samedi, avril 11, 2015

Dans le flux d'Antoninho

Mon temps est passé
Je flottais dans le jour, en goût de néant, aux rives du sommeil

Me suis déconnectée, ai dormi, 
ai regardé des nuages qui passaient
j'ai mis France Musique en fond de conscience, ai fait des chèques, rempli des papiers, retenu des billets de train, et, l'esprit libre, me suis absentée dans ce très beau livre d'Antonio Lobo-Antunes, "Au bord des fleuves qui vont", dans le flot de pensées, ou images, sentiments, avec le grand père, avec la jeune femme blonde, avec les châtaigniers, la montagne, le Mondego, les trains, l'hôtel des Anglais, la harpe de dona Irène, une grappe de raisin, la mère, avec Antoninho donc, et sa mère, ses tantes, son grand-père, la même maladie, avec le puits et la chaussure de clown, avec le médecin et la tache sur sa chaussure, avec l'infirmier, la peur, l'incision, les chevilles de boeuf brisées, le sérum et la machine qui enregistre, Lisbonne, les morts et les bières, la charrette, le canari qui n'a pas le cancer et chante dans sa cage, la bogue qui grandit dans le corps, toutes ces vies, la pluie,  avec "le désarroi complet face à deux joues, deux jnoues, d'eux jouent,  deux jouls, deux joues d'enfant lui donnant vie", avec le père, les péchés dérisoires, Maria Lucinda, la bogue qui se rétracte mais.. ce qui traverse Antonio couché là, images, mots glissant les uns sur les autres, les uns dans les autres, appelés, survenant sans raison...
reprenant souffle un instant avec ces bribes de phrases qui ponctuent, sur lesquelles le flux intérieur de ce "il", légèrement et faussement fluctuant, rebondit,
plongée dans ce texte dont on ne peut isoler un extrait qui semblerait flot heurté, incompréhensible, qui est d'une clarté poignante au fil de la lecture, surtout si elle est freinée un peu, juste ce qu'il faut pour qu'elle soit à haute voix. 
Comme une berceuse, un lamento, une ébauche de symphonie dissonante... jusqu'à ce que la nuit s'annonce par la lumière pâle sur la cour, depuis le 21 mars 2007 jusqu'à «puis ils ne font plus attention à nous de sorte que sans qu'ils s'en rendent compte nous retirons l'aiguille du sérum, les couches, la sonde, nous cherchons nos habits, nous grimpons par la gare où des piles de journaux vieux de plusieurs mois dans l'attente que mon grand-père les lise et qu'il ne lira pas, nous contournons les contreforts de la montagne, les guêpes nous poursuivent un moment puis renoncent et même si mon père à la source du Mondego
  • Tu sais ?
et un enfant...» et le 29 mars.
Ai refermé le livre, laissant Antoninho m'attendre pour dire jusqu'au 4 avril 2007.

6 commentaires:

Marie-christine Grimard a dit…

Merci pour ce partage :
"Comme une berceuse, un lamento, une ébauche de symphonie dissonante... "
Voilà qui me donne de l'énergie pour affronter ce samedi.

Dominique Hasselmann a dit…

Belle évocation d'un livre avec l'art de ne pas en coller une citation !

pascale a dit…

Une simple envie de sieste, jusqu'au grand sommeil... merci.

brigitte celerier a dit…

quoique.. l'ai fait à la fin
très beau livre

arlettart a dit…

Dont il en ressort une douce mélancolie de vie avec des ondes à l'infini

brigitte celerier a dit…

ai mal traduit en fait alors, parce que c'est surtout un esprit qui se débat, cherche support contre la terreur du corps