samedi, juillet 18, 2015

Avignon – jour 14 – trois solitudes dans une caravane et la guerre qui nous hante dans la nuit


à l'heure de pas d'ombre et de macadam ardent m'en suis allée, fermement décidée à ne pas avoir crainte, vers le gymnase du lycée Mistral et sa clim fatale,
dégustant les quelques pas sous les platanes du boulevard Mistral.
Et puis un gentil tee-shirt rouge m'a offert une bouteille d'eau (il y avait une petite queue dans la boutique devant laquelle j'étais passée) et me l'a gentiment ouverte, je me suis trouvée dans la file d'attente avec Arnaud Maïsetti que j'ai noyé de paroles, avec quelques réponses intelligentes de sa part, ce qui m'a fait aborder presque en conquérante la salle…
deux photos de Christophe Raynaud de Lage pour le festival
Nous allions voir Dinamo, un spectacle de Claudio Tolcachir, en trio avec Melisa Hermida et Lautaro Perotti, et certaines des mauvaises critiques que j'ai lu en rentrant semble y voir l'origine de leur déception, étant restés dans le souvenir du cas de la famille Coleman, et trouvant qu'ils donnent là «un mélo trash trop light» malgré les trois excellentes actrices. Ma foi je n'ai pas vu, aveu, ce spectacle, ma foi je ne lis pas, autre aveu, les critiques sauf parfois pour le plaisir d'être d'accord ou de m'énerver (ou, mais ce n'est pas dans ces journaux, de creuser ce qui n'était chez moi que réception un peu trop instinctive.. ma foi je n'attendais pas grand chose, j'étais curieuse, il y avait juste ce résumé sur le programme
Propriétaire d'une caravane qui semble en panne depuis des années, Ada cherche désespérément à retrouver sa force créatrice. Musicienne reconnue à une époque, elle enrage de ne plus pouvoir inventer et s'acharne sur tous les moyens d'expression. Marisa, sa nièce, sort de trente ans d'hôpital psychiatrique et espère, en venant habiter auprès de sa tante, reprendre sa carrière avortée dans le tennis de haut niveau.
Harima, immigrante clandestine au langage inconnu, vit cachée dans les recoins de la caravane.
Lorsqu'Ada et Marisa la découvrent, l'une la prend pour son inspiration renaissante tandis que l'autre croit à une hallucination. Assurant la vie quotidienne des deux femmes perdues qui l'entourent, Harima n'a qu'un but : communiquer avec son fils resté au pays. ce qui ne dit pas grand chose de l'éventuelle qualité du spectacle.
Il y avait aussi, trouvée le matin, cette vidéo sur le site de la Maison des arts de Créteil où le spectacle se donnera en novembre
et, je ne suis pas certaine que je n'aurais pas trouvé, également, que cela manquait de rythme si cela avait duré plus d'une heure dix... mais je n'ai pas ressenti même déception
oui les trois actrices sont excellentes (une petite préférence, âge ? pour Marta Lubos qui joue Ada)
j'ai aimé l'absence de dialogue ou les rares mots qui se croisent en vain entre la tante et sa nièce, et que le torrent de paroles d'Harima soit à sens unique ou presque, donnant ainsi toute la place au jeu, aux gestes, aux regards...
j'ai aimé que justement le torrent de paroles etc... ne soit pas vraiment à sens unique et la reconnaissance immédiate (sans doute surtout ressentie par Ada) entre elle et Ada à laquelle elle rend le chant (et les très beaux regards de cette vieille femme qui a retrouvé humanité et tendresse sur Harima correspondant par Skype avec sa famille).. que même avec Marisa un dialogue s'instaure, faux dialogue où chacune comprend ce qu'elle veut bien entendre, mais qui calme la détresse de Marisa, cette détresse qui la sauve du ridicule.
J'ai bien aimé que, justement, le temps soit compressé, et qu'on en arrive rapidement à l'équilibre (équilibre trompeur, basé sur de fausses bases mais équilibre tout de même) et à la petite scène de tendresse finale.
et il y a la guitare de Joaquin Segade qui accompagne, souligne sans insistance
Pas un spectacle inoubliable sans doute, mais une très habile façon de lutter par le rire contre le risque de tomber dans le mélo et de donner un peu d'humanité à ce qui aurait pu être juste l'illustration des solitudes qui se côtoient dans notre monde. 
Et je ne suis pas sûre que cela vienne principalement de mon soulagement en disant adieu au gymnase pour cette année.. 
Retour, avec de vagues idées de spectacles qui naissaient en suivant les grilles de la collection Lambert,
idées abandonnées dans l'animation fatiguée de la rue de la République. M'en suis revenue tranquillement dans l'antre, boire du thé, arroser, écouter France Musique, ne rien faire jusqu'à l'approche de la nuit 
et, après avoir écouté dans ma petite cour la lecture par Denis Lavant de vendredi ou les limbes du Pacifique, d'après Tournier, mis en musique par Romain Humeau, dans la grande cour de Calvet, un peu plus loin, ai mis jean et tunique propres
et m'en suis allée vers la cour du Lycée Saint Joseph pour aller voir Monument 0, hanté par la guerre (1913-2013) d'Eszther Salamon (déjà donné au Centre Pompidou en avril et resserré depuis),
et c'est troublant, beau (ai pris un peu au hasard trois des très belles photos de Christophe Raynaud de Lage), rappel indistinct de guerres sans lieu ni date précis, nous mettant face aux guerres du 20ème siècle sur tous les continents, auxquelles nous colonisateurs avons été mêlés, directement ou non, prenant des traditions tribales mêlées et donc non reconnaissables, issues des profondeurs de l'humanité, danses et chants. 
Il y a une série de danses solitaires, squelette peint sur costume, visage blanc, cauris, , sons, danse lente, hiératique et l'autonomie des très belles mains, une présence sombre aussi, masculine, avec une longue jupe noire et des cordelettes devant la face, lenteur et sauts, des femmes, corps déchaînés, couteaux, violence qui s'accroît de danse en danse, c'est un choc (même si on s'y attend un peu après avoir consulté le site du festival), et c'est aussi parfois ironie – un travail formidable des danseurs et de la chorégraphe, presque sophistiqué, pour aboutir parfois, avec l'arrivée de certains des duos, à une quasi bestialité qu'ils nous envoient comme une caricature du jugement possible, et c'est un moment un peu gênant, parce que les petits rires qui fusent ne sont pas forcément sympathiques et que cela crée une barrière qui nous enserre dans notre rôle de contemplateurs..
Et puis viennent des danses qui semblent plus guerrières, danses de groupe avec des bâtons, choeurs, martèlements, et là les danseurs ont repris les gradins en main, donnant davantage l'impression de toucher quelque chose de profond, immémorial. Peu à peu apparaissent des shorts et tee-shirts.
Et il y a le très beau final, où nous sommes vraiment face à face. 
Applaudissements, sortie, 
discussions sur le trottoir, pour autant qu'ai pu en juger et Brigetoun rentrant en cherchant une démarche dégagée (avais les jambes ankylosées, carcasse est pleine d'inventions)

4 commentaires:

arlettart a dit…

Etonnants danseurs grimés et me semble avoir entendu ce martellement des bâtons sur FM
Amusante photo -miroir pile - face
Merci pour tes échos

Dominique Hasselmann a dit…

Les guerres ne sont-elles pas remplacées désormais par le terrorisme généralisé ? C'est peut-être difficile de mettre des acteurs avec des Kalachnikov en scène (on en a fait se mordre les doigts à Olivier Py)... ?

J'ai entendu une interview de Denis Lavant (sur FC), il a une distance avec ce qu'il fait qui est très agréable, une sorte de funambule du théâtre et du cinéma.

Encore un beau parcours de votre part !

brigitte celerier a dit…

merci mais suis pas douée pour décortiquer un spectacle
un peu perdue entre ces beaux, forts, jeunes et intelligents spectateurs la Brigetoun

jeandler a dit…

Se perdre c'est déjà une part de la découverte.