samedi, février 21, 2015

ordinaire, marché et musique

Ne sais pourquoi, malgré ce sacré capiton qui ne veux plus s'arrêter de m'investir, malgré l'adoucissement de l'air, ou à cause d'un léger fléchissement dans la venue de la douceur, gelée j'étais
mais comme n'avais plus que deux petites grenailles au fond du panier, ai ressorti ma doudoune, et m'en suis allée dans les rues, trouvant ciel hésitant, mou, bleu layette délavée avec gros flocons d'ouate blanche,
une terrasse qui se demandait s'il valait le coup de s'installer, et un air qui ne picotait plus mes joues,
m'en suis allée, cheminant vers les halles, vers le mur tristounet qui a grand besoin que finisse l'hiver, prend charme vieillot,
vers un stand décoré et vide, et des étals bien garnis.
et, malgré mes résolutions de modération prises ce matin sur ma balance, malgré ces stupides sensations de réplétude qui m'évoquent abrutissement, suis repartie avec couffin bien garni, marquant quelques arrêts pour sourire dans le vague, regarder la rue, un peu n'importe quoi, et surtout le lent effacement des rides de mes doigts
Un peu de classement, un thé, une plongée dans un livre qui semble devoir me passionner, que vais lire en petites foulées, Clément VI au travail – Lire, écrire, prêcher au XIVe siècle, d'Etienne Anheim (une émission de France Culture m'avait donné désir) pour découvrir des bribes du portrait par Pétrarque de Pierre Roger, intellectuel devenu pape brillant, bien trop brillant sans doute, qu'il combattait en temps que tel, et parce que c'était le temps qui a vu naître les franciscains, un temps de contestation de la papauté, et d'Avignon
Quicquid de assiria vel egiptia Babilone, quicquid de quatuor laberinthis...
Tout ce que vous avez lu de la Babylone assyrienne ou égyptienne, des quatre labyrinthes, du seuil de l'Averne, des forêts du Tartare, des marais de souffre n'est que fable en comparaison de cet Enfer. Vous verrez ici Nemrod, qui tout à la fois élève des tours et soulève l'effroi, «Sémiramis et son carquois», l'implacable Minos, Rhadamante, Cerbère qui dévore tout ! Vous verrez «le taureau saillir Parsiphaé, les sangs se mêler», «et naître le Minotaure, rejeton à double forme, vivant rappel d'amours ignominieuses» - comme le dit Virgile ! Enfin vous verrez là tout ce qui existe ou que l'on croit exister dans l'univers de plus trouble, de plus hideux et de plus horrible.... (Liber sine nomine, lettre VIII)
et, sans trop de crainte, m'en suis allée, la nuit tombée, dans cette ville
vers l'opéra, un beau programme, deux oeuvres à découvrir, deux interprètes à découvrir.
En entrée, découvrir le chef Christophe Mangou, assez mince pour sembler grand, un rien clownesque, et une oeuvre de Jean Louis Florentz que n'avais jamais entendue, que j'ai beaucoup aimé, trop riche pour détailler, Qsar Ghilâne, le palais des dhinns, trop riche, varié pour détailler, mais je trouve, maintenant, une vidéo donnant une partie de l'oeuvre, que n'ai pas le temps d'écouter, que je pose pour mémoire
et puis découverte d'une autre interprète, dans une oeuvre très connue, la très charmante et jeune Hélène Tysman dans le concerto n°21 pour piano et orchestre de Mozart – belle énergie, beau jeu, et petite déception, peut-être à cause du chef, peut-être à cause de moi – j'ai aimé, bien sûr, mais mon plaisir était un peu gâché par le sentiment que c'était presque bien, presque ça, mais qu'il y avait juste une pincée de 19ème, de romantisme qui me gênait.
ai pensé en entrant dans le foyer que leur rapport au XVIIIème siècle était un peu semblable à celui du peintre de cette décoration aux bergeries.
Attendre, regarder trois garçons remodeler la scène
et puis découvrir, avec plaisir, gaité, la suite pour orchestre composée par Richard Strauss pour accompagner le bourgeois gentilhomme
goûteux et souvent beau, peut-être pas ce que j'ai préféré de lui.
Saluts et applaudissements, une partie du dernier tableau, du festin, fort régalant, en bis,
et retour d'un bon pied vers l'antre.

6 commentaires:

anna jouy a dit…

oui j'ai appris récemment que nombre de personnes n'avaient plus d'empreintes digitales, le temps les ayant effacées... comme un rapt d'identité..

(quel appétit de vivre vous avez!)

jeandler a dit…

Le mur décati
reprendra-t-il vie ?

arlettart a dit…

"Goûteux" comme ton marché ,le nez dans le "bleu layette"
J'adore

DenisCouet a dit…

Je n'étais pas à ce concert mais j'apprécie vos remarques sur le rapport au XVIIIe.

Gérard a dit…

Mariage de raison ......marché et musique !

brigitte celerier a dit…

sourires, et mercis