mardi, mars 24, 2015

Vaucluse d'aujourd'hui et souvenir de Char

Détente entre les draps avant de se décider à entrer dans le jour, en refus de le programmer.
En rester au lavage de cheveux, m'interdisant ainsi toute sortie matinale.
Chercher sur le site du Ministère de l'intérieur les résultats des cantons du Vaucluse qui s'est donné depuis longtemps à la dérive vers la droite extrême, au point d'être le champ d'une rivalité entre deux familles, celle depuis longtemps installée à Orange, les Bompard, l'importée-installée avec en jeune vedette aux dents longues Marion Maréchal Lepen.
Commencer par regarder ce qui m'intéresse directement avec Avignon 2 où restent en lice les verts (la gauche unie s'était partagée entre les trois cantons) avec 38,21% des suffrages et le FN avec 31,22%, où se pose le problème de savoir comment se répartiront les voix de l'UMP/UDI 18,84% (Dufaut sénateur depuis la nuit des temps est exclu) et des deux autres couples de divers droite (un divers qui peut-être très extrême dans un cas mais ne sais lequel) 5,9 et 5,68%
et faire prière intérieure aux électeurs et militants UMP que je côtoie (une pensée à un vieil homme qui avait un certain mal à se faire à ce que devenait son parti sous la direction de notre ex) pour qu'ils se rebellent contre la gangrène qui peu à peu ronge leur parti, qu'au moins ils aient le sursaut de vouloir qu'Avignon se distingue du Vaucluse profond, et des riches bourgades qui nous entourent.
Et puis consulter les résultats canton par canton et pour le premier par ordre alphabétique Apt, où l'union de la gauche est en tête très fragile avec 35,60% dans une triangulaire, avoir la curiosité de regarder ce qui s'est passé dans les villages et découvrir un endroit où me viens l'envie de partir, Auribeau, ses maisons groupées en haut d'une épingle de la route, ses 83 inscrits, ses 42 votants, les 27 de la gauche, et même les 10 de l'UMP, et un salut détaché aux deux FN
Saluer la gauche en tête à Bollène (mais sans espoir, suivie de près qu'elle est par les deux familles extrêmes), grimacer à Carpentras, Cavaillon, Cheval-Blanc, Monteux, Orange (le FN devance la famille princière), Pernes-les-Fontaines qu'est si beau, Pertuis, Sorgues, Vaison, Valréas.. soupirer devant le ferme entêtement des gens du Pontet qui ont élu directement leur maire FN (leur ex-maire) et, puisque je pensais à un de ses «fils»,  et que j'aime son charme (mais incapable de retrouver d'anciennes photos, et sans envie de les chercher ai eu recours à Google), m'arrêter sur l'Isle-sur-la-Sorgue où les verts et les socialistes qui se présentaient séparés sont exclus alors que le total des voix qui se sont portées sur eux devance le résultat du FN 36,59% et que l'UMP suit d'assez loin avec 28,28% - j'espère pour les électeurs orphelins que la faible proximité de ce dernier couple avec l'extrême leur permettra de voter pour lui sans trop de révolte.
Et dans l'après-midi, pendant que le ciel, brouillé au petit jour, régnait en bleue gloire printanière sur la cour, me suis longuement plongée dans les trois recueils de René Char de ma bibliothèque, relevant au passage (mais je dégustais le reste, enfin presque tout, n'aime pas tout, ne lisait pas tout) sur sa présence dans la région - ou simplement sur ce que devenait le monde notre -, depuis la maison paternelle
Dans le parc des Névons
Ceinturé de prairies
Un ruisseau sans talus,
Un enfant sans ami
Nuancent leur tristesse
Et vivent mieux ainsi (la sieste blanche dans les Matinaux)
et taisant la beauté de l'évocation de la campagne, des femmes aimées, des amis, artisans, compagnons,
Extrême braise du ciel et première ardeur du jour,
Elle reste sertie dans l'aurore et chante la terre agitée (l'alouette – la Parole en archipel – réunie avec les Matinaux)
ai noté des bribes que je reprend dans l'ordre de leur parution, sans tenter de les organiser davantage
Obéissez à vos porcs qui existent. Je me soumets à mes dieux qui n'existent pas.
Nous restons gens d'inclémence (Contrevenir dans Quitter – la Parole en archipel)
Ce temps par son allaitement très spécial, accélère la prospérité des canailles qui franchissent en se jouant les barrages dressés autrefois par la société contre elles (Feuillets d'Hypnos – 1943-44 – dans Fureur et mystère)
mais parce que ces hommes sont de cette nature, sont les devanciers de ceux qui se laissent ainsi aller de nos jours
Jadis l'herbe était bonne aux fous et hostile au bourreau. Elle convolait avec le seuil de toujours. Les jeux qu'elle inventait avaient des ailes à leur sourire (jeux absolus et également fugitifs) et voilà que je pense à Christin Jeanney en copiant ces mots. Elle n'était dure pour aucun de ceux qui perdant leur chemin souhaitent le perdre à jamais. (le poème pulvérisé – 1945-47 – dans Fureur et mystère)
...l'enfant que je fus.. a eu beaucoup de chance. J'ai marché sur le miroir d'une rivière pleine d'anneaux de couleuvre et de danses de papillons. J'ai joué dans des vergers dont la robuste vieillesse donnait des fruits. Je me suis tapi dans des roseaux, sous la garde d'êtres forts comme des chênes et sensibles comme des oiseaux (suzerain – même recueil)
une image de Lourmarin (canton de Cheval-Blanc)
Les civilisations sont des graisses. L'Histoire échoue, Dieu faute de Dieu n'enjambe plus nos murs soupçonneux, l'homme feule à l'oreille de l'homme...
Lumière pourrissante, l'obscurité ne serait pas la pire condition (Les apparitions dédaignées – Le chien de coeur – dans Le Nu perdu)
Des hommes de proie bien civilisés s'employaient à mettre le masque de l'attente fortunée sur le visage hébété du malheur... O le galbe porcin de leur prospérité ! (Hôte et possédant – L'effroi la joie – même recueil)
Tout ce que nous accomplirons d'essentiel à partir d'aujourd'hui, nous l'accomplirons faute de mieux. Sans contentement ni désespoir... (contre une saison sèche – même recueil)
Tout en nous appelle, hélas ! la tyrannie. Question de masse et de volume, plus que de surface (la nuit talismanique.. - même recueil)

Tu avais dit silence, Brigetoun?
encore ceci : une spécificité vauclusienne : la déroute de l'UMP.

3 commentaires:

Dominique Hasselmann a dit…

René Char nous fait prendre à la fois de la distance avec ces élections et nous rapproche de l'engagement indispensable.

Le "même panier" estimé pour tous est le signe de l'aveuglement politique au nom d'un radicalisme purement théorique et les bras ballants, qui laisse la porte ouverte au néo-fascisme à tête peroxydée.

brigitte celerier a dit…

colère contre eux qui ont rendu dérisoire le mot de gauche, bien entendu
mais ici le mal est plus ancien et la frontière entre les droites plus poreuse qu'autre part
la bonhomie méridionale c'est aussi ça

chri a dit…

Il faut entendre ce qui se dit dans les rues ou les cafés...La honte dans de si beaux villages...