départ annoncé.
Car, à peu de temps de là, le roi Jacques tomba malade, gravement, et une fois guéri dût partir pour l'Italie, après avoir tenté Stockholm.

4 commentaires:

Dominique Hasselmann a dit…

Avignon, passé, présent : l'art de la mémoire.

brigitte celerier a dit…

grand merci:)) - mais suis pas sure que ça ne va pas être Avignon, fin (au moins pour quelques jours)

Gérard a dit…

Le Duc et la Marquise c'est un peu comme Roméo et Juliette

brigitte celerier a dit…

euh ! avec nettement moins de fraîcheur