samedi, octobre 11, 2014

Projets et reprise

M'en suis allée, matin, chez le teinturier, endossant veste de velours comme la saison commence à le demander, dans la ville, sous belle lumière, ciel bleu, nuages mouvants, si beaux que mes yeux en ont pris images non téléchargeables, puisque j'avais oublié mes appareils...
Ai loué un studio pour trois nuits fin octobre à Saint Germain du Teil 
Ai loué un studio pour trois nuits fin novembre rue Amelot, pour des retrouvailles avec quartier tant connu,  en espérant avoir choisi au mieux,
Ai acheté billets dans six trains
Ai réalisé qu'il sera sans doute impossible que je me serve de mon billet pour les Nègres à l'Odéon, en ai fait mon deuil, en caressant petit espoir (échanges charmants avec ma future propriétaire)
Et pour Avignon, l'antre, me suis battue contre les objets (pêne de porte, chasse d'eau, etc...) rétifs, malicieux, et les ai domptés
Ai tenté de suivre les consignes d'une proposition d'écriture, ai constaté qu'en étais incapable, au moins ce jour, recopie ce qui devrait être ma dernière contribution aux vases communicants, publié par Ana NB dans son jardin sauvage http://sauvageana.blogspot.fr/2014/10/vases-communicants-brigitte-celerier.html
Théâtre
puisque dire théâtre signifie regarder, contempler
quand le poème se fait regard sur le monde
quand le poème nous fait contempler et penser le monde
quand côte à côte nous, dissemblables, recevons images, sons, paroles
cet espace de temps où nous nous taisons, où notre dialogue avec ce qui se dit, se montre est muet, parfois inconscient, parfois disputatio
quand, dans le meilleur cas, une petite graine vient s'ajouter silencieusement à notre nourriture intérieure
Théâtre
des femmes et quelques hommes, en noir, avec des touches de rouge, ou d'orange, pour le plaisir, placent les spectateurs, échangent mots souriants avec habitués, puis ferment les portes pour que vienne la communion, et s'en vont au fond du foyer plaisanter en paix.
Théâtre
des fauteuils embrassant les fauteuils du parterre, du rouge, de l'or moulu, ou du bleu clair et des rechampis, des corps qui se calent, se tendent un peu pour attention, un silence qui vient, et des souffles unis, quelques gorges raclées qui décousent
parfois des butors à cadrans, lueurs vertes, l'horreur exaspérante d'être épaule contre épaule avec l'ennui
la chute raide et droite des gradins vers le plateau du théâtre de la ville, ou de Bobigny
Théâtre
un foyer, un entracte et la contemplation de la rue de Tournon descendant dans la nuit
ou
la vie sur plusieurs niveaux et l'horrible café de Créteil, le foyer des Amandiers, sa vie et les échanges pendant la gestation de «Karl Marx théâtre inédit» de Jean-Pierre Vincent et qu'importe la déception plus tard devant le spectacle
Théâtre
une succession de rideaux ou des panneaux de bois peint, les coulisses, du vert mêlé à des troncs peints, et voilà que le dragon que Goethe a substitué au serpent, va de l'un à l'autre, avançant peu à peu et s'en vient poser sa tête sur l'épaule de Tamino terrorisé qui cesse de clamer sa peur et s'évanouit
une palissade traversant en biais le plateau et les pièces de guerre
une lumière qui découpe la scène, nuage d'argent grenu venant entre deux coulisses, délimité, cerné, comme par une une fenêtre, et un frêle corps tout droit, réduit par la tension, raidissant pour nous son profil, yeux perdus dans cette lumière, qui pourrait être Isabelle Huppert ou Orlando, longtemps il y a
la Phèdre oratorio de Valérie Dréville
des italiens, et des émerveillements, avec le Goldoni de Strelher, le solitaire Macbeth de moins de Carmelo Bene et ma première découverte de Castellucci
Théâtre
un plateau immensément large ou qui le semble
charme, rigueur, blancs, beiges et lumière d'un Cosi fan tute d'il y a près de vingt ans
la brume bleue d'où émergent lentement des silhouettes, les paroles lentes, Fosse et Régy
une ville, des danseurs acteurs, Pina Bausch, Chaillot
mes dix-sept ans, les cuisses et les voix, la guerre de Troie dans le Chaillot d'antan
blanc sur blanc, politique et aventure d'une vie, King, Vinaver, Bonnaffé, Carlo Brandt, Roussillon
le sous-sol de Pompidou, un Coriolan, devant rideau ou sans décor, violence et épure
Théâtre
la nuit, le ciel, le vent parfois, enclos entre murs
notre mur de solides pierres usées et un peu sales, avec les trous sombres de ses fenêtres éparses, ceux qui en tiennent compte et ceux qui luttent ou le négligent et souvent s'écrasent
un corps escaladant une tour, des petites silhouettes perdues sur un plateau immense balayé par le vent lançant les mots d'un poème face à une petite foule en pente
un cheval galopant, immense, sur la pierre
en des temps très anciens, ceux de ma jeunesse, le public qui s'installe lentement dans le cloître des Carmes, face à une jeune femme nue qui les regarde, assise, immobile, quand ce n'était pas encore si habituel qu'on en baille
la magie des Célestins, la musique, quand eux et le mistral en décident ainsi, des deux beaux grands platanes, et mes plus beaux souvenirs dans lesquels je pioche histoire de loups d'Aperghis, le théâtre musical abouti, et le crépuscule descendant sur nous et les danseurs d'Anne-Theresa de Keersmaker
Théâtre
les murs tombés, le ciel immense, la grande courbe de la carrière de Boulbon, et cette année le grand praticable nous dominant, les costumes de papier blanc, le Mahabharata Nalacharitam japonais, la jubilation, stylisation, comique, intelligence et beauté
le théâtre pauvre, la rue, trois éléments de costumes et quatre bouts de bois, le cercle qui se forme
et, très longtemps il y a, la rangée d'arbres au fond du pré, une grande petite fille dont me souviens un peu, avec ironie et pointe de fierté, dirigeant la troupe des soeurs, cousins, amis, plus ou moins dociles, pour raconter aux parents résignés une histoire sans fond comme un rêve
Théâtre
des souvenirs fulgurants et vagues qui se bousculent comme des éclairs – cinquante ans en désordre (ou davantage en remontant à la petite fille)
un mot – et ces lieux et moments où je suis entrée en relation, grâce à la distance, avec le monde sur lequel glissais.

4 commentaires:

Dominique Hasselmann a dit…

Belles mosaïques... comme les pièces manquantes d'un théâtre sans doute retrouvé.

brigitte celerier a dit…

Il a tant de facettes le théâtre

tanette2 a dit…

Belle couleur pour ta veste de velours....utile pour tes prochains voyages.

jeandler a dit…

Poésie des inventaires.

Une pierre
deux maisons
trois ruines
quatre fossoyeurs
un jardin
des fleurs


un raton laveur (..

Jacques Prévert.