mercredi, avril 30, 2014

Petites corvées et reprise d'un souvenir de vacances en Limousin


soleil et vent moyen sur la ville
sur Brigetoun en petites démarches

juste de quoi donner envie de tenues d'été – y penser, longuement et lentement, s'y consacrer un peu... un petit peu, un tout petit peu... éternuer, lire, rouspéter contre le monde tel qu'il se fait, se dire que sommes sans doute responsables, sans doute, mais... faire du thé, dormir, vaquer, casser, etc... passionnantes choses qui tissent le jour,
et se borner à reprendre, parues chez les cosaques http://lescosaquesdesfrontieres.com des réminiscences, plus ou moins exactes, condensées, de vacances en temps très anciens. 

(image google.street)
C'était dans la douceur humide des monts d'Ambazac..
je découvrais l'humus, la vie.. et je tentais de m'attaquer à des pierres, lors d'un de ces séjours-ateliers-pour-ne-pas-bronzer-idiot qu'offrent les campagnes en été.. en fait, cela devait devenir mieux, et je referai le voyage pendant plus d'un an, tenant dans mon ingrat travail parisien grâce à ces petits séjours en week-end, seule, au coeur de l'hiver pour retrouver ceux qui étaient devenus des amis.
Mais là c'était dans la chaleur, entrecoupée de pluies orageuses, de la fin août - il y avait des couples, des isolés, beaucoup d'enseignants si je me souviens bien, comme ceux que je venais de quitter à Avignon, campant dans un lycée.. il y avait des ennuyés ou passionnés, venus là pour le plaisir de rencontrer d'autres gens (et qui retrouvaient en fait leurs semblables) ou pour apprendre, ou pour éviter d'autres vacances, et nous étions tous, ou presque, pleins de bienveillance réciproque et souvent de gaité.
Il y avait ce grand type qui, seul, voulait faire de la pierre un métier, qui passait ainsi ses vacances d'apprenti tailleur de pierres, parce son amour pour elles lui imposait de les sculpter (et sans doute parce que ce perfectionnement pouvait lui servir). Je me souviens qu'il nous a rapidement considérés comme une bande de joyeux farceurs et que, gentiment, souriant, il s'est trouvé un coin un peu à l'écart, où travailler avec sérieux et acharnement, et pas forcément plus de succès que d'autres, mais avec l'entêtement qui lui faisait transformer en persistance sa rage contre lui-même.
Parce que ceux d'entre nous qui nous prenions au jeu (il y avait aussi des maris qui s'occupaient ainsi pendant que leurs femmes tissaient, et ils étaient les premiers à organiser de grandes promenades, le long du ruisseau ou dans les bois, avec ou sans recherches de champignons) nous étions, majoritairement, assez maladroits et incapables de tirer de nos petits blocs de granit, ou vagues cailloux irréguliers et pleins de veines malicieuses, ce que nous désirions, bien entendu, mais que nous continuions parce que nous étions là pour ça, parce que c'était un petit défi, parce que la barbe et les yeux rieurs d'A se faisaient sévères si nous renoncions..
Je me souviens des commentaires trop sincères des enfants et que nous refusions de les écouter.
Je me souviens que je prenais mes échecs avec bonne humeur et un apparent détachement, mais que je buvais le plus léger signe d'encouragement, ou les conseils contre lesquels je grognassais bien entendu - et que je constatais chaque matin avec une surprise sincère combien le fait de trouver une forme par soustraction diffère du modelage.
Je me souviens qu'avec C, le frère de la tisserande, qui promenait parmi nous son ironie, sa guimbarde et son refus d'essayer quoi que ce soit, nous avions projeté d'enterrer une de mes "oeuvres", comptant sur la perplexité d'archéologues futurs, et, qu'une fois de plus, nous avions été traités d'idiots.
Je me souviens que, comme j'avais tout de même un peu d'amour propre, lorsqu'un groupe de visiteurs-vacanciers s'approchait pour voir ce que diable je pouvais fabriquer, je faisais jaillir à grands coups de masse assénés sur un ciseau posé avec l'angle voulu, une belle gerbe de petits éclats pour les tenir à distance.
Je me souviens de ma fierté devant ce petit jaillissement, mais aussi que l'on prétendait que, quand je soulevais ainsi la masse pour l'abattre avec force, le risque était grand, étant donné le rapport entre son poids et le mien, d'une belle culbute en arrière.
Je me souviens qu'A m'a installée devant un petit bloc de bois, avec des gouges, un carnet pour dessiner un pré-projet, et des conseils de prudence, pour un long labeur ingrat.
Je me souviens surtout des séjours suivants.

6 commentaires:

Dominique Hasselmann a dit…

Tailleuse de pierres... comme l'on taille sa route !

brigitte celerier a dit…

ô Dominique, ma gratitude pour vos fidèles marques de passage

Christine Zottele a dit…

trouver une forme par soustraction, comme dans le texte... j'aime beaucoup ce souvenir vôtre!

Elise a dit…

des souvenirs tout en humour léger et auto-dérision, un présent d'une élégance qui ne se dément pas pour "tisser le jour", votre marque

Isabelle Pariente-Butterlin a dit…

Vous laissez les souvenirs affleurer … ce mouvement est si subtile.

Gérard a dit…

se rappeler les bons souvenirs, oublier les autres.