mercredi, juillet 22, 2015

Avignon – jour 18 – un renoncement donc halles – et l'Afrique, enfin, mais..


Annonce pluie pour demain, enfin mais... dans les deux soirées prévues dans des cours, il me semblait que j'aurais préféré, peut être, que ce soit ce mardi, or le ciel au dessus de ma cour, à l'heure des premiers pas, café en main, rutile.

Au théâtre du Roi René (suis retenue par petite méfiance idiote faute d'avoir testé la clim) je suis, depuis le premier jour, attirée par deux pièces qui passent en alternance à 11 heures, avec une préférence pour celle des jours pairs, que j'ai loupée lors de son précédent passage en 2011... n'ai pu les joindre au téléphone et m'en suis allée, vers dix heures.
Malheureusement - avec raison je pense - la salle était complète... la jeune femme m'a proposée de me mettre en ligne d'attente, j'ai préféré réserver une place pour jeudi et profiter de la proximité des halles
pour remplir le sac de secours qu'ai toujours dans ma besace... vais continuer à engraisser (fière et agacée, j'ai dépassé les 38kgs)
retour dans la ville qui, sauf pour les spectacles qui me tentent, semble vraiment avoir tourné la page du festival, parcourue surtout par des touristes (familiaux) venus humer l'ambiance, et où seuls quelques acharnés distribuent encore leurs petits cartons, ou recollent des affiches.
Et pour me féliciter d'avoir en gros rétabli mes finances et mon poids (même si les forces sont encore un tantinet absentes) me suis offert le petit cadeau dont j'avais envie, ne sais trop pourquoi, un oiseau un peu, pas trop, kitch, dans une jolie petite boutique de décoration qui s'est ouverte au coin de la rue Baroncelli…
Déjeuner, sieste, envie de végéter... toujours pas touché au repassage, hésité entre plusieurs spectacles, dont j'avais bien entendu grande envie, mais en fait... pas tant que ça, me suis offert une bonne crise d'aquabonisme..
et ne suis partie qu'au crépuscule, un pas en avant, parce que j'avais envie de retrouver le cloître des Carmes (sans pouvoir me revancher de mon abandon le soir du Vivier des noms de Novarina), parce que danse, parce que Afrique, parce que cela me manquait sérieusement cette année (dans le souvenir de Niangouna, de DeLavallet Bidiefono, Faustin Linyekula....), parce que quand même ma fille t'as pas honte ?.., un pas en suspens, essayant d'effacer de ma mémoire des critiques passablement mauvaises et surtout celle de Malte Schwind sur l'Insensé http://insense-scenes.net/spip.php?article382 Et comme n'y arrivais pas, ruminais, petite chose indécise, parmi les pas assurés se pressant vers un but : avoir oeil neuf, et puis, bon, suis vieille ratatinée de beaucoup plus de cinquante ans, mais j'ai l'illusion, peut-être, de penser que ne suis pas raciste, ayant toujours trouvé cela absurde – oui mais pourtant : mon éternelle curiosité n'aurait-elle pas, inconsciemment, en ce cas, en ce cas seulement, un fond rancis de racisme, et même mon admiration éventuelle ?... zut on n'en sort pas..  et en outre cela n'a rien à faire là. 
Tant et si bien que quand suis arrivée sur le trottoir devant la file d'attente, elle avait des proportions telles que j'ai bien cru que n'aurais pas Ma place au premier rang à gauche sous ma gargouille (oubliant une fois encore que suis une des rares adeptes du premier rang), et que ce fut longue attente, avec un piapiatage détendu qui m'a mise de bonne humeur.
Il s'agissait en fait de la femme, du sort de la femme au Sénégal et de la société de consommation. C'est un spectacle de Fatou Cissé qui avait conquis le public par la force de sa danse et sa dénonciation du sort des femmes (aveu, je n'ai pas vu son solo). Cela s'appelle le bal du Cercle et sur le programme du site, sous quelques belles photos de Christophe Raynaud de Lage, dont les deux que j'ai reprises, il est dit
Un ring, un podium, une agora, une scène : le cercle décrit par Fatou Cissé est tout cela. En son sein, chaque geste, chaque regard fait sens. Ce cercle est le lieu du Tanebeer, une pratique ancestrale réservée aux femmes dans la société sénégalaise. Autrefois organisé à l'occasion des mariages ou en l'honneur de personnalités importantes, ce bal a lieu dans la rue et dans les arrière-cours des quartiers populaires. Les femmes y rivalisent d'excentricité, se livrant à des danses à forte charge sexuelle entraînées par une formation de percussionnistes – le sabar –, arborant parures, maquillage et vêtements d'exception. Un espace de réalisation pour les femmes Mais il est aussi un moment de régulation sociale, de règlement de comptes où rivalité et solidarité se confondent.
Et les critiques que j'avais lues déploraient surtout, outre la longueur de la partie essayage de tenues ahurissantes, en beau mélange de couleurs claquantes, de tulle et de strass, point extrême de leur recherche d'une affirmation de soi, telle que notre société de consommation la permet – et effectivement cela dure un tantinet trop, c'est d'ailleurs à ce moment, un peu avant la fin que j'ai du replier mes jambes pour laisser sortir quelques exaspérés – quant aux moments où le danseur et les danseuses, celles-ci perchées sur de hauts talons (la très fine, superbe danseuse, que j'avais tendance à suivre des yeux, l'une des trois vedettes avec les deux chargées de prendre la parole pour apostropher le public, s'apostropher, et l'on ne comprend pas tout d'autant que tout n'est pas en français mais la gouaille est réjouissante, la très fine donc se tordait les pieds avec une maestria admirable) quand donc ils viennent vers nous avec la démarche hautaine et mécanique d'un défilé de mode, l'ai senti comme un défi, un peu à nous, un peu à leur vie ordinaire,.. je rembobine, les critiques donc déploraient surtout que la revendication ne soit pas assez nette, le sens assez évidemment affirmé, mais, dans le petit programme de salle Fatou Cissé se défend de revendiquer, affirme qu'elle veut raconter une histoire, histoire qui n'est d'ailleurs pas exactement celle du Tanebeer qu'elle connaît mal, puisque c'est une coutume qui se déroule surtout dans les quartiers et qu'elle est citadine, mais histoire qui reprend, déstructuré, retravaillé, le sabar, cette danse à bras et jambes très ouverts, en y mêlant des battles, danses de club. Et ma foi, même si ce n'est pas un spectacle parfaitement abouti (suis assez d'accord avec Malte Scwind, mais j'ai choisi d'en rester au plaisir de l'énergie, d'ailleurs très organisée, de cette danse), j'ai aimé ce défi, entre elles, et vis à vis des contraintes de la société et de la religion.
A part ces quelques sorties et quelques huées, elles avaient conquis l'assistance...
et m'en suis revenue dans la ville qui reprend vie avec ces premières heures de nuit.

7 commentaires:

Dominique Hasselmann a dit…

On sent que l'on approche de la fin du festival (dans trois jours), mais un voyage en Afrique est toujours agréable en votre compagnie !

brigitte celerier a dit…

mais ne devrais pas lire les critiques dépités (le suis déjà facilement moi même) et les gens intelligents - en étais à ne plus avoir envie de lire, de musique, de théâtre, presque de respirer
tente de franchir migraine et de rebondir, quitte à être idiote si j'y trouve plaisir

arlettart a dit…

Heureusement l'étal du marché poursuit son cours ...même la tête à l'envers

brigitte celerier a dit…

à vrai dire nettement moins de choix et plus de touristes que de clients (ce que j'ai bien aimé : servie rapidement)

christine a dit…

n'aimerais lire que les critiques de spectacles aimés

brigitte celerier a dit…

ben c'est assez rare cette année, tant que je me retrouve en tentée de défendre Py (alors que me sentais un peu seule dans mes réserves, mais là il tourne à la tête de turc des médias)

Elise a dit…

oui parfois une lassitude (une envie aussi !) devant la parfaite maîtrise de discours qui écrasent les objets dont ils traitent et parfois encore une déception, écrivains plus brillants et plus diserts que leur production mais fête d'une forme d'intelligence, un plaisir à ne pas bouder