vendredi, juillet 17, 2015

Avignon – jour 13 – rien – obéi à Forbidden di sporgersi, alors juste souvenir fausse peur


bien décidée, d'esprit résigné et de corps réclamant, à faire de ce jour un repos – sauf le plaisir de traverser le fleuve vers les arcades et places de Villeneuve - ai défrippé trois robes, une pour traîner dans l'antre, une pour Villeneuve, une parce qu'elle était là, et m'en suis allée, tout doux, avant la chaleur, dans le calme d'Avignon qui vers 10 heures ouvre un oeil (à part les travailleurs qui nous attendent) vers la pharmacie..
grimpé jusqu'à la place de l'horloge avec la vague idée de faire des courses, préféré imiter l'homme en repos sous la garde de l'olivier... suis redescendue vers l'antre, après un détour par le quartier des bidules pour touristes parce que j'ai vraiment trop honte de mon vieux panier bricolé
et suis revenue avec un truc un peu «coco», ce qui en langue familiale signifie ridicule, mais plein de poches astucieuses
déjeuner et sieste avec réveil deux fois, juste un peu trop tôt, et plongée finale d'où j'ai émergée, vaseuse et tremblotante, dix minutes après le début, à la chartreuse,
de Forbindden di sporgersi
j'en avais pourtant envie, pour ce qu'en disait le programme du festival (d'où vient la photo) et le respect pour Babouillec qui perçait ce que Pierre Meunier et Marguerite Bordat en disaient sur France Culture
Pierre Meunier propose à ses fidèles équipiers une nouvelle expédition : aborder les rivages du grand monde intérieur déployé par Babouillec dans Algorithme éponyme. Dite déboussolée depuis son plus jeune âge, cette jeune auteur autiste emprunte des chemins qui ne se laissent pas cerner par les balises sociales. Son poème, exempt comme sa pensée des prétendues bonnes et dues formes, explore joyeusement le rapport entre la liberté de ses neurones et la mise en ordre que réclame tout lien avec le dehors, les autres et leurs normes.
Saisi par l'élan vital qu'il recèle, Pierre Meunier, en tandem avec Marguerite Bordat, l'a choisi comme combustible d'un carnaval électrique, mécanique et acrobatique de moteurs déglingués. Toujours enclin à trouver en ce qui cloche une poésie plus riche qu'en ce qui tourne rond, le metteur en scène du sidérant banal brave hardiment l'interdiction de se pencher au-dehors et de sortir du rail. Avec Forbidden di sporgersi, on pourrait apercevoir le bout du tunnel, et mieux regarder ce qui dedans tournoie, fanfaronne et galope....
J'avais trouvé aussi, sur le site de la scène nationale de Besançon http://www.scenenationaledebesancon.fr/spectacles/forbidden-di-sporgersi cette vidéo où Pierre Meunier parle de Babouillec, la cite, parle de son travail
et tant pis si ce ne fut pas spectacle pour moi, je garde ici ces traces qui m'avaient tentée
trace d'un de mes arrêts ponctuant mes trajets en rues brûlées, comme ponctuation
et pour que ce billet soit aussi démesuré que les précédents, et parce que je viens de lire les 23 contributions en ligne à cette heure ci sur la seconde proposition marcher dans la maison vide de François Bon pour l'atelier d'été http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4194 (ça commence très bien, avec Chistine Jeanney, et la suite n'est pas mal non plus !) je reprends ici, mon bidule, un peu en mineur, le pauvret qui se trouve sur tiers livre en si forte compagnie (en corrigeant juste deux fautes d'orthographe, combien restent?)
Non, dans la cour c'était la porte dans le coin, la petite. Tout de suite le bas de l'escalier, juste la place nécessaire à l'ouverture de la porte avant les marches de bois lavées et relavées, en biais, courtes et hautes, la rampe de fer, le tire-bouchon étroit et sans fin qui n'admettait pas le port d'un sac important, ou alors devant soi, heurtant les genoux, tire-bouchon éternel semblait-il, jusqu'à ce plat qui était le huitième étage, le dédale de couloirs, des fenêtres à droite ou à gauche, donnant sur des cours, les portes alignées, les coudes imprévisibles, un lavabo, ou une porte jamais totalement fermée sur des toilettes, et au bout, tout au bout, la porte qu'ouvrait cette clé. La main qui tâtonne, ne trouve pas le bouton, un espace court, des obstacles devinés, une raie de lumière qui dit fenêtre. Entrer précautionneusement, une hanche qui heurte un coin, une odeur de renfermé, mais vague, peut-être autre chose que la poussière, comme des fleurs mortes, ou des tissus fanés et un peu sales portant le souvenir de corps, les bras tendus, heurter le bois, mains qui cherchent, trouvent le métal, le grincement, le poignet tordu maladroitement, pousser le volet qui cède brusquement, s'ouvre sur une lumière morte, face à une fenêtre voilée. Le silence du milieu du jour, un lit de fer, un matelas propre, neuf ?, et des meubles sans âge, noirs, quelques moulures ou sculptures gauches sur des formes massives, la petite place laissée libre pour la marche, une table près de la fenêtre, contre le mur, éclairée de biais, une table avec une cuvette près de l'entrée, un grand fauteuil à haut dossier, tapissé de velours usé traversé par une bande de tapisserie. Tourner sur soi, se demander qui avait pu vivre là, où y entasser des souvenirs refusés. Se demander si des vies venaient se nicher derrière toutes ces portes. Ne pas très bien savoir combien de temps cette pièce servirait de cadre à ces jours vacants, le but, l'idée qui m'ont poussée à rechercher un toit dans cette ville, s'étant noyés dans les petits ennuis du trajet, s'étant effilochés – n'étaient pas bien assurés, juste le besoin d'avoir un nouvel avenir. Laisser le neutre de l'endroit, neutre que la solidité étrange des meubles renforce, me pénétrer. Cesser de guetter des signes de vie. Savoir juste que je devais venir là, que je n'ai pas à amadouer les lieux, que ne suis tenue simplement qu'à y demeurer, et oublier ce qui peut-être dans la ville inconnue, oublier ce que j'ai lu sur elle. M'allonger, dormir pour attendre.
Et puisque vous êtes en vacances (ou que je vous le souhaite), puisque c'est moment propice pour les histoires où on tremble un peu, puisque, bien entendu, vous avez votre tablette, vous suggère d'aller lire ces contributions mais, auparavant, les plus de cinquante contributions à la première proposition les peurs http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4188

9 commentaires:

brigitte celerier a dit…

commentaire de Lan Lan Hue supprimé par mégarde (surprise)

foisonnement d'idées, d'images, de couleurs du matin, merci

brigitte celerier a dit…

par mégarde ou surprise
parce que j'étais vraiment sans idée et très peu foisonnante :))
mais merci

jeandler a dit…

À défaut de rues et de ruelles pour se perdre, des poches à son cabas.

arlettart a dit…

Aime beaucoup ce texte qui relance une idée cachée

Dominique Hasselmann a dit…

Vous avez donc bien fait de vous arrêter un jour en utilisant fort à propos le titre de la pièce citée...
Belle journée à venir !

brigitte celerier a dit…

je lutte contre peur du jour à venir parce qu'à trois heures la clim de Mistral qui le troisième jour m'a mise sur le flanc et privée du Novarina le soir, et là il; y a un spectacle qui me semble tentant prévu dans la nuit - calme, calme, pas de panique
vraiment en rogne d'être ainsi cette année

pascale a dit…

Dehors comme dedans, virées toujours passionnantes; merci à vous et take care...

Lavande a dit…

Misère de misère, moi qui n'ai pas réussi à avoir une place pour Forbidden le 17, je découvre dans le Monde que c'était un spectacle extraordinaire!

brigitte celerier a dit…

et moi à qui carcasse a interdit d'y aller (ça et Novarina elle choisit méchamment !) j'ai eu confirmation par ma voisine de spectacle cet après midi que ce n'était sans doute pas extraordinaire mais très très bon