lundi, juillet 07, 2014

Avignon – jour 2 – ô vous frères humains, avant Lied Ballet ou danser des lieds dans la nuit

matin soins pour l'antre et carcasse à tenter de dompter, lavage cheveux, linge maison, aspirateur, passionnant et cool, sur fond de vieux jazz
partir, un peu après quinze heures vers le théâtre des halles à nouveau, saluant le retour du potier de miniatures, la rencontre de deux parades, le plaisir simple de ma chemise légère, fraîche et très sage, la bigogne qui déborde en face du théâtre (peu fleurie)
et comme suis inguérissable, j'avais une demi-heure d'avance... me suis assise dans le jardin, avec les autres futurs spectateurs, dans la langueur du mitan de l'après-midi, la tiédeur des ombres, partageant mon attention entre Quignard et un groupe assis près de moi
que j'ai retrouvé en faisant la queue devant les petits cadres de Timar, qui venaient écouter, regarder l'un des leurs, Gilbert Laumord, et m'ont loué le spectacle dans lequel il joue également (il est aussi un des deux adaptateurs), avec eux, au Collège de la Salle l'épreuve de Virjilan, les épreuves imposées à Virjilan, donc, dieu du Léwoz, maître des tambours, pour prendre la succession de la très lasse Vyé Madamm-la, la Soufrière, déesse du feu...
Comme ils étaient très sympathiques, que le thème séduit en moi l'amatrice de légendes, et comme, ensuite, ce que je ne savais pas encore, j'ai beaucoup aimé la voix, la finesse de Gilbert Laumord... ai presque promis, mais à vrai dire pense que je n'irai pas… (temps et clim)
Nous venions assister à l'adaptation par Danielle Paume de ô vous frères humains d'Albert Cohen, écrit à partir du souvenir qui le hanta toute sa vie : un enfant de dix ans découvre, un jour du mois d’août, la haine et le rejet dans les paroles et le regard d’un camelot, occupé à vendre dans une rue de Marseille, des bâtons de détacheur : cet enfant juif, c’était lui…
Trois acteurs, « hurluberlus grandioses », éperdus d’amour et de désir, témoignent de cette toujours brûlante actualité : trois êtres, trois pays, à jamais bercés ou secoués mais imprégnés par la même culture française.
Ces « étrangers d’ici » apportent par leur origine et leur différence, par leur présence et leur voix, leur âme aussi, la dimension universelle, d’ailleurs inhérente au récit, sans apitoiement, sans lamentation.
Et cette conclusion que je ne peux que ressentir comme une évidence, dont j'ai toujours été persuadée : Pardonner le véritable pardon, c’est savoir que l’offenseur est mon frère en la mort, un futur agonisant qui connaîtra les horreurs de la vallée des épouvantements, et déjà il mérite pitié et tendresse de pitié... d'autant que c'est une façon de limer les dents arrogantes et menaçantes de son sourire de rejet.
Un texte fort et poétique, une belle langue.
Trois âges, trois provenances, trois acteurs, donc, qui sont Cohen, qui n'incarnent pas strictement mais prennent en charge : le caribéen Gilbert Laumord, avec son autorité calme, sa tendresse sans faiblesse et ses cheveux gris, l'auteur vieillissant, se retournant sur sa vie, Paul Camus l'homme dans la force de l'âge, et Issam Tachyq-Ahrad l'enfant confronté brusquement à la méchanceté de ceux vers qui il avance avec amour...
retour, en passant à la chapelle du Verbe Incarnée, pour prendre un billet pour assister, lundi soir, à la vie sans fard de Maryse Condé, mais elle ne se jouera finalement qu'à partir du 9...

tourner au coin de la rue des teinturiers qui commence à se remplir de passants, suivre la rue Bonnetterie, rencontrer une équipe en débat souriant avec Diogène
et des distribueuses de tracts adeptes du farniente.
Noter ceci, faire cuisine, un petit tour sur internet, arroser, se plonger un peu dans la Terrasse que j'ai fini par accepter au coin de la place de l'horloge, ne sais pourquoi, mettre une robe que j'aime, prendre mon petit veston rouge et partir vers le cloître des Carmes, 
en amarrant à mon sac un parapluie au dernier moment, le ciel s'étant brusquement chargé de grosses boursouflures grises...
la rue Carnot avec un semblant d'animation, les tables de la place des Carmes occupées, surtout celles sous l'auvent, 
et une file d'attente ridiculement courte par apport aux années précédentes (le cloître n'a finalement pas été complètement plein)
inquiétude, puis parapluie, contre goûtes de moins en moins modérées, ce qui a induit l'équipe du festival
à nous ouvrir le cloître, pour une attente d'une petite demi-heure, pendant laquelle piapiater assez agréablement, avant que la décision soit prise de jouer, la pluie ayant cessé, avec l'espoir que cela dure le temps, assez bref, de la représentation.
regarder le balayage de l'eau, regarder les sièges et s'assoir résolument dans l'humide, et se préparer à voir Lied Ballet le spectacle de Thomas Lebrunet du centre chorégraphique de Tours
deux photos de Frédéric Lovino trouvées sur le web
en trois parties qui s'enchaînaient mais se distinguaient nettement
une première partie, sur une musique de Mélodie Souquet, en pantomime basée sur des lieds, danseurs en noir, figés en tableaux muets successifs, qui parfois s'animent, chant monosyllabique, visages tordus de peine ou d'horreur, calme ou expressionnisme extrême des attitudes, par deux fois récitation en choeur de vers d'un lied... je ne me demandais pas si j'aimais, étais dans ce que je voyais
puis arrivée du pianiste Thomas Besnard et du ténor (superbe voix dans la nuit des carmes) Benjamin Alluni, pour des lieds d'Alban Berg, Malher, Scelsi et Schönberg... danse, en solo, duo, pas de deux, ensembles, suivant les cas des danseurs, mélange de noir, d'ivoire, de gris, d'or terni, de blanc, danse épousant la musique presque jusqu'au pléonasme chaque fois.. et les quelques départs que j'entendais derrière et au dessus de moi ont cessé.
Et pour la troisième partie, après un court passage au noir, musique enregistré, et l'ensemble des danseurs en maillots une pièce bleu vert, se mouvant en bloc, lentement d'abord, de plus en plus rapidement, martelant, l'ensemble se défaisant, repartant à l'unisson, comme un choeur.
Applaudissements
sortie, retour dans les rues passablement désertées, dans les bourrasques de vent, et un bel orage qui a attendu pour se déchaîner que je sois rentrée depuis dix minutes.

Un festival malmené, qui avance pourtant (rencontré une spectatrice de The Humans qui était partie en cours de route, mais avait rétrospectivement une impression pas totalement négative)

8 commentaires:

Dominique Hasselmann a dit…

Le déluge était donc bien présent (même dans les photos !)...

brigitte celerier a dit…

et ça a été pire vers une heure du matin !
là n'arrive pas à me réveiller… tiens à déjeuner en paix, renonce au spectacle pour jeune public pour lequel j'avais un billet

jeandler a dit…

Pour le déluge, de quoi sera fait ce jour ?
D'un pas alerte, la ville s'anime...

La "bigone " à peine fleurie ? La bignone faut-il lire ?

│ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ AVIGNON │ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ a dit…

Merci Brigitte !
Moi qui n'étais pas à Avignon ces deux dernières semaines, je m'y suis promené encore grâce à toi !

ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ a dit…

...et de réjouissantes photos !

brigitte celerier a dit…

Pierre OUI merci (me demande combien d'autres fautes - pas relu ce matin, je n'arrive pas à démarrer)

arlettart a dit…

Les cigales vont revenir chez toi je comprends mieux ... et les commentaires croisés FC FM et les tiens sont brillants, une préférence pour tes impressions imagées et mouillées

Gérard a dit…

Que de choses un vrai parcours du combattant artistique