lundi, juillet 13, 2015

Avignon – jour 9 – halles comme peux – Antoine et Cléopâtre et pas de lecture dans le jardin

réveil en douce chaleur - forme d'enfantelet
partir une heure plus tôt que d'habitude, pour éviter chaleur et foule, couffin en main

avec la délicieuse surprise d'une idée de mistral caressant, faisant trembler les drapeaux et bannes et remodelant les joues lasses
rues presque désertes, ménage fait, quelques affiches cependant à fouler, ombres nettes
mais lassitude déjà de notre toute jeune jungle miniature comme de la petite vieille en sursis de nouvelle année
belle provision de pommes de terre, légumes et fruits un peu au hasard parce que mes jambes commençaient à manquer de stabilité
et arrivée en panique, négociant avec précaution chaque pas sur dalles mouillées, devant l'étal du poissonnier
prendre un gros bout de dos de cabillaud parce que j'étais cramponnée face à lui, se raffermir un peu dans un échange ironique sur nos âges avec l'ainé des vendeurs,
mais, en regagnant l'allée centrale constater que le monde devenait exagérément flou.
Petite pause assise sur trottoir devant le fleuriste en contemplant la danse des guêpes dans les chardons,
et retour aussi digne que possible, lentement, malgré ma petite charge... le sourire d'une affiche.
Mettre longtemps à ranger achat, reprendre vie lentement, tenter un texte pendant cuisson, faire gros repas, m'enfoncer dans sommeil
en me cramponnant à mon désir de partir vers 17 heures vers Benoit XII, l'un des endroits que je redoute un peu, que j'évite cette année, malgré les spectacles généralement tentant... sauf, parce que, ne sais trop pourquoi, j'en avais trop envie, l'Antonio e Cleopatra de Tiago Rodriguez.
Et pour me fortifier dans mon désir (outre ma fureur contre l'âge qui fait que mon amie la chaleur – je prétendais ne pouvoir vivre en dessous de 30° - devient ma petite ennemie intime ces jours ci, fureur qui me donne envie d'aller contre la prudence de carcasse) j'avais trouvé et regardé cette vidéo d'une répétition, pour avoir une approche de ce langage des corps (une différence, un bébé en route)
suis donc partie, hésitant en fermant ma porte, souriant fraternellement aux poivrons fatigués le long du mur de l'hôtel d'Europe,
renonçant plusieurs fois, sauvée par une photo à prendre (mais j'ai constaté ce soir qu'elles étaient elles aussi un tantinet floues, ai tenté de les sauver, les garde pour leur montrer ma reconnaissance), revenant deux ou trois fois sur mes pas,
hésitant à continuer, mais il était un peu tard pour abandonner, en abordant la petite folie de la rue des Teinturiers, hésitant à tourner bride en voyant la file d'attente qui s'étirait le long de deux mini terrasses de café
et m'asseyant très fière de moi dans le haut de la salle, le brumisateur déchaîné…
Photo provenant du site du festival
Antonio e Cleopatra donc mais pas celui de Shakespeare... puisque, si Tiago Rodriguez ne veut rejouer la «monumentalité d'Antoine et Cléopâtre», c'est pour que nous regardions ses comédiens-danseurs, Vítor Roriz et Sofia Dias, se saisir de leur respiration pour approcher le noeud tragique de cette relation à la fois intime et politique. Et que nous regardions, tous ensemble, comment elle entre dans notre présent. Pour y arriver, il a composé, à même le corps de ses interprètes, un vaste poème cosmogonique qui demande de plonger dans le regard de l'autre au péril de ce qui nous constitue comme spectateur : croire en l'illusion théâtrale.
un poème, de courtes phrases, comme, dans la bouche d'Antoine Cléopâtre inspire, dans celle de Cléopâtre Antoine inspire, la gestuelle parallèle, sans rapport direct, sauf très stylisé avec ce qui se dit, d'autres phrases plus longues et plus ouvertement poétiques, des répétitions, des descriptions précises, et les gestes mentionnés, et les phrases répétées, presque avec méticulosité comme s'ils savaient qu'ils n'ont pas d'avenir, sont empreints de tendresse, des incises sur les regards sur eux, Rome, avec toujours Cléopâtre disant ce que fait ou pense Antoine, Antoine disant ce que fait ou pense Cléopâtre.
La formule Antoine (ou Cléopâtre) entre dans le présent pour laquelle j'ai consulté le programme de salle, y découvrant que pour Tiago Rodriguez qui ne savait où situer l'action (le plateau est quasi nu avec à droite un meuble bas pour qu'ils puissent s'asseoir et mettre en marche les disques des rares musiques et sur toute la moitié gauche un grand mobile par lequel il veut évoquer le cosmos) a cherché et trouvé ce mot présent qui désigne le théâtre, le temps et le lieu de la représentation (pas très convaincue) mais aussi la détermination, le début d'une action, d'une implication ce qui correspond avec ce que j'avais compris.
Avec le déroulement de l'histoire vient le moment où tous les deux disent Enobarbus dit pour relater le retour à Rome, le mariage, le temps, et pendant cette séparation, Cléopâtre continue à décrire ce que fait et dit Antoine et Antoine continue...
Vient le moment du retour d'Antoine en Egypte, et dans les phrases toujours indirectes, le tu s'introduit, jusqu'au moment où ils se parlent directement.
Vient la fuite, la fin, et longuement ils échangent un mot, qui se transforme, passe de l'amour à la mort, au monde, à un vous etc... en une mélopée belle, puis assez belle, puis un peu longue, et malheureusement la fin s'éternise, avec quelques belles phrases, et les courtes notations rebondissant... et j'avoue que navrée, j'ai décroché. Cela s'arrête juste avant la seconde où tout le plaisir que, moi (pas unanimité dans le petit groupe qui se rafraichissait avant de sortir dans la pagaille de la rue) tout plaisir que moi, donc, j'avais ressenti allait commencer à s'effriter, à n'être plus qu'un petit souvenir noyé dans un énervement
est ce la cause de la vraiment très mauvaise photo prise au vol entre deux corps se hissant vers la sortie. ? 
Retour, mon pas un peu plus ferme qu'à l'aller, mais avec un soulagement honteux en voyant en arrivant devant l'entrée de Calvet qu'il n'était plus possible d'entrer pour écouter l'hommage à Chéreau comme le voulais..
Suis pas très satisfaite de Brigetoun et de ses limites, mais suis restée tranquille, me bornant à écouter France Musique et dans la maison des morts de Janacek, avec des moments de distraction...

10 commentaires:

Hue Lanlan a dit…

prenez soin de vous brigitte ! merci de ces photos toujours si belles qui donnent l'impression d'y être. Je suis revenue sur celles d'hier aussi et des vidéos. Du "tu au vous" d'antoine et cléopatre.Je retiens cela sauf la fin alors. Et France musique. oh oui. Belle journée de repos alors.

Dominique Hasselmann a dit…

Pas besoin de se déplacer, vous le faites pour nous...
Mais combien de temps pour mettre toutes ces photos en ligne : vous êtes virtuose !

tanette2 a dit…

Bon anniversaire à toi et..Merci pour toutes ces photos et les textes qui les accompagnent.

Caroline Gérard a dit…

Je ne sais pas comment tu fais par cette chaleur. La traversée de la rue des Teinturier est une épreuve absolue. Quant à la lecture au musée Calvet, faire une heure de queue pour espérer pouvoir entrer, c'est au dessus de mes forces.

brigitte celerier a dit…

Dominique, un peu trop de temps pour ce que ça vaut
pas sure de continuer… on ça me passera
merci à vous

brigitte celerier a dit…

merci Tanette

brigitte celerier a dit…

Caroline ça a été au dessus de mes forces, d'ailleurs tout l'était

arlettart a dit…

Honte de te lire tranquille sous les ombrages dégustant même tes embardées périlleuses aux images toujours si " pointues" et tes renoncements ...

Gérard a dit…

...Je suis aussi poissons...et Sagittaire à la fois.

brigitte celerier a dit…

poi cancer (pas une raison)