samedi, mai 03, 2014

les vases de mai


Le 1er mai, puisque c'est, entre autres, le jour du muguet, me suis offert une photo de l'étal où ma fleuriste faisait de très jolis bouquets - sans grand succès, le quartier était vide, et je m'offre chaque année une petite nostalgie en pensant à la descente de la rue de la Roquette, entre ma petite place et Léon Blum avec les quelques vendeurs à la sauvette, la Croix Rouge, le PS et le PC, tenant chacun plusieurs étals, auxquels se joignaient quelques égarés comme les fleuristes, petite nostalgie parce que je me faisais vendeuse, une petite demie heure, et que j'aimais l'ambiance de mon quartier d'alors pour lequel c'était une petite fête, brève mais chaleureuse (mais ici seuls les fleuristes ont le droit de vendre), nostalgie qui n'est que de ce rite, puisque je déteste le muguet... -
et donc suis revenue avec une photo pour Paumée, pour marquer les vases ou pots de ce mois de mai, mais avec des marguerites pour ma cour.

Le 2 mai, ai ouvert un oeil sur le ciel, bleu très clair, puis blanc, puis gris, puis gris sur gris, suis revenue devant l'ordinateur, ai lu les échanges qui perpétuent cet autre rite....

bouteilles, flacons, amphores, encriers ou autres contenants
les points de suspension
au saut du lit, une aimée, mutine, curieuse, une boite contenant des points, des points de suspension... gardés par celui qui ne veut pas que les histoires finissent, et puis..
Aux fenêtres des blocs alentour, dix, cent, mille yeux se baissent vers cette route, un peu moins grise que d’habitude. Beaucoup plus rouge, aussi. Aux fenêtres des blocs alentour, dix, cent, mille oreilles semblent distinguer des éclats de rire s’échapper d’un petit studio à la fenêtre béante. Ah. Ah. Ah. Ah ah ah ah ah. […]
et
Les amphores sont-elles des vases communicants ?
(ma foi, moi, j'ai tranché en prenant n'importe quoi vases ou pots, ou même contenus, et non communicants), mais là n'est pas la question, revenons à François le Niçois, qui nous rappelle leur existence, et nous en montre une petite collection réunie dans un musée très agréable à fréquenter
les amphores sont aujourd’hui présentées dans des musées comme ici celui d’Arles Antique pour communiquer entre les époques.

traces
poème dédié aux errancis, à une enfant, aux pâtés de sabre,
Pierre grisée
Consentir à la soif
Cloche mémoire
Moussée
Missa
Est
L’enfant issu s’enjoue d’osselets
A la tombée des innocents
et
comme toujours, mots simples, poésie qui avance
Livrées aux étoiles

les traces




de nous comme des 

hypothèses.... et les seules qui comptent, celles des amants


à partir d'un échange de photos
quatre instantanés de la vie de Goran Le Mut
à partir de, ou avec, quatre belles photos de Julien Boutonnier, un petit conte, l'histoire d'un breton pur souche au prénom slave, qui revient, un premier mai, après quinze ans d'une nouvelle vie, sur les lieux de son enfance, voit le paysage changé par le temps, retrouve ce pays où il n'est pas attendu... de belles notations, des souvenirs, les deux amis et la fille, la tombe du père... et vous laisse découvrir ce qui a provoqué ce voyage
Ses trois roses rouges à la main, il retrouva, facilement son chemin dans le cimetière, l’ayant parcouru, dans ses nuits blanches, de si nombreuses fois.
et
Blondi
avril 45 – Blondi, une chienne dans la rue et la guerre, un enfant soldat mort, et tout le déchainement autour de la chienne, la chienne et l'enfant, ce corps qu'elle protège, emmène..
Les hommes regardèrent longtemps le laborieux cheminement du berger allemand. Il y en eut pour pleurer et frotter leurs yeux crasseux. D’autres retrouvèrent un instant la langue de leurs mères, sa douceur, son âme.
Blondi atteignit une artère plus large. Sur le bord elle s’assit et considéra durant de longues heures l’intense noria des véhicules de guerre qui l’empêchait de traverser.
et puis la photo qui clôt le billet.

la mer, les mers, les océans (et les pastels de Claude Salles)
une calanque sortie de ses mains, d'après une photo d'Eric Schulthess,
et un bref hommage à la mare nostrum
Méditerranée. Berceau bleu dans lequel les dieux violents jetèrent au hasard d’âpres rochers vengeurs. J’ai vu du ciel de Grèce les îles et les côtes creusées de cavernes mystérieuses où naquirent ces dieux
et
son Amérique à lui
un narrateur, qui est le dernier à fermer l'atelier sur le port, et en courtes phrases, comme un poème, le désarroi de cette clôture, cette fin,
et puis aller chez la Mimi, dans la petite maison près de l'atelier, celle à la lumière rouge, lui dire adieu et chercher réconfort.... bon j'arrête, allez retrouver le ton d'Eric Schulthess, cette façon de dire juste, et la suite de l'histoire... il y des cartes, le phare du Planier (et un des pastels de Claudine Slles), des souvenirs, des petits cigares...
Mimi me tente. Je partirais bien vers l’Amérique, oui.
Allez, une carte qui m’envoie là-bas, de l’autre côté de cette mer. De l’autre côté de l’océan.
il y a encore un rêve de maison sur une plage, la nuit regardée à deux...

images échangées pour portraits irréguliers
Giovanni Merloni http://irregulier.blogspot.fr/2014/05/vases-communicants-de-mai-giovanni.html un long et savoureux préambule, et puis à partir de photos du visage de François Bonneau déformé comme par un miroir à cette fin voué, étudier décrire les premiers, et partir à la poursuite de ces déformations, d'un souvenir de musée, d'un récit.. ma foi allez lire
J’avoue pourtant que les deux photos me dérangeaient vivement. J’avalai deux gorgées de « Mort subite » et tout revint à mon esprit : la dernière salle, complètement noire ; les deux encadrements vides, tandis que l’homme y glissait dedans. Mais, comment avait-il pu se caler dans deux tableaux dans le même instant ?
et
sous un dessin de Giovanni Merloni qui porte son nom et représente une femme attablée, un très joli texte sur le désarroi de cette femme dans un monde étrange
Cet aileron, dans son dos, lui appartient-il encore ? Ou a t-il rejoint déjà l’environnement proche avec lequel elle s’entremêle ? Et ce tabouret circulaire, est-il une excroissance de sa colonne vertébrale ?

Le doute
scène vivante
avec, comme toujours dans la langue d'Ana, des mots sur lequel on bute, des répétitions, une langue qui semble avancer à tâtons : une phrase interrompue, qui résiste, les tentatives pour renouer, le temps nécessaire, etc...
avec une chaîne sonore de nuit de mur d’arbre de marche de sons de pas de marche de nuit de son de vent – du vent du bas sur le visage au vent du haut dans le haut de l’arbre – voilà j’ai ouvert une ligne sonore pour faire tenir le vent dedans
et la beauté de ce rythme (et de ces photos)
et
mine de rien
parce que, mine de rien, ce n'est pas facile le doute, une longue, patiente, analyse de ce que c'est que douter (avec, comme souvent chez Franck Queyraud une belle citation qui sert d'appui)
Nous vivons dans une jungle de regrets et de remords plutôt que dans la contemplation de la beauté inénarrable des dunes du désert ou de celles de la mer, un soir de solitude, en regardant le coucher du soleil. Humains, trop humains. Nous vivons comme les vents.  

le manque d'inspiration
ce qu'est le manque d'inspiration... et elle met en scène un auteur en manque, en grand et long manque d'inspiration, si long, vingt ans, que l'auteur en devient virtuel
Vingt ans sans une goutte d'inspiration, que seul le moteur de l'optimisme pourrait pulvériser pourvu qu'on y mette l'essence de l'espoir, cela le fait à nouveau rire à gorge déployée.
et
dire avec éloquence, en trois strophes, le manque d'inspiration
le manque d'inspiration
respire à chaque entame
s'endort sur un laurier
expire vers le meilleur
ou bien l'essoufflement...

les mots sauvages
trois petits sauvages
trois mots qui déboulent soudain sur le fichier texte., dont l'auteur ne sait que faire, qu'il ne peut effacer – lisez leur aventure à tous quatre
Dépité, l’auteur abandonne son texte. Les mois passent, quelques années d’oubli aussi. Un jour, le texte resurgit au hasard d’une erreur d’ouverture de fichier. L’homme revoit ce foutoir textuel, y constate une certaine harmonie cahotique. Pourtant, rien n’a changé. Sauf lui, peut-être. (ce n'est pas la fin)
et
les mots se balancent
un joli, malicieux, et plus, poème pour dire les mots, et elle, avec eux... et c'est incroyable tout ce qu'ils savent faire les mots
Les mots vont se coucher

repus

Dorment sur leurs mains

leurs pieds

leurs deux promesses.

le trait
sous une citation de «L’alphabet du feu : petites études sur la langue» de Silvia Baron Supervielle, et avec un dessin de Angèle Casanova, une réflexion où interviennent le dessin, la mère, l'amour puisque la mère n'a jamais maitrisé le dessin, et que, donc, il était pour la fille, mutique, un outil pour s'exprimer... le trait qui revient, se ferme, arrondi comme le ventre maternel..
Rêve d’une unité jamais atteinte. Du séjour où je pourrais être une. Entière. Où j’aurais les mots. La pensée. Pour dire. Le désordre du monde. Alors je trace le trait. Je me nourris de la vue de ce trait se déroulant. Je découvre que je jouis. D’une certaine manière.... lire chez Jessica, plutôt, et la suite, l'ouverture, la fermeture, la recherche d'une expression de la révolte, les échecs et tentatives.. et puis la sortie, devenir adulte et l'accepter, mais garder le trait, le plaisir du trait
et
l'enjambée
sous une citation de «Le problème Spinoza» de Irvin Yalom, sage avec un petit sel d'ironie, la résolution de marcher, d'avancer, et y penser, décompenser tant le geste tant qu'il en devient presque impossible, du moins il me le semble
je pars
avec un pas
rencontre un autre pas
un pas vient dans le mien
où est parti le mien ?

à partir d'une photo choisie en commun
mémoires en friche, Arles en rose
les villes qu'on aime, qu'on a connues, dont on a entendu parler et en Arles une maison, une maison rose, dans un bartas, près du champ des morts.
Une maison et son passé, les rêves envolés, voués aux démolisseurs (et elle est si bien dite, rendue présente)
et ses souvenirs auxquels je vous abandonne, souvenirs où passent une vieille dame, Vincent et Gauguin, et Jean revenu après quarante ans d'absence
Ce jour-là nous marchions Jean et moi. Nous marchions à la recherche de deux enfants dont je fus (il garde toujours dans son portefeuille la photo jaunie qu'à chaque rencontre il aime à me montrer). Nous marchions aussi à la recherche d'une tombe que finalement nous trouvâmes (il suffit de prendre le temps de parler longuement à la gardienne du cimetière, ce que Jean, comme tous les enracinés du sud, savait faire) etc...
et
les cigales
une maison en chantier, un père et son fils qui grandit, en chantier, un dialogue, refaire une vie, sa vie, et quand la fatigue viendra on entendra les cigales, et les oiseaux, mais les cigales d'abord
en attendant bander ses forces, le vouloir
T'inquiète pas garçon. Je dis des conneries. La volonté c'est quand on peut. Allons ! Au travail. On va réveiller les cigales.


mettre la main aux apparences (avec échange de photos)
ordre donné, dans l'enfance, de garder une distance avec le poste de télévision, pour préserver la vue, avant, adulte, à la mort du père, de s'en approcher de très, très près, pour l'emporter, le jeter.. maintenant que cet écran est remplacé par tant d'autres, mobiles, proches
Il est permis, à ce stade, de faire un rapprochement avec l’appropriation de la plupart des murs de nos villes et de nos campagnes par les grapheurs, très souvent jeunes et anonymes. La rue est devenue un lieu où se juxtaposent, se superposent, cohabitent ou s’affrontent des écrans individuels, à la manière d’un patchwork en perpétuelle évolution et dont il est difficile de reconnaître, de discerner le prétexte et la finalité. L’impression générale est celle d’une joyeuse anarchie, parfois désagréable à l’œil du riverain.
mais aller donc lire ce qui est en fait une réflexion non exempte de malice,
et
une maison prêtée, un livre commandé, plaisir de quitter son cadre et son blog quotidien... la maison, une recherche sur internet de renseignements sur l'endroit, qui amène à la découverte d'une localité voisine, apprendre que son grand homme est Colin de Cayeux (tout cela avec un vrai ton de mémorialiste) et retrouver, dans un livre du père, Jules Hasselmann, le nom de ce compagnon de Villon..
Malgré mes promenades au bord de la mer dans la journée, je fais souvent des rêves bizarres pendant la nuit : j’aperçois mon père, je crois reconnaître Villon, je devine Colin de Cayeux,  je côtoie des pendus et des trépassés, comme si je voulais mettre la main aux apparences. Et puis s'installer, se mettre au roman commandé

deux très belles rêveries sur l'eau et ses métamorphoses
il y a le sable
superbes photos et un texte qui file, dérive, en petites phrases, petites notes exactes dans leur vague, pour nous transmettre l'abandon au sable, au vent, à l'eau, cette merveilleuse union avec la mer, les vagues, la plage, la nature, plus belle encore de savoir que la fin est proche et le retour
Entre ses orteils, la mer ruisselle. Se fraye un passage, s’amuse, chatouille. Esquisse à peine. Avant de s’éloigner. Légère.
Morsure pétillante d’un baiser d’adieu, l’eau se retire.
Lentement.
Revient.
Les vagues jouent. Diluent leurs couleurs.
et
nous sommes si étrangement corporelles
l'eau qui tombe au ralentis, goutte à goutte, sur les corps,
en rajouter, l'esprit plus rapide que les gestes, l'eau en tourbillon calme comme les idées, la pensée au hammam ... lire Isabelle et sa façon de rendre sensuelle ou charnelle, ou corporelle, la pensée
Les pieds nus glisseraient. L’esprit plus lentement que le corps cesse de se mouvoir. En vient à se laisser prendre de torpeur. Plus lentement que le corps, puis il abandonne toute résistance. Et se contente de très peu de mouvements. Remarque les modulations de la vapeur. Ses déplacements. Il est très improbable de se focaliser sur des nuages. Focale incertaine et mouvant..

avec, pour finir, les deux fois dix bidules, objets familiers, traces de vie chez
François Bon (ci-dessous)
à partir de ses rayonnages, les livres - qui me faisaient rêver -, noter ces petites choses qui se déposent, en lien direct, ou temporel, ou apparemment hasardeux avec eux...
Devant le vieux Seî Shonagon (j’en ai racheté un neuf, mais jamais pu me résoudre à jeter le vieux), c’est un frein d’obus de canon de 75 usiné par mon grand-père en 1916  – il en était fier. Accroché dessus, deux magnétites, sphère et ellipsoïde, rapportées de cette incroyable boutique de Broadway South à Manhattan. Des années que je m’en sers pour stocker les chèques, en attendant de les porter à la banque. Mais personne ne paye plus par chèque
pendant que Brigetoun, moi, chez lui, http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3954, je tentais de poser de faux tankas sous des brimborions ou objets beaux parce qu'aimés, ou chargés de souvenirs doux-amers comme ils le deviennent tous
Couleurs baveuses
tracé indistinct, copie
rêvée d'un ailleurs.
Trace d'un temps miséreux
M'occupais sans y croire.

10 commentaires:

François Bonneau a dit…

Toujours aussi indispensable !! Merci, ô phare !

Dominique Hasselmann a dit…

Oui, merci pour le travail d'archiviste... on voit ce qui nous reste encore à lire !

brigitte celerier a dit…

et grand merci à tous deux pour votre passage

Anonyme a dit…

Merci de vos lectures, Brigitte. PCH

Isabelle Pariente-Butterlin a dit…

Votre merveilleuse façon de nous accueillir tous et d'avoir un mot, une attention pour chacun d'entre nous …

Giovanni Merloni a dit…

En suivant ta descente rétrospective d'une petite place en haut à la place Léon Blum en bas, dans un premier mai regretté, tu te souviens volontiers d'un rite où tu n'aimais pas le parfum-odeur du muguet. Et tu est passée joliment à ce rite actuel des vases, véritable étalage de mots en forme de fleurs où se mêlent aux vrais fleuristes des militants de l'enthousiasme comme moi... Et peut-être, de cet étalage d'aujourd'hui un odeur ou parfum spécial jaillit. Est-ce que tu l'aimes, celui-ci ?

brigitte celerier a dit…

si je ne l'aimais pas, je passerais mon chemin

Louise imagine a dit…

Merci de vos lectures, toujours attentives. Et d'acueillir nos textes chez vous...

ana nb a dit…

grand merci à vous de vos lectures de votre voix, de ce moment partagé

Gérard a dit…

Ce soir au clair de l'urne