dimanche, mai 31, 2015

Autres danses

Matin m'en suis allée, caressée par l'encore légère et si douce main du soleil, vers la gare
avec, toujours, n'y suis pas encore habituée, l'impression de tomber dans un trou ou d'être invitée à nager dans un espace trop grand, en arrivant à la limite de la disparition des platanes
ai pu changer, à moindre frais, le premier de mes billets pour ma petite virée à venir, celui vers Paris qui me faisait arriver un peu trop tard pour prendre tranquillement possession d'un studio, me changer, m'acheminer vers l'opéra…
et, en sortant, parce que la dernière de mes vieilles paires de sandales (sauf une qu'il faudrait vraiment me résoudre à jeter) commence à être navrante, comme aucune des deux paires achetées ces jours ci n'est acceptée par mes pieds, me suis attaquée à une recherche appliquée
et suis rentrée avec deux paires, pas trop chères, avec lesquelles j'ai arpenté la cour
longeant le mur, baignant dans la chaleur qui rebondissait sur lui, dans la lumière qui fait croire un moment à l'olivier qu'il aura quelques fruits, sans doute à tort, et le verdict semble positif – sans grande élégance, mais sans mal, sans divorces entre sandales un peu trop grandes et pieds, sans cheville tordue, devrais pourvoir arpenter la ville, tout doux, tout doux.
Et puis, avant que la nuit s'installe, m'en suis allée, par sympathie, tentant de refouler une petite réserve, vers l'opéra, 
ai grimpé au troisième balcon prendre un bain de jeunesse, ai assisté aux deux ballets, aux deux chorégraphies d'un honnête néo-clacissime montées cette année par le corps de ballet de l'opéra, avec le plaisir d'avoir l'orchestre dans la fosse/
deux chorégraphies du gentil maître de ballet Eric Belaud sur la musique de Satie
Relâche très très assagi par rapport à la création
parce que nous ne sommes plus dans cette ambiance, parce que le chorégraphe tient compte des moyens tout de même relativement réduits de ses danseurs
belle palette en noir ou gris très foncé (cache-poussières de la troupe et chapeau, comme des personnages sortis d'un dessin de Folon) et gris clair (larges chemises et pantalons sous le manteau) avec une tache rouge (la robe de la soliste et la doublure des manteaux qui font de belles flaques quand sont jetés au sol), beaux éclairages, belle géométrie de l'occupation du plateau, et fort travail de la troupe
argument : «Qui sont ces gens coincés dans leur apparence stricte ? Quelle est cette femme dans sa jolie robe de soirée ? .. le reflet d'une société formatée par l'image.
Une image qui un jour se relâche et laisse découvrir une part de folie qui sommeille en chacun de nous...» et la jolie idée finale, le panneau du fond s'étant retournée pour faire apparaître une série de sièges de velours rouge de les faire asseoir face à nous et éclater de rire face à la salle éclairée (mais il aurait fallu leur apprendre à rire, parce que là ça bat en artificialité toutes les navrantes émissions de variété à la radio)
et sur les Gymnopédies
un ring stylisé, un coupe de danseurs en maillots de couleur chair, un pas de deux qui se veut sans grâce, acrobatique, un peu, et la grâce toute de même de la musique et de la jeunesse de la danseuse Agathe Clément
argument : «une vie à deux dans un cadre défini, un ring pour symboliser l'espace où les corps se frôlent et s'affrontent.. une routine et puis un jour le besoin du large, la machine qu'on a construit dérape…
un entracte, et zut,
et la chorégraphie de Christophe Garcia pour les forains d'Henri Sauguet
des cordes qui pendent comme d'un chapiteau, des costumes qui descendent des cintres sur des silhouettes pour que les danseurs y cueillent les pièces leur permettant d'incarner leurs personnages, de l'humour, une conviction plus ou moins profonde des danseurs, et un beau travail de troupe
Ne voulant trop démarquer le ballet d'origine, il a cherché à garder l'essentiel, l'énergie et le courage des forains, et à respecter la musique (pari réussi), à créer poésie à partir des clichés...
synopsis du travail
suite à un incident inexpliqué (un pantin s'écrase au sol au lever du rideau et un panneau indique que le directeur est mort)
Une troupe de forains voit son fonctionnement complètement bouleversé
  • L'homme lapin a la mauvaise idée de se promener en forêt
  • La dompteuse tombe amoureuse de son ours (un joli pas de deux doucement humoristique)
  • La siamoise de droite devient narcoleptique
  • Le funambule devient suicidaire
  • La femme à barbe tombe amoureuse d'un barbier
  • Et l'homme le plus triste du monde trouve un sourire
Ne répondant plus aux attentes du public et des politiques en cours, la troupe perd ses ressources et repart.
Et finalement, je n'étais pas transportée, sans doute, mais pas mécontente d'avoir testé.

8 commentaires:

Hue Lanlan a dit…

la part de folie qui est en chacun de nous et oui, ah super les spectacles reprennent...

Dominique Hasselmann a dit…

Satie est au-delà du scandale de l'époque et son esprit malicieux demeure intact, merci de nous montrer ou rappeler ses mouvements gymniques...

brigitte celerier a dit…

et plaisir de voir des danseurs danser sur de la musique "en life" - (au besoin on ne regarde que l'orchestre, mais ne l'ai pas fait)

Elise a dit…

quelle douceur à cette "lumière qui fait croire un moment à l'olivier qu'il aura quelques fruits" et quel bonheur, de la partager, matin, avec vous !

brigitte celerier a dit…

et je suis comme l'olivier je veux y croire (une année il en a eu dix, qui n'ont pas été tout à fait jusqu'à la maturité, mas tout de même je les regardais avec ravissement tous les jours)

arlettart a dit…

Vu des extraits Merci pour ton regard ...pointu

brigitte celerier a dit…

Arlette j'ai vu dans la Marseillaise que le sorelle… passaient au Théâtre Liberté (avec nouvelles actrices il me semble d'après une photo) - mon souvenir me dit de te conseiller vivement d'y aller

Gérard a dit…

Un spectacle qui semble-t-il sort des sentiers battus