samedi, avril 12, 2014

Un jour tranquille et une nuit pour le sombre et baroque Tancrède


ciel bleu à voilé, à bleu, à voilé – air tendre avec petite fraîcheur
un petit tour en ville pour pharmacie et peut être (espère que non) derniers cigares..

et un retour en compagnie, un temps, d'un pigeon

qui m'a finalement abandonné

Un peu vaqué, un peu lu choses graves, un peu repassé et puis, parce que j'avais très envie de ma découverte, le soir, de Tancrède, de Campra, sur un livret d'Antoine Danchet, dont je connaissais l'existence mais guère plus, me suis un peu promenée en quête de quelques éléments
pour apprendre qu'en 1702, lors de la création, (dessin de Berain pour le décor) c'était la première fois qu'on entendait sur une scène une contralto, Julie Maupin dans le rôle de Clorinde, (rôle repris par des sopranos) et que l'opéra eut grand succès, malgré la campagne de critique qui avait précédé la création, comme
On dit que Danchet et Campra,
Vont nous donner Tancrède.
Aréthuse il secondera,
Car la pièce est très froide.
On chante toujours sur ce ton :
La faridondaine, la faridondon,
Et tous les vers n'en sont pas jolis,
A la façon de Barbari mon ami.

Qu'il fut repris en 1707, en 1717, en 1729 (dessin de Servandoni pour le décor)
reprise qui, selon le Mercure de France, n'a pas démenti les précédentes, et comme les bons sujets n'ont pas été plus nombreux sur ce théâtre, et plus judicieusement employés, on n'a pas été surpris du succès d'un opéra si digne de réussir par son propre fonds. - qui fit l'objet d'une parodie, qu'il fut augmenté de ballets, que le succès fut tel que Louis XV assista à une représentation, après un dîner à La Muette, accompagné du comte de Toulouse (le bâtard – de Louis XIV – que j'aime bien pour sa relative discrétion et son rôle d'amiral) du duc de Noailles et du duc de Mortemart, quasiment en cachette puisqu'on n'en sut rien à Versailles et à Paris. Ce qui me semble pour le moins douteux si l'on songe que trois cent soldats firent la haie pour son trajet vers l'opéra (première fois qu'il s'y rendait).. Passionnant n'est-il pas ?
Il fut repris plusieurs fois encore pendant le 18ème siècle, un peu abandonné par la suite, et Clément Zaffini dût reconstituer la partition à partir de fragments trouvé à Aix et à la BNF, pour le reprendre en 1965 et 1989, avant que Jean-Claude Magloire le reprenne en 1990 à Versailles, (monté également à Tourcoing par le choeur de l'opéra de chambre de Varsovie en 2000 et à Athènes en 2010 par le centre de musique baroque d'Athènes).
et pour la musique j'ai trouvé cette vidéo d'un air du Vème acte dans la version Magloire 

résumé : Comme l’Armide de Lully, le sujet de Tancrède est tiré de la Jérusalem Délivrée du Tasse. Le chevalier chrétien Tancrède a capturé Clorinde, princesse sarrasine aimée d’Argant, lequel veut attaquer en retour le camp des ennemis. Mais Herminie, princesse d’Antioche éprise du chef chrétien, a d’autres plans. C’est par l’intervention du magicien Isménor que se noue la tragédie. Il fait pénétrer Tancrède dans la forêt enchantée et le livre à Herminie qui parvient à arracher à sa rivale son secret amoureux. Toujours sous l’effet de l’enchantement et de quiproquos tragiques, sombrant dans la folie, Tancrède revêt l’armure de son ennemi et tue sa bien aimée.

provenant du site des spectacles à l'opéral du palais de Versailles http://ww.chateauversailles-spectacles.fr/fr/spectacles/2014/campra-tancrede comme la photo ci-dessus et les deux suivantes

opéra où le spectacle co-produit entre le Centre de musique baroque de Versailles et l'Opéra d'Avignon sera donné en mai, après deux représentations ici.
A partir du travail d'Olivier Schneebel, l'orchestre Les Temps présents et les Chantres du Centere de musique baroque, pour une version de concert qui a fait l'objet d'un beau et très complet billet - assez critique sur les chanteurs, mais la distribution a changé - http://operacritiques.free.fr/css/index.php?2013/02/24/2202-antoine-danchet-andre-campra-tancrede-1702-et-son-epoque-l-academie-royale-de-musique-et-la-galerie-des-batailles-versailles-2013-chantres-cmbv) cette production scénique a pu être montée, avec une mise en scène de Vincent Tavernier, une chorégraphie de Françoise Denieau, des décors de Claire Niquet qui a utilisé des toiles peintes du Centre de recherche de Versailles etc...

et je n'ajouterai rien, pauvrette et paresseuse suis, à ce que dit le billet cité ci-dessus, si ce n'est mes impressions en rentrant, après ces trois heures de spectacle, dans une salle comble.

Jour déclinant, lumière claire, pas convergents vers la salle qui était pleine, et à quelques exceptions près, vite remises en ordre, humeur légère et courtoise
Une mise en scène sans volonté de réalisme, avec quelques très belles images, quelques petites touches d'ironie posée sur le classicisme, quelques moments ou le choeur devenu figurant errait un peu comme on se traine...
un Tancrède, Benoit Arnould, que moi et mes voisins avons beaucoup aimé, belle voix qui se pâmait de tendresse sans mièvrerie ou criait sa vengeance et son autorité, grand, beau, vêtu de bleu – deux bonnes basses (une mention spéciale peut-être pour Eric Martin-Bonnet en Isménor le magicien, mais de peu, et Alain Buet, petit casque mongol sur sa solide charpente, était un tout bon Argant, deux sopranos pour les rôles secondaires Anne-Marie Beaulette et Marie Favier (voix aussi fraîche qu'une petite flûte), la très jolie voix sensible de Chantal Santon en Herminie, et la petite silhouette pleine d'autorité et la musicalité d'Isabelle Druet dans le rôle de Clorinde
La qualité de l'orchestre Les Temps Présents, des Chantres du Centre de Musique baroque de Versailles, 
et surtout la direction d'Olivier Schneebell.

un entracte bavard, et majoritairement heureux,
et les trois derniers actes avec les plus beaux moments de la partition
les lamentations d'Herminie amoureuse de Tancrède,
la danse des dryades, bergers, faunes en pourpoints et branchages (tous les costumes sont un régal),
la rencontre de Clorinde et Herminie qui dit sa jalousie et prétend que Tancrède est mort,
le quatrième acte bien crépusculaire dans la forêt avec Tancrède aux prises avec les sortilèges,
et la scène finale, le duo et la mort de Clorinde
Accessoirement, plaisir d'échapper à la fin heureuse après toutes ces déchirures.


Applaudissements, saluts

et sortie du public heureux.

7 commentaires:

Dominique Hasselmann a dit…

Trois heures, n'est-ce pas un peu long ?
Mais il est vrai qu'il y a un bout de temps que je n'ai pas mis les pieds (et les oreilles) à l'opéra !

brigitte celerier a dit…

ambiance festive et recueillie, elles ont vite passé ces trois heures (et même les vingt minutes de l'entracte)

jeandler a dit…

Ah, les costumes !Peu importe pourvu qu'on ait l'ivresse.

brigitte celerier a dit…

ils contribuaient au plaisir, mais la musique primait

arlettart a dit…

Musique et trahison Amour en balade
que de courtoisie douce au coeur

tanette2 a dit…

Je te souhaite un agréable week-end...ensoleillé, si possible !

brigitte celerier a dit…

merci Tanette, il était gris et morne ce matin et le soleil arrive