mardi, novembre 04, 2014

Rage ou remords, vent et pluie, s'évader fictivement

Or donc devais, pour obéir à petit toubib, reprendre contact avec le pneumologue qui n'avais rien trouvé de réellement grave dans le délabrement de mes poumons,

or donc me suis préparée, à contre coeur, ai calculé temps de trajet, et puis comme tout en moi était frein, que tournais en rond devant ma porte, suis partie, sous ciel encore lumineux où nuages et bleus se chassaient dans le vent, pour me rendre compte que j'étais en retard, appeler un taxi, 
arriver avec assez solide avance, m'attarder devant la rouille des arbres, attendre dans une salle pleine de clients potentiels pour le collectif de médecin, une bonne demi-heure au delà de l'heure prévue, m'absentant, plongée loin d'eux, dans la fin d'avec vous ce jour là la lettre de Sabine Huynh au poète Allen Ginsberg, attendant encore le temps de calmer ma résistance, de me faire visage aimable et responsable.
Trop, parce que quand il m'a été prescrit un nouveau scanner n'ai pas su me rebeller, ai pensé temps gagné, haussé les épaules intérieurement, acquiescé, pris sagement un rendez-vous pour début décembre… 
et que ce n'est qu'avec mes premiers pas dans la rue, dans le reste de vent, sous le ciel devenu sombre comme une menace, que ma rage est montée contre cet engrenage, cette insistance, la gabegie de cet examen inutile, que ma méfiance instinctive envers ce médecin – peut-être injuste mais tenace – s'est réveillée.
Comme j'avais repéré qu'il y a, près d'un des centres commerciaux, à quelques stations de bus d'Urbain V, en tournant autour de la ville, un magasin des Galeries Lafayette, j'avais décidé, quitte à faire ce que je déteste, d'y passer pour chercher valise de taille correcte, sac pour l'hiver, chaussures basses pour la ville, pantalon qui ne vienne pas du rayon garçonnet de Monoprix etc... mais la carcasse, réagissant comme toujours méchamment à mon à-contre-coeur, commençait à se manifester, et comme le petit centre commercial du Pont des deux eaux était fermé, j'ai décidé qu'il en serait de même pour Cap-Sud et les Galeries,
et, souriant aux jets d'eau luttant contre le reste de vent, ai tourné, paumée, autour de la clinique, interrogé deux personnes, trouvé l'arrêt du bus qui me ramenait vers les remparts, 
longeant des arbres merveilleux, des cités…
trouvant, à cause de travaux, bel embouteillage sur l'avenue qui longe les remparts, jusqu'à ce que carcasse ne supporte plus les effets des redémarrages, arrêts, secousses,
descendre, retrouver petite allégresse de la marche, 
passer sous la voute basse et presqu'amicale de la petite porte Saint Michel, et m'en revenir sous les premières gouttes.
déjeuner, petite sieste, regard vague sur un ourlet à faire, lecture de revues d'ONG, d'Alternatives économiques (conscience revenant de la perte que représentais pour la sécurité sociale), etc...
et pour sortir des petits ennuis de cette journée avignonnaise, reprise d'un épisode de mon voyage fictif sur le blog des cosaques http://lescosaquesdesfrontieres.com
Ce serait... 7 en Zélande
Ce serait quitter Noord-Beveland, s'engager sur l'Oosterscheldekering vers Neeltje Jans, rouler entre mer et eau, d'une porte à l'autre - puisque ces massifs et complexes blocs de métal sont des portes, je l'apprendrais – avant, incroyablement lointaine, cette île longue qui n'est que la route, le barrage, et guère de terre autour, avec quelques pontons, jetées, éoliennes.
Ce serait le sage petit port de plaisance à l'entrée et puis l'artifice de cette terre, l'herbe sèche de septembre sur les talus vers l'immensité de la mer, ce seraient les quelques maisons ou bâtisses de service, géométriques et blanches.
Ce serait le léger renflement vers le centre, avec des ébauches de dunes, les plantes pauvres, le camaïeu de verts grisâtres et de roux, la bruyère, le lichen, du moins c'est ce que je croirais distinguer, mes yeux les effleurant dans leur attente, leur quête de ce que recèlerait l'horizon.
Ce serait, vers la fin de l'île, l'impression de la voir prendre épaisseur, des terrassements, une petite activité, un enchevêtrement de routes blanches aux destinations parfois improbables ou du moins je le penserais, le gros parallélépipède de ciment bruni sur notre gauche, comme une forteresse face à la mer, et à droite, vers l'Oosterschelde, en contrebas de notre route, le parking plein de petites voitures brillant dans la lumière rasante, les quelques cars garés en épi, le long toit, coupé d'un très grand panneau portant une image que je ne pourrais déchiffrer, ce long toit montant du sol, comme une protection pour la façade vitrée que nous devinerions, un club nautique ou quelque chose de ce genre, et le conducteur aurait un ou deux mots pour m'expliquer, mais je serais trop absorbée, trop yeux, pour que le signal arrive de mes oreilles endormies à mon cerveau...
Et puis, juste avant de nous lancer de nouveau entre mer et eau, vers le petit banc de sable, et l'île au delà, après un poteau rayé de rouge et de blanc, cette assemblée de grands pieux rouge rouille foncée, comme une sculpture, une assemblée de présences bien serrées les unes contre les autres.
Ce serait la promesse d'une petite ballade - une porte entre des tours, une église massive, de vieilles maisons - et d'un dîner à Zierikzee - avant une nuit à côté, dans une maison nommée Villetta, petites briques rouges séparées par de gros joints blancs, rotin, bois blond, draps blancs et couvertures rouges et tu verra, ils sont charmants, nous en avons gardé un très bon souvenir.

8 commentaires:

Dominique Hasselmann a dit…

Il est bien que la petite roue continue à tourner...

jeandler a dit…

Faut-il promesse d'un scan pour avoir un si beau regard sur la ville ?

brigitte celerier a dit…

suis pas très sûre qu'elle le fasse à vrai dire… quoique je pense, le canal a du courant

brigitte celerier a dit…

Pierre, en ce cas je préfère pas de regard :))

Nana Marton a dit…

assez admirative à la fois de la manière dont vous diluez vos soucis, fatigues et lassitude dans ce que vous aimez et en même temps, de la façon que vous avez de le confier ici, tout crûment et tout bonnement ensemble...
mais, pour convaincante que vous soyez, vous ne me ferez pas croire que vous êtes une menace pour le déficit de la Sécurité Sociale :-) !

brigitte celerier a dit…

une dépense inutile tout de même

arlettart a dit…

La roue tourne ,le mouvement aussi suivre, " ce serait" tout de même grande sagesse

SD et NG a dit…

Oui, laisser de côté et partir droit, ou, laisser droit le souci et partir de côté, vous accompagner, plaisir de l'errance du ce serait...Merci d'ouvrir le jour en chassant l'inquiétude vers le nord aimé!