vendredi, avril 04, 2014

Effilochée


Absence de dispositif de retenue, indiquait le panneau sur le bord de la route. Elle répétait en boucle, absence-de-dispositif-de-retenue. On lui avait rabâché qu'il suffisait de patienter, de laisser le temps s'écouler, de lui faire confiance. Elle avait traversé la vie sur le dos d'un souvenir puis d'un autre, sensible aux sons d'avant, une clé dans la porte, avec au bout des doigts la peau vivante et nue de celui qui l'avait quittée depuis longtemps. Etre devenue si vieille quand il était resté si jeune. Elle avait enfilé des gants, cogné son regard au miroir sur pied, tiré la porte sur elle. Eloigné d'elle le présent. Elle divaguait dans les rues aux vitrines colorées, reflet maigre et noir sans une main amie. Ne plus laisser trace d'elle, se tenir hors de la vue des autres, vagabonder. Absence de dispositif de retenue. Elle surgissait de sa léthargie et se méfiait du parfum du temps. Vieillir encore ? Ses pas la ramenaient chez elle. Indifférente, elle brûlait une chandelle, un papier d'Arménie, écrivait comme on prie peut-être, sans le savoir ni à qui l'on s'adresse. Elle s'étourdissait de la débandade des nuages, de leur course effilochée, elle écoutait le tam-tam de la vie des autres, percevait encore le souffle estompé de son cœur, laissait de la place au vide plutôt qu'à la pensée, appelait le silence, levait les yeux au ciel, et ne savait plus dans l'instant ce qu'elle fabriquait là, devant la fenêtre. 

texte que Marlen Sauvage a bien voulu poser sur Paumée, (l'idée d'un échange avec elle ayant envoyé aux oubliettes mes velléités de me limiter à lire sans participer) après cet échange

Marlen:
- Avignon ? Le passé que l'on revisite (je suis accro de généalogie) ? Les voyages ? Le printemps ? D'autres idées ?
Brigetoun :
- peut-être la mouvance du temps oui généalogie si vous voulez ou transformation paysage ou ville - disons passage du temps quitte à l'interpréter chacune à sa façon... qu'en dîtes vous ? ou autre chose.
Marlen :
- Ecrire sur le temps qui passe me semble bien comme sujet en effet…

et, en vis-à-vis de ce beau texte, Brigetoun, moi, suis allée sur les Ateliers du déluge http://les-ateliers-du-deluge.com (profitez en pour vous promener, entre autres, dans les Carnets d'Irlande) pour suivre cahin-caha (pas satisfaite) un retour.

Tiers Livre et Scriptopolis sont à l’initiative d’un projet de vases communicants : le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d’un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement… Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre.
Si vous êtes tentés par l’aventure, faites le savoir sur le groupe dédié sur Facebook, sur twitter ou sur le blog http://rendezvousdesvases.blogspot.fr, auquel vous pourrez vous référer, comme à la lite ci-dessous, pour partir circuler entre les vases.

5 commentaires:

Dominique Hasselmann a dit…

Un Vase communicant qui aurait reçu sa contribution d'une manière virtuelle...

Chacun peut imaginer, alors.

Dominique Hasselmann a dit…

Le texte de Marien est beau, même ainsi...

brigitte celerier a dit…

non à vrai dire il devrait y avoir un texte de moi chez Marlen Sauvage, juste l'est pas là - viendra sans doute, plus tard, on verra

Anonyme a dit…

j'ai lu les deux (ils sont donc là) j'ai reconnu les palmiers, les flots bleus) (le nom d'un restaurant sûrement) (ou d'un hôtel) j'ai toujours aimé la relation qu'il y avait avec les frères et soeurs de mes parents (je n'en ai plus qu'une, une tante vous savez, celle des roses, mais il ne me reste rien de mes quatre oncles, mes trois tantes, de leurs propres parents enfin la famille...) et aussi le parcours en voiture (là-bas on ne laisse pas de message : j'en pose un ici pour les deux) ici comme là-bas, je me suis dit "la tenue du dispositif, c'est l'écriture et l'écriture c'est le sentiment..."
Alors même s'il passe, si sous lui nous ployons -un peu- et s'il nous pèse, même s'il file toujours vitesse comme le vent la lumière l'écume aux vagues, le temps reste un ami...
Merci pour vous et vos deux textes (et votre commentaire, Brigitte chez madame Savelli).
PCH

philippe-castelneau.com a dit…

Deux très beaux textes. Je suis heureux que vous ayez envoyé aux oubliettes vos velléités passées !