dimanche, juillet 06, 2014

Avignon - le vrai jour 1


cardigan de gros coton sur la chemise de nuit, jambes frissonnantes, me sentais vieille et seule, suis sortie saluer les trois boutons de rose pieds nus sur les dalles froides sous un ciel d'opale
et puis j'ai souri avec espoir un peu suspicieux au jour..
je vais maintenant, plus encore que ces derniers temps, égoïstement (me privant provisoirement aussi) n'être qu'à sens unique sur internet, et amis qui passeraient ici ne vous lirai plus.. compte vous retrouver ensuite
ai sucé avec conviction une pastille anti-rhume-des-foins (les pollens sont vraiment cette année pleins d'une insistante malveillance), dopé carcasse et m'en suis allée vers le théâtre des Halles, dans les rues avec oeil flottant avec indifférence sur les affiches, sauf ces deux discrètement anonymes contre le ciel absent
et arrivée chez Timar avec les premiers rayons de soleil, pris trois billet dont un pour le temps suspendu de Thuram aujourd'hui à onze heures, et deux pour des spectacles dans les jours à venir
attente dans le calme du jardin,
ai cru un moment que je serai seule spectatrice (ai plaisanté un moment avec Dominik Bernard, je crois, l'acteur qui m'a ouvert la porte, me disant, et l'étant, intimidée par ce rôle de public à moi toute seule), mais peu à peu nous sommes arrivés, pour ce premier spectacle de l'été, à une dizaine (et comme la chapelle est minuscule cela faisait presque un bon gros public)
une mise en scène et scénographie de Timar d'après Véronique Kanor, jouée par Dominik Bernard et Ricky Tribord
C’est la figure du footballeur Lilian Thuram qui sert de fil conducteur à cette pièce pour questionner et explorer notre rapport à la célébrité, à l’image et aux médias. À travers le regard de deux hommes, celui d’une star de foot et celui d’un illustre inconnu, un « looser », se posent des questions existentielles : « Qui suis-je ? » et « Qui es-tu vraiment ? ». N’est-on « quelqu’un » que par le prisme de la célébrité forgée par les médias ? La pièce, construite comme un thriller, tient en haleine, avec du rythme, du suspens, des rebondissements
Dominik Bernard est Eugène, qui a enlevé Lilian Thuram (Ricky Tribord, pendant un long moment ficelé, bâillonné sur un fauteuil), sous prétexte de l'enrôler comme associé, porte parole de sa vérité : nous sommes dans des cases où nous mettent les décisions, les désirs des autres, notre moi n'est pas le vrai.. voix chaude ou aigue, un jeu qui déraille volontairement, en équilibre sur la folie...
Un beau spectacle, aimé, vraiment, malgré la carcasse qui se réveillait comme la veille (aimerais sortir de ce cycle..) et dont je tentais de calmer le désir de fuite.
Retour, un peu flageolant et tétanique au début, puis de plus en plus ferme, dans les rues qui commencent lentement à s'animer (mais avec beaucoup moins de monde que d'habitude, cela va peut être venir) – cuisine un peu longuette, déjeuner, roupillon avec calmant en pensant à l'épreuve Aubanel 
court sieston, se changer (envie de jupe et de manches très courtes, tant pis pour les bras flasques de la vieillarde), départ pas très flambante, en belle mais non excessive chaleur
regretter un peu ce bleu tournant à l'incandescence, et entreprendre la longue attente sur la rampe d'Aubanel, dans les premiers, à l'abri, meubler pour ne pas laisser le malaise habituel s'installer avec photos, quelques mots sans intérêt échangés, et quelques pages de sur l'image qui manque à nos jours de Quignard
s'installer devant, près de la sortie, découvrir que les deux heures  - ce que je croyais avoir lu - étaient en fait deux heures et demi, et apprendre par un tee-shirt rouge que c'est devenu deux heures 45, faire rapide calcul et constater que devrai partir un peu avant la fin pour prendre billet du soir chez moi, arroser, me refaire, à l'allure d'un express, un esprit vide...
aimer le grand plateau, les éléments de décor, l'amorce de symétrie..
c'était The Humans d'Alexandre Singh, sa première pièce, commande de Witte de With, centre d'art contemporain à Rotterdam, qui a été jouée à Rotterdam et New York
sur le programme
Une île, surgie du néant, est gouvernée par deux puissances : l'une, apollinienne, incarnée par le sculpteur Charles Ray, l'autre, dionysiaque, par N. le lapin Nesquik®. Les enfants respectifs de ces deux esprits, Tophole et Pantalingua, entravent – sans toutefois l'empêcher – l'avènement de l'humanité. The Humans oscille entre cosmogonie antique et farce grotesque. Dans le sillage du théâtre d'Aristophane, modèle pour Alexandre Singh, l'auteur metteur en scène entremêle les motifs et les références : clins d'oeil à Shakespeare, Mozart ou Woody Allen, à la philosophie de Nietzsche et à la culture télévisuelle... Il recourt à toutes les techniques de la scène pour cette oeuvre totale ; musique grégorienne, danse baroque, postures antiques dialoguent et transcendent courants et styles. Nous assistons à une fable initiatique, proche des histoires de Pinocchio ou du robot Wall-E®, où les statues, tout juste animées, font l'épreuve de l'absurde et du tragique liés à leur nouvelle condition humain
et j'avais noté dans un entretien, sur le site du festival, comme la photo ci-dessous, ces phrases de Singh
J’appréhende la création théâtrale un peu comme Pierre et le Loup, avec un instrument pour chaque personnage ou chaque ligne dramatique. Cela est sans doute lié à ma passion pour l’opéra. La dichotomie sur laquelle est fondée The Humans est celle qui structure aussi des œuvres comme La Flûte enchantée ou La Tempête. Il s’agit de jouer sur les oppositions masculin/féminin, rationnel/irrationnel, connaissance/folie, pour faire naître une forme inattendue.
.Je ne me suis en effet pas privé de jouer avec des références: commedia dell’arte, Woody Allen, théâtre grec, Molière, Mozart, Shakespeare, kabuki, etc. Ce spectacle est un peu comme un gâteau préparé avec tout ce que j’adore. Il est aussi intrinsèquement lié aux inspirations de la pièce, telles que le théâtre d’Aristophane qui est un art du trop: trop de blagues – souvent très vulgaires – trop de masques, trop de danse, trop de chants. J’aime passionnément ce théâtre fantasmagorique et excessif. Je revendique ce maximalisme visuel, narratif, musical et linguistique. Et même si ce n’est pas un théâtre très intellectuel, les niveaux de langage sont multiples et riches. J’imagine que c’est lié à mon tempérament: je me pose moins souvent la question «pourquoi faire cela?» que «pourquoi ne pas le faire?».

Photo provenant du site du festival
Et ma foi il y a tout ça, plus ou moins, plutôt plus que moins, et une Brigetoun perplexe. Ai eu des moments de plaisir, devant l'esthétisme extrême, le métier de la troupe, la façon dont toutes les références aux musiques antérieures deviennent comédie musicale un peu Broadway, l'union de philosophie et de scatologie, les costumes (les culottes bouffantes en lin grège de Tophole, comme celles d'un Henri II baroudeur en vacances, avec de grandes poches pratiques sur le bouffant... etc...) et j'ai fortement baillé par moment... jouait aussi le statisme de la salle, moi y compris, qui recevait avec un calme appliqué et un rien morne les saillies de la jeune intellectuelle prolixe (à vrai dire difficiles à suivre pour qui n'était pas très américain-langue-maternelle, et traduites sur des panneaux de chaque côté de la scène, au prix d'une gymnastique incessante des yeux) – des départs dès la première heure, me suis trouvée sans voisins, ayant attrapé sans doute un peu de leur ennui (c'est très contagieux) et tant pis pour toutes les notes prises, j'en reste là... juste perplexe, un peu navrée de ce qui me semble une inadéquation entre spectacle et nous le public de cet après midi
retour aussi rapide que possible, noté ceci pendant cuisson patates, pris petit veston pour l'éventuelle fraîcheur de la nuit, arrosé, et suis repartie, en attente grande, ne sais trop pourquoi, 
le long de Joseph Vernet, des Lices... qui s'animent sans que ce soit encore la foule.. vers le Lycée Saint Joseph, l'attente, 
la cour, et coup fatal d'Alain Platel, sur une idée de Serge Kakudji (contre-ténor) et Paul Kerstens, une musique de Fabrizio Cassol et Rodriguez Vangama à partir du répertoire baroque, avec le soutien du théâtre KVS de Bruxelles...
parce qu'Alain Platel, parce que le mélange de musiques, parce que les musiciens congolais, le long travail en commun, la qualité grande et l'évidence, parce qu'Alain Platel dit J’ai aujourd’hui la conviction que l’on peut se rebeller, faire preuve de subversion, non pas en racontant l’objet de sa rébellion mais en rendant compte d’une joie de vivre qui résiste à la misère et qui semble nous faire défaut ici, en Europe.
photos du site du festival
parce la joie devant le rideau de douilles (une idée du décorateur - Ce décor a bien entendu une connotation politique mais je ne souhaite pas en faire un message dit Platel), l'allégresse de la musique.. la voix puissante de Serge Kakudji, les moments où les autres écoutent simplement et où Monteverdi monte avec le lamento d'Eurydice, les moments où ils soutiennent, où les musiques se mélangent, la danse époustouflante d'un des joueurs de likembe, les deux chanteurs/danseurs Bule Mpanya et Russell Tshiebua prenant en charge le charme, la malice, la joie mais aussi la douleur et l'abandon de soi...


public enthousiaste et les vingt minutes supplémentaires par rapport aux prévisions passant sans que l'on s'en aperçoive
retour à travers des restes de vitalité. Molière en soutien.

8 commentaires:

brigitte celerier a dit…

Paumée fait des caprices avec caractères - tant pis, trop fatiguée - restera ainsi

Marie-christine Grimard a dit…

Un grand merci pour vos partages, quel plaisir de vous suivre, je n'avais jamais vu le Festival d'aussi près !

mémoire du silence a dit…

Merci beaucoup c'est comme si j'y étais et cela fait tant de bien d'y être ... et croiser Molière en soutien que du bonheur ...

Dominique Hasselmann a dit…

Cela semble bien parti...

On vous suit avec plaisir !...

brigitte celerier a dit…

tente ce matin de dompter carcasse (parce que vraiment pénible hier, elle est la pire intermittente)

jeandler a dit…

Un peu triste Venise, non ?

brigitte celerier a dit…

ô non de très bons moments tout de même !

arlettart a dit…

Tu commences fort!!! avec talent pour dénicher le bon spectacle