lundi, avril 20, 2015

Les belles valeurs européennes

pluie sur la cour – vaquer lentement – la radio en fond de conscience et les derniers naufrages
Notre mer creuset de religions, d'échanges et de guerres – théâtre de commerce et de raids qui nous ont donné nos villages fortifiés
les barques, les pentécotères, les trières, les navires ronds en cyprès de la grèce, les quinquérèmes carthaginoises, les liburnes, les navis orneraria et lusoria, les chebecs, les felouques, les tartanes, les gulets, les goelettes, les corvettes, les galères, les frégates, les galiottes, les croiseurs, les vedettes, les porte-avions, les pétroliers, les cargos, les porte-containers…
et puis les bateaux pneumatiques, les chalutiers rouillés, les cargos mourrants, et leurs passagers crainte au ventre   
Frontex : agence de surveillance des frontières de l'Union Européenne
Triton : opération de surveillance organisée par l'Union européenne, sous la houlette de Frontex, ne prévoit pas le sauvetage mais le contrôle des frontières (et le droit de la mer relève du passé, ceux qui ne l'admettent pas sont, vous savez, eux encore, archaïques))
Mare nostrum : traque des passeurs mais aussi sauvetage (300 passeurs arrêtés, 150.000 vies sauvées, à la charge de l'Italie – et un coût de près de 9 millions par mois (ah ces pays dépensiers du sud!)
Petite vidéo pour un récapitulatif sommaire sur Le Monde
désaprobation, ou au moins abstention, des pays du nord devant les sauvetages qui risquent de donner un signal attractif.
photo AFP (capture d'écran)
février 2015
  • une dizaine de canots pneumatiques, une opération des garde-côtes italiens, vedettes, quatre navires marchands, deux remorqueurs, un navire de guerre, deux bâtiments de patrouille, un bateau maltais
  • tant d'autres histoires
mars/avril 2015 –
  • un canot renversé et 400 morts
  • une femme morte en acouchant sur un bateau qui l'avait recueilli
  • une autre accouchant dès son arrivée à terre
  • quinze immigrés parmi les rescapés d'une traversée sur un pneumatique au bord de sa fin, arrêtés pour le meutre de douze de leurs compagnons, basculés à la mer parce qu'ils étaient chrétiens... et ils n'en sont resté là que parce que, parmi les 105 passagers, les chrétiens survivants se sont accrochés les uns aux autres jusqu'à l'arrivée d'un bateau sauveur (la tension, le désespoir, l'effort pour la survie réveillant les luttes inter-religieuses)
  • le 15 un chalutier chargé de plus de sept cents personnes chavire à 110 km des côtes libyennes, 28 survivants recueillis par un navire marchand portugais qui s'était dérouté à la demande des garde-côtes italiens (et là le droit de la mer, les traditions, subsistaient) et 21 cadavres récupérés
  • le 16 une embarcation partie de Libye dérive pendant quatre jours avant de sombrer, 41 noyés, 4 hélitreuillés
près de mille morts depuis le début de l'année
et 150.000 vies sauvées par les italiens en 1014 pendant que l'Europe se soucie surtout de la lutte contre passeurs et par ricochet contre passagers.
photo SIPANY-SIPA
Augusta en Sicile, Lampedusa, un petit port de Sardaigne.. où les cargaisons de rescapés se succèdent, et les accueillants épuisés..
Alors oui, certains, à raison ou non, prétendent que la possibilité d'un sauvetage accroit l'audace (ou la cruelle rapacité) des passeurs – alors oui, certains, à raison ou non, pensent que ces migrants peuvent être un instrument des islamistes pour déstabiliser l'Europe (si ce n'est que l'Europe fabrique allègrement ses islamistes) – alors oui, certains, à raison ou non, prétendent que les immigrés qualifiés préfèrent traverser la France pour gagner d'autres pays (que ne les recevons nous?) ne nous laissant que ce qu'ils considèrent peut-être comme du rebut - qu'en diraient les italiens, ces bénévoles qui sont harrassés par les arrivées successives. Alors oui ce n'est pas le chemin le plus fréquenté par ceux qui fuient ou cherchent un meilleur avenir. Mais comment dire... sommes nous vraiment si morts économiquement et moralement ?

5 commentaires:

florence a dit…

Ce sont les valeurs d'accueil européennes, oui, que nous devons revoir dans le fondement. A commencer par les enseigner, les ancrer historiquement, se souvenir de nos propres guerres, exodes, massacres et drames et répartir ce "sale boulot" à tous les pays européens.... mais par où commencer, par qui, qu'est ce qui fera changer les choses avec nos régimes droitisants?

Dominique Hasselmann a dit…

Toujours, hélas, d'actualité...

brigitte celerier a dit…

une actualité qui s'éternise, et une prise de conscience à éclipses et éternellement sans effet des si merveilleusement solidaires pays européens (dont la France, fut un temps où dans les Alpes Maritimes on voulait fermer la frontière)

pascale a dit…

L'Europe reste solidaire, mais seulement contre la Grèce ...

annajouy a dit…

ces questions que nous traitons en "faits divers" pour masquer que c'est sur l'inégalité que se sont construites nos richesses conscience ..