jeudi, novembre 06, 2014

La bannière de Blaise, le saint des maux de gorge, des maladies animales et des lainiers


Dans Avignon qui insiste pour que je me mette en tête que l'hiver est là, en promettant fêtes dont je me moque bien, m'en suis allée, nez froid et coeur curieusement allègre chez le teinturier et puis errer un peu trop longtemps dans les rues, en ramenant petits objets nécessaires,
et la couleur que les arbres, même ici, prennent pour nous réchauffer ce passage.
Après le déjeuner, écrit, trop vite, mais en plongée grande, un petit témoignage sur choses qui m'importent, pour répondre à une demande familiale, et en suis sortie exsangue, vidée par ce peu, pour un moment... ai peu lu, peu fait – ressorti photos et souvenirs de ma visite l'autre jour au petit palais, 
à l'exposition-dossier Piété populaire en Italie au XVème siècle – la Bannière de saint Blaise de Niccolo da Foligno.
Plaisir de retrouver des lieux que je néglige trop, de l'accueil par l'archange usé, de résister à l'envie de tourner entre les chapiteaux de la première salle pour aller rendre visite aux cardinaux sagement allongés
plaisir, en entamant la visite, au premier étage, de m'attarder un moment devant l'annonciation et le tragiquement beau transi provenant du tombeau du Cardinal Jean de Lagrange
de saluer en passant Saint Petrone (j'avoue que j'ai dû chercher, je n'avais pas noté son nom et je ne le connais pas assez pour le reconnaître) et Saint Jacques (là j'hésitais) d'Antonio et Bartolomeo Vivarini.. le Saint Jean Baptiste à la sauvage élégance de Giovanni Angelo d'Antonio, le Saint Nicolas de Carlo Crivelli,
et mon bien-aimé, un peu gauche apparemment, merveilleusement évident et transparent Ecce Homo de Liberale da Verona.
avant de, négligeant pour une fois, parce que n'en aurais pas fini, les doux siennois, les drus et solides saints paysans de Mariotto di Nardo, les grands florentins, Botticelli, et les autres, Venise, Carpaccio etc... obtenir d'une gardienne de franchir un cordon, de couper, de grimper tout en haut, dans des salles en fin de trajet pour retrouver l'exposition 
débarquer en Ombrie, à Assise, vers 1465, avec Niccolo da Foligno grand pourvoyeur de tableaux et de bannières pour les nombreuses confréries (si grand pourvoyeur que mourut riche semble-t-il, et eut sans doute parmi ses élèves le Pérugin) nez face à grandeur devant le recto de la bannière de Saint Blaise, la vierge de miséricorde, couvrant de son manteau Saint François d'Assise et Sainte Claire (dont elle effleure un peu négligemment les crânes) et les pénitents de la confrérie de Santa Maria del Vescovado..
tourner pour découvrir le verso, Saint Blaise entre deux saints dont j'ai oublié l'identité, honte à moi, au dessus de scènes de sa vie de son martyr – Wikipedia me dit En 316, Agricola, gouverneur de Cappadoce et de Petite Arménie, arriva à Sébaste sur ordre de l'empereur Licinius pour mettre à mort les chrétiens et il fit arrêter l'évêque. Comme on le menait en prison, une mère mit à ses pieds son fils unique, qui était en train de mourir par étouffement d'une arête qu'il avait avalée, et l'enfant fut immédiatement guéri. Cependant le gouverneur, incapable de faire renoncer Blaise à sa foi, le fit battre, fit déchirer sa chair avec des peignes en fer et le fit décapiter .http://fr.wikipedia.org/wiki/Blaise_de_Sébaste et c'est cette scène, les bourreaux et les peignes de fer (l'être humain a toujours été imaginatif) qui figure sur l'affiche et l'invitation
mais ce qui m'a ravit, qui est le petit morceau que j'aime vraiment, mon petit pan de mur jaune, c'est le petit cavalier en casaque et chapeau jaunes et son rapport au grand saint en chasuble d'un rose de pétale, avec l'ocre et l'abricot du bourreau, le brun doux de l'homme qui s'enfuit en voyant l'évêque, passant sans regarder derrière son supplice.
Ai lu, et oublié en grande partie, les panneaux qui entourent l'oeuvre, qui détaillent l'exécution sur deux lais réunis par une couture que l'on peut avec application distinguer au centre, la préparation : toile imbibée d'huile puis recouverte d'un fin badigeon, les traces légères de crayon, les marques de compas sur les auréoles, découvertes lors de la restauration etc... la fixation par clous, qui avaient endommagé la toile, et la nouvelle fixation adoptée…..
les étapes de la restauration à Rome puis au Louvre... les nombreux repeints d'époques diverses sur cette bannière.
les questions que posent l'autre version, celle conservée à la Pinacoteca comunale d’Assise, endommagée, peut-être inachevée selon certains, mais identique, et peut-être l'originale…
Et puis, oubliant le détail de ce que j'avais lu, pensant que je trouverai un livret à la librairie (il n'y en a pas, et ma foi tant pis), revenir vers la porte, m'arrêter, aimer le Christ de pitié pleuré par deux anges portant des torches, entre la vierge et Saint Jean, oeuvre presque maniériste qui daterait de la fin de la vie de Niccolo da Foligno,  (et zut pour les reflets)
et les saints provenant d'un retable (ai oublié ce qui en était le sujet principal, comme la provenance).
Avant de circuler entre les oeuvres ombriennes choisies pour les accompagner, gardant images
d'un grand saint inconnu de moi par Antonio Aleotti
d'un Saint Jérôme et d'un massacre des innocents de Benvenutto di Giovanni,
du schématisme de ce qui reste de l'enlèvement d'Hélène de Liberale da Verone 
et d'une douce madone aux vives joues de Lorenzo Vecchitta,
avant de saluer le fort Saint André, poétisé par le verre irrégulier, de descendre et de regagner la place.
de dégringoler la rue Vieille Juiverie, de rester une minute en arrêt, ne sais trop pourquoi, devant les tons d'une petite décrépitude et de regagner l'antre.
Pardon – billet surtout à usage personnel.

8 commentaires:

Dominique Hasselmann a dit…

Le petit cavalier est fort plaisant (plus que les peignes à torture).

Mais vous avez échappé aux inondations ? J'ai vu hier soir que le Rhône avait enflé de deux mètres et que des voitures avaient été transformées en bateaux.

Hue Lanlan a dit…

j'aime le ciel et les traces de mousse de mur après toutes ces peintures. Continuités...

brigitte celerier a dit…

ma foi, ça a dû rester hors rempart et je n'en ai même pas entendu parler
Par contre enflemment des cris de sioux, sauts à pieds joints et portes claquées dans l'appartement voisin entre une heure et trois heures cette nuit (trois gars et une fille un rien partis et totalement hilares quand me suis décidée à proteste… - bon il y a plus d'un an qu'ils étaient silencieux, mais suis pas fraiche là)

arlettart a dit…

Plaisir de retrouver ces visages aux expressions réalistes Merci
pour ton regard aigu qui se perd dans les herbes folles en harmonie

│ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ AVIGNON │ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ a dit…

Quel est le verbe irrégulier qui poétise le fort Saint-André ???

jeandler a dit…

La torture sous toutes les formes et d'autres encore, à venir, de tous les jours, de tous nos jours. Ecce homo.

brigitte celerier a dit…

pas le verbe, le verre .. les fenêtres ont des verres épais

ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ a dit…

:D)