vendredi, mai 02, 2014

dix bidules


Pour la seconde fois (la première ça a été ce qui m'a fait croire que pouvais entrer en vases communicants) François Bon m'a fait le grand plaisir (formule pleine de retenue) de me proposer un échange.
Puisque n'aimons pas les listes, surtout les obligatoires, ces trucs trop bien nommés chaînes,
résolument, avons décidé d'en échanger,
d'évoquer en photos et en mots dix, (ou moins, ou plus), objets familiers, traces de vie, bidules ....
Ce qui me vaut, outre le texte de François Bon, d'admirer le rangement de ses rayonnages (explicable bien entendu) et de rêver en regardant certaines tranches, d'avoir envie d'avancer la main, de tirer un livre... puisque, et là je lui rends la parole :

Alors, travaillant à cette  "l'histoire de mes livres" tels que sortis de ma bibliothèque, eus envie de faire une balade sur mes étagères

Combien de fois je suis parti en les oubliant ? Alors ils restent là sur l’étagère, devant les bouquins POL, trois adaptateurs secteurs US & Qc, UK et CH. Je m’en sers si souvent ? Non. Disons que ça aide à se souvenir qu’on est parti, qu’on repartira peut-être encore.

D’après mes souvenirs la petite boîte en carton doit provenir d’une fête des pères donc pas d’hier. Les petites pièces c’est ce qu’on rapporte de l’étranger, mais comme à l’étranger on ne sait jamais trop compter avec les petites pièces elles s’accumulent. Le badge de Koltès doit dater d’il y a moins d’un an. Pour les médiators, pendant combien d’années j’en avais toujours un dans mes poches ? Ça c’est amélioré maintenant, je les laisse ici.

Ça c’est très précis. Pendant plusieurs années, quel beau rendez-vous c’était que ce bookcamp à l’initiative d’Hubert Guillaud. Il y a deux ans et demi, au labo de l’édition, on ne savait pas que ce serait le dernier. Changement d’époque. Hubert avait fait réaliser ces badges. Depuis, ils n’ont jamais bougé de l’étagère, et je n’en ai pas perdu un. Le mauvais état des livres, derrière : ceux que j’emporte en atelier d’écriture.

Dans l’histoire des Rolling Stones, il y a cette fameuse anecdote du raid de la police à Redlands, en février 1967, saisissant les échantillons de moutarde distribués à l’époque dans les avions, et que Keith Richards avait conservés. Ils croyaient que c’était ça, la drogue qu’ils cherchaient. Quand je quitte une chambre d’hôtel, j’embarque les échantillons de shampoings. Maintenant ça devient rare, surtout dans les hôtels un peu bas de gamme, comme à Cergy. Alors je pioche dans ma réserve. Dans la vieille boîte en fer, des billes en acier, anciens roulements de boîtes de vitesse, ça date donc d’avant 1965.

Ça n’a franchement aucun intérêt : mais des années que je me dis qu’il faudra j’emporte ça dans un truc de recyclage. Quelquefois, une roule par terre et part à la poubelle. Depuis combien d’années je n’ai plus d’appareil à pile ? (Ah si, le petit magnéto Zoom.) Mais est-ce un hasard qu’elles sont pile (les piles) devant le Passagen-Werk et la Correspondance de Walter Benjamin ? Donc je garde.

J’aime bien ce petit coin de livres, avec Volodine, Roubaud, Barthes, Chamoiseau, Perec, là aussi, la réserve pour ateliers d’écriture. La carte postale avec Franz Kafka et Ottla m’avait été envoyée par Philippe Rahmy, je ne suis pas un fétichiste de ces envois, mais je dois bien constater qu’elle est toujours restée là, quel que soit le bureau et le déménagement, maintenue droite par un bout de lave de l’Etna – il me semble datant d’une éruption du XVIIe siècle.

Bergounioux avait voulu me coller : il avait trouvé ça dans une casse. Simplement il y avait toujours l’inscription Borg Warner dans le moulage de fonderie alu, alors bien sûr c’était un carter de boîte de vitesse automatique. J’avais gagné, mais on partage au moins ça : la beauté de ces objets technologiques, respect aussi à Simondon de leur avoir donné leur légitimité théorique.

Dans mes étagères, les bouquins se regroupent souvent par chantiers : Michaux, Balzac, Lautréamont et bien sûr Rabelais. Le petit Rabelais de 1792 n’a pas de valeur en soi, sinon que personne à cette époque-là ne serait avisé de reponctuer (la maladie du XIXe siècle), et que c’est la version du Quart Livre qu’ont due lire Balzac et Flaubert. Je l’emporte souvent dans mes confs sur le livre numérique : il fait pile la taille et l’épaisseur d’un iPhone. Les boîtes d’épices, j’en ai toujours 2 ou 3 d’avance. On les trouve facilement par chez nous, ça sert à la cuisine du cochon. Dans mes lectures Rabelais, quand je pose une question au public, le premier qui répond juste la gagne, c’est de bonne guerre et ça met de l’ambiance. Seulement voilà, il y a 2 ans qu’on ne m’a pas demandé de lecture Rabelais.

Devant le vieux Seî Shonagon (j’en ai racheté un neuf, mais jamais pu me résoudre à jeter le vieux), c’est un frein d’obus de canon de 75 usiné par mon grand-père en 1916 – il en était fier. Accroché dessus, deux magnétites, sphère et ellipsoïde, rapportées de cette incroyable boutique de Broadway South à Manhattan. Des années que je m’en sers pour stocker les chèques, en attendant de les porter à la banque. Mais personne ne paye plus par chèque. Et celui-ci, droits d’auteur d’un livre je ne sais plus lequel, tellement dérisoire que depuis des mois il est resté là.

Sur le mur d’en face, ce coin-là ça fait un peu musée. Choses rapportées des Indes et à moi offertes, dont ce petit rickshaw en plastique aux belles couleurs. Dylan les yeux fermés. Sortie d’usine en poche. Le Kamok c’est une liqueur au café spécialité de Luçon, en Vendée, où je suis né. Les copains de remue.net avaient eu cette idée de me l’offrir pour les dix ans du site, puisqu’après tout c’est moi qui leur avais fait cadeau. Il y a aussi les livres sur St Kilda, les deux premiers que j’ai lus, achetés directement là-bas à Ullapool.


 Tiers Livre et Scriptopolis sont à l’initiative d’un projet de vases communicants : le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d’un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement… Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre.
Si vous êtes tentés par l’aventure, faites le savoir sur le groupe dédié sur Facebook, sur twitter ou sur le blog http://rendezvousdesvases.blogspot.fr, auquel vous pourrez vous référer, comme à la lite ci-dessous, pour partir circuler entre les vases.
Quant à mes bidules, ils sont aimablement accueillis sur le Tiers livre de François Bon http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3954


13 commentaires:

Dominique Hasselmann a dit…

Le rickshaw me rappelle le premier soir à New Delhi : baladés à fond la caisse comme dans un minuscule panier à salade.

Les objets font aussi voyager (avec nostalgie ou présence immédiate)...

Louise imagine a dit…

Un beau voyage à travers ces 10 bidules !
Et terrible envie, tout comme Brigetoun de piocher dans les rayonnage et lire...
Vos textes nous renvoient à nos propres petits bidules et objets pas si anodins que cela.
Merci !

L'employée aux écritures a dit…

amusée : pareil chez nous sur rebords d'étagères devant les livres : les adaptateurs, les monnaies étrangères, les piles usées en attente recyclage (mais les échantillons gel douche et shampooings d'hôtel dans la salle de bain)

Anonyme a dit…

cartes postales, pièces de monnaies, bout de mur (de Berlin mais cela ne se voit pas), et épi de blé... les livres ont aussi besoin de trucs pour leur tenir compagnie.

brigitte celerier a dit…

pour moi aussi c'est plutôt produits de douche que shampoing mais les ai jetés en vidant ma salle de baubs parisienne (même une petite amphore venant de l'hôtel Colon de Barcelone qui était ravissante)

F Bon a dit…

merci à tous des lectures et messages – désolé de ne plus en accueillir sur TL, ça devenait ingérable côté spams... très content d'avoir fait ce #vasesco avec Brigetoun, c'est qq chose que je n'aurais pas osé publier sur mon site

FBon a dit…

mais je m'aperçois que notre hôte n'a pas mis lien retour vers son propre texte (+ les 10 photos) qu'ai été si ému d'accueillir : http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3954

brigitte celerier a dit…

oui j'ai oublié, réalisé ce matin... mais ce n'est pas grave, ai fait confiance à l'intelligence des passants et à la liste (et puis il sera sur le billet de demain) d'ailleurs il semble que ça ait marché - en outre il y avait twitter et Facebook
MERCI

brigitte celerier a dit…

mais c'est vrai... j'ajoute

Danielle Carlès a dit…

J'aime les bidules.

François Le Niçois a dit…

Dans quel état j'erre ? J'ai déjà plusieurs fois photographié des étagères de mes bibliothèques et de librairies. Je suis ravi de noter la présence de Perec sur les vôtres.

tanette2 a dit…

J'ai aussi ramené un bout de lave de l'Etna..et sur mes étagères j'ai aussi des babioles hétéroclites...

Gérard a dit…

..comme certains sacs de femmes